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Les acteurs du secteur formel ne sont pas d’accord avec cette organisation qui se remarque dans le rang des trafiquants de l’essence frelatée. Luc Kolimèdjè, président du Groupement professionnel de l’industrie du pétrole du Bénin l’a fait savoir hier au détour d’un entretien accord à votre journal. Selon lui, le Gouvernement doit revoir sa position face à ces acteurs informels et privilégier le dialogue avec le Gpp afin que des solutions idoines soient trouvées. Mais dans le cas contraire, les réactions vont suivre. Lisez plutôt.

Le Matinal : Comment se porte le secteur formel du pétrole au Bénin ?

Luc Kolimèdjè, président du Gpp : Le secteur formel du pétrole au Bénin, depuis l’avènement de la Rupture, semble vouloir prendre de l’envol ; parce que les gouvernements précédents ont promis ciels et terre, mais n’ont pu faire grand-chose. Avec la Rupture, l’espoir renait petit à petit.

Quels sont les actes qui vous le font dire ?

En termes d’actions, on peut dire, tout au moins, qu’aujourd’hui, on a la possibilité d’aller vers notre ministre, de jour comme de nuit, celui des finances, de jour comme de nuit. La dernière fois, les Béninois ont suivi l’intervention de Bio Tchané. Cela veut dire que cet appareil qui vient aujourd’hui prendre la relève donne quand même une certaine considération au monde du pétrole. Il nous reste à faire le reste.

En quoi faisant ?

Comme je l’avais dit sur la chaîne canal3, tuons le mal par le mal. C’est-à-dire que nous devons utiliser un vaccin fort qui doit permettre à notre corporation de sortir la tête de l’eau. Nous, il faut importer par la mer, en assumant les taxes du port, en assumant les taxes douanières, en assumant les frais bancaires, de dépôt etc… Par contre, ceux qui importent par voie de terre n’ont aucune contrainte. Bien que ce soit un bon produit au départ, à la fin, c’en n’est plus un. Du coup, il va falloir que le Gouvernement, avec sa volonté actuelle, s’asseye avec nous pour trouver les  solutions; puisque c’est nous qui sommes dans le secteur.  C’est nous qui savions de quoi il s’agit. On doit tuer le mal par le mal. Il ne peut plus y avoir de l’à peu près.

Selon vous, le Gouvernement peut-il tuer définitivement le Kpayô au Bénin ?

On ne peut plus se lever et éradiquer complètement le secteur informel. C’est un secteur qui, qu’on veuille ou non, nourrit plus d’un. Et donc, si on décide de l’éradiquer aujourd’hui, il est clair que ça va faire de nouveaux sur le plan social. Par contre, le danger ….Voyez le cas de Syrie, par exemple. Aujourd’hui, il y a plus de cinq ans, les enfants ne vont plus à l’école. Et en allant plus à l’école, on sait qu’on est en train de préparer de nouveaux djihadistes. C’est un peu le cas au Bénin. A  l’heure où je parle, si tu vas dans la rue, tu n’as plus de maçons, tu n’as plus de plombiers et autres…Soit ils sont zémidjans ou ils sont dans le kpayo. Le nombre d’ouvriers potentiels qu’on avait et les manœuvres qui prêtaient main forte aux gens sur les chantiers se réduit. Et donc, dans cinq ans, dix ans, nous risquons de ne plus avoir de menuisiers, de maçons, de plombiers etc… L’objectif principal du gouvernement aujourd’hui serait de voir ce qu’il faut faire pour éradiquer le phénomène kpayo qui n’encourage pas ceux qui devaient aller à l’école.  Si c’étaient des personnes qui ont un âge avancé qui faisaient  le trafic du kpayo, cela se comprendrait. Et donc, éradiquer complètement le kpayo, ce ne serait pas possible. Car, derrière ceux que vous voyez au bord de la voie, il y a des gros bonnets et sous l’autre régime, on a même voulu faire des députés parmi eux.

Que proposez-vous au Gouvernement ?

Nous allons étudier avec l’État, le mécanisme d’ajustement des prix. Car il y a beaucoup de paramètres qu’il faut prendre en compte pour nous qui importons. Une  fois l’étude faite, nous verrons dans quelle mesure on doit aider le formel à réduire sensiblement les taxes. Une fois les taxes réduites, cela permettra de voir ce qu’il y a lieu de faire pour l’avenir. La réduction des taxes permettrait d’apprécier à court, moyen et long termes ce qu’il faut faire pour que le kpayo chute. Nous avons également la subvention qui est partie. Si au départ de la subvention, le kpayô  n’avait pas chuté, le coût allait se faire sentir ici et les stations seraient remplies de clients. Mais quand on attend que les formels que nous sommes  soyons toujours des sapeurs pompiers, ce n’est pas bon. Il faut toujours qu’on s’asseye pour définir les bases. Nous, nous avons les solutions.

Vous n’arrivez pas à couvrir le territoire national de stations et c’est le Kpayô qui sauve les populations

Les vendeurs formels ne sont pas philanthropes. Comment voulez-vous qu’on continue par aller chercher de l’argent dans les banques pour construire des stations qui ne vont servir qu’un mois ou deux dans l’année ? Ce n’est pas possible. Si avec la dynamique actuelle, nous nous organisons et que l’acteur formel qui a sa station est certain de couvrir les charges minimales, pas de problème. Mais si tu dois avoir une station et que c’est toi-même qui va mettre la main à la poche pour l’entretenir encore, tu ne pourras pas tenir longtemps. Si on s’assoit avec le Gouvernement pour discuter surtout des taxes, tout sera réglé. Nous, on sait où aller trouver des produits à de bons prix. Si avec nos charges actuelles, le Gouvernement réduit sensiblement le sien, on va évoluer et le Gouvernement, lui-même va beaucoup gagner. Aujourd’hui, sur un litre, ce que le Gouvernement charge ne permet même pas de vendre 10 mille litres en si peu de temps. Mais s’il réduit les taxes, nous pourrons vendre jusqu’à 100 mille litres et là, on va raisonner en termes de volume avec lui, à propos des taxes. Et nous serons prêts à investir pour qu’il y ait de stations dans tous les coins. Une chose est certaine, on ne peut pas aller mettre des stations là où on n’est pas sûr de vendre.

Dans vos rangs, il y a des acteurs indélicats qui vendent du carburant frelaté. Qu’en dites-vous ?

Il me revient parfois que certains d’entre nous commercialisent du Kpayô dans leurs stations. J’avoue que je ne l’ai jamais fait et je n’ai jamais vu faire. Et en tant que président du Gpp, je n’ai pas connaissance réellement d’une station qui le fait. Les structures chargées de lutter conte cette pratique existent et doivent faire leur travail.

Les trafiquants du kpayô se mettent ensemble et disposent d’ailleurs d’un comité de pilotage. Ils sont apparemment reconnus et reçus récemment par le Ministre Sèhouéto. Cela ne vous inquiète-t-il pas ?

Je n’étais pas au courant et quand j’ai été informé, j’ai vérifié. Cela a été plus ou moins confirmé. Nos avons remarqué que les prix ont effectivement changé. Cela veut dire qu’un travail se fait. Mais qui sont-ils ? On ne sait pas. L’autorité de tutelle doit prendre ses responsabilités. Nous qui sommes dans le formel, nous prendrons également les nôtres. Mais on ne peut pas admettre qu’on néglige nos structures faitières. C’est nous qui payons des taxes à l’Etat. Ceux-là ne paient rien à l’Etat.

On avait appris une affaire de 50 f par litre du kpayô à verser à l’Etat

S’ils vont collecter les 50 F et donner au Gouvernement, il faut qu’on sache et qu’on en discute ensemble. Et ce n’est pas ce que le Ministre d’Etat Bio Tchané a dit récemment. On ne peut pas encourager le Kpayô. Le produit pétrolier est très stratégique et sensible. Les trafiquants du Kpayô peuvent-ils vendre du gas-oil aux usines ? Peuvent-ils vendre du Jet aux avions ? Si nous on se sent affaiblis et qu’on se retire, qui va satisfaire ceux-là ? A un moment donné, l’Etat se verrait face à une situation qu’il ne  pourra pas contenir s’il laisse ces gens-là nous dominer. Si l’affaire des 50f est vraiment une réalité, ce serait très grave et un risque pour le gouvernement. Nous, on ne restera pas les bras croisés. S’il nous revient que les 50f qui s’ajoutent au prix de 325f par litre iront à l’Etat, les réactions vont suivre.

De 50%, le Gouvernement a réduit à 30% la vente de ticket-valeurs des acteurs du privé aux ministères, sociétés et offices d’Etat. Votre réaction. 

Au fond, l’Etat continue toujours de croire à la Sonacop. Laissons-le faire son expérience. C’est sa société. Mais il est clair aujourd’hui que la Sonacop ne pourra plus grand-chose sans les privés. Si toutes les grandes sociétés qui desservaient le Bénin sont parties, il y a de bonnes raisons. La Sonacop va faire ce qu’elle peut. Mais elle ne pourra rien, seule.

Votre Conclusion

Je félicite mes collègues du secteur formel. On ne va pas reculer. On maintient l’état de veille. Nous devons prendre en tout temps et en tout lieu, nos responsabilités. Quant au Gouvernement, il lui faut prendre au sérieux les consultations en cours et les propositions que nous faisons. Il faut qu’on s’asseye pour discuter et qu’il n’y ait pas de solutions unilatérales.

Propos recueillis par Félicien Fangnon