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rachidi_gbadamassi 4Le député des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), Rachidi Gbadamassi, a déclaré, hier dimanche 3 janvier 2016, son soutien à l’opérateur économique, Sébastien Ajavon, candidat à la présidentielle du 28 février 2016. La réaction du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué stigmatisant les propos du député Gbadamassi, qui est allé contre le choix du président Yayi Boni, l’Exécutif établit implicitement que Lionel Zinsou est plus Français que Béninois.
« Des propos injurieux sont tenus contre une personnalité à laquelle on tente de dénier la nationalité béninoise. Sa candidature serait de nature à susciter la colère de Boko Haram contre notre pays. » Cette personnalité est le candidat unique désigné par le président Yayi Boni pour le compte des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe). Il s’agit du Franco-béninois, Lionel Zinsou. L’extrait est tiré du communiqué rendu public quelques heures après la déclaration de soutien du député de la 8ème circonscription, Rachidi Gbadamassi, au profit du candidat Sébastien Ajavon. Rachidi Gbadamassi a opéré son choix au détriment de celui de Yayi Boni, qui a désigné Lionel Zinsou comme le candidat à la présidentielle des Fcbe. A l’image de la loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent, la réaction du Pouvoir a été automatique. A travers un communiqué, les propos de Gbadamassi ont été qualifiés d’injurieux. Le communique du gouvernement béninois ajoute que « Ces propos veulent de toute évidence opposer le Bénin à la France avec laquelle notre pays et son peuple entretiennent des relations de coopération harmonieuse. Ils ont eu pour effet l’interpellation de notre Chancellerie à Paris pour des précisions en raison de leur caractère profondément irresponsable. » Si tel est le cas, l’Exécutif établit urbi orbi que Lionel Zinsou est à part entière un citoyen Français. Lui-même, dans un autre cadre, n’affirmait-il pas qu’il est « un tout petit peu Béninois ? » Depuis 1991, où le Bénin organise les premières élections présidentielles, les périodes de pré-campagne et de campagne électorale, ont toujours été des occasions, pour les candidats ou pour leurs sympathisants, de se lancer des invectives. Convaincus qu’ils sont tous Béninois, en tout cas plus Béninois qu’autre nationalité, les propos électoralistes visant à déstabiliser tel candidat ou tel autre, n’ont jamais opposé le Bénin à un autre pays. Alors, pourquoi et en vertu de quel critère, des attaques verbales, quoique regrettables et condamnables, à l’égard de Lionel Zinsou, opposeraient le Bénin à la France ? Si la France le revendique, Zinsou devrait, par voie de conséquence, renoncer à briguer la magistrature suprême du Bénin et rivaliser avec Hollande. In fine, le communiqué du gouvernement soutient que « les propos de Gbadamassi illustrent une bassesse d’esprit et n’honorent guère notre peuple au sein duquel ils sèment la psychose de l’insécurité dans notre pays pourtant réputé pour sa paix légendaire. Rien et pas même l’appât financier ne saurait justifier ces propos indignes. » Par ailleurs, dans l’esprit de préserver la paix, telle que le stipule le communique signé du Secrétaire général du gouvernement, il serait peut-être judicieux, d’assigner le député en justice, pour l’infraction au lieu de se rendre justice. Car, le Bénin est un Etat de droit. Enfin, le communiqué porte à l’attention de tous que « le président de la République, les présidents des institutions de la République et bon nombre de nos concitoyens ont émis le vœu que cette consultation électorale soit un moment de liesse populaire où notre peuple fera son choix entre ses filles et fils candidats à la magistrature. Il s’agit là d’un pacte républicain conclu par le peuple béninois et la classe politique responsable pour préserver la paix et la stabilité de notre patrie commune le Bénin. » L’analyse de ce passage suggère bien des interrogations. Primo, à quel moment ce nouveau pacte a été scellé ? Secundo, en prenant acte de son contenu, doit-on en déduire que sans « ce nouveau pacte républicain », la consultation électorale serait émaillée de violences ? Personne n’oserait le croire.
Jean-Claude Kouagou