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Lucile Gnonlonfoun contre les cours de vacances

Pour Lucile Gnonlonfoun Bacho, Conseiller pédagogique, l’organisation des cours de vacances ne répond à aucune norme. Les vacances sont destinées au repos et à la distraction. Il n’est donc pas question de remettre l’élève ou l’écolier dans des conditions qui l’obligent à fournir des efforts intellectuels. Toutefois, on peut aider l’enfant à renforcer ses capacités en période de vacances. Elle répond à nos questions.

Le Matinal : Que comprenez-vous par cours de vacances ?

 Lucile G. Bacho : Les cours de vacances, ce sont des cours de remise à niveau qui se font pendant les vacances. Généralement dans notre pays, cela se déroule au cours du mois d’août afin de préparer les enfants à ce qu’ils vont voir l’année suivante.

 Quelle appréciation faites-vous de l’organisation de ces cours de vacances par les établissements ?

Si ce sont des établissements formels qui préparent ces cours en vue du recrutement de nouveaux élèves et qui donnent de sérieux cours, je suis d’accord. Mais, il y a aussi des personnes qui organisent ces cours de vacances pour joindre les deux bouts durant les vacances.

 Les vacances ne sont-elles pas essentiellement destinées au repos après neuf (9) mois de cours ?

Ma position est claire là-dessus. Les vacances, c’est pour se reposer. Si le législateur a trouvé qu’il faut environs deux (2) mois et demi de vacances, c’est pour que les apprenants se reposent. Mais, dans presque tous les pays, il y a toujours ces cours de vacances. Pour les parents généralement, c’est parce qu’il faut que les enfants sortent un peu de la maison. Les enfants, tout le temps à la maison, aujourd’hui c’est beaucoup de bruit. Et donc, pour moi, c’est pour se débarrasser un tant soit peu de ces enfants.

 Existe-t-il un organisme de régulation de l’organisation de ces cours de vacances ?

A ma connaissance, non ! Normalement, nous devrions en avoir. Parce que, ce que je pense fondamentalement de ces cours de vacances, n’est pas ce qui se fait. Comme je le dis, les cours de vacances doivent être des cours de renforcement. Donc, on doit faire un programme de telle sorte que ce soit des notions vues dans la classe antérieure qui soient reprises. Ce qui devrait se faire à ces cours, ce sont des renforcements. L’année dure quand même neuf (9) mois. Si on fait un (1) mois de cours de vacances, on ne pourra pas faire les notions prévues pour le premier trimestre de la classe supérieure. Ce serait un trompe-l’œil parce que l’enfant, à la rentrée, va bien travailler juste pour le premier mois parce qu’il l’aurait fait pendant les vacances. Je pense fondamentalement qu’il faut revenir sur des notions vues dans la classe antérieure pour bien outiller l’enfant afin qu’il puisse affronter la classe supérieure dans laquelle il passe. Ce ne sont pas des cours de l’année suivante qui doivent être organisés. Les Directions départementales du ministère de l’enseignement doivent avoir l’œil sur ce qui se passe dans ces établissements.

 Que recommandez-vous aux parents qui n’envoient pas leurs enfants aux cours de vacances ?

C’est un choix. Les enfants doivent normalement aller en vacances. Ils quittent leurs localités habituelles pour les mois de juillet, août, mais en septembre lorsqu’ils arrivent, ils doivent reprendre leurs cahiers. Les parents qui veulent que leurs enfants travaillent, et ne savent pas ce qui se fait à ces cours de vacances, envoient leurs enfants aux cours de vacances. Leur choix se respecte.

 D’autres moyens ludiques ne sont-ils pas préférables aux cours de vacances comme des cours de langue ou d’informatique… ?

Bien sûr, tout cela se tient. On ne peut pas trouver une frontière entre les cours de vacances et ces cours-là. D’ailleurs, si je devais proposer quelque chose pour ces cours de vacances, ce serait ces cours-là. On peut faire de l’informatique. On peut faire des choses manuelles. Apprendre aux enfants à faire la couture, à tresser des paniers, à faire des colliers parce que tout le monde n’est pas appelé à la longue à être dans les bureaux. Donc, il faut déjà préparer les enfants à cela. A des choses manuelles, voir les potentialités des enfants et les orienter.

 Quel message avez-vous à l’endroit des promoteurs d’établissements ?

Le message serait qu’ils aient pour soucis premier le bien des enfants et non leurs poches. Qu’ils se voient pour organiser, pour prévoir un programme digne de ce nom et qu’ils prennent des gens qui peuvent le faire. Ce ne serait pas des étudiants en mal de quelques sous pour les vacances. Mais, si cela doit être fait par des étudiants compétents, il faudrait quand même qu’il y ait une préparation, comme une animation pédagogique au début afin que chacun soit au même niveau d’information pour ce qui doit être fait. Et que ceux qui vont animer ces cours de vacances s’imprègnent de la vertu capitale de l’enseignant qui est l’humilité. Qu’ils aient l’humilité donc d’aller voir les personnes habilitées à définir les programmes, peut-être plus expérimentées qu’eux ou moins expérimentées pour leur montrer ce qu’ils veulent faire afin qu’ils n’enseignent pas des contre-vérités.

 Quel message avez-vous pour les apprenants qui vont aux cours de vacances ?

Que ces apprenants sachent que les cours de vacances sont pour les aider. Ce n’est pas une occasion où on va rencontrer des amis. Qu’ils se prennent vraiment au sérieux. Ce n’est pas une occasion pour montrer les mini-jupes, les collants, je parle de mes filles et les garçons pour montrer les pantalons tailles basses. Ce n’est pas une occasion non plus d’échapper aux travaux ménagers à la maison. Il faut y aller et mettre le sérieux qu’il faut parce que, malgré tout, ça doit apporter quelque chose de positif.

 Quel est votre mot de fin ?

Cours de vacances oui, mais que ce soit des cours de renforcement. Et qu’il faut qu’on laisse les enfants se distraire parce que le jeu importe beaucoup dans l’épanouissement de l’enfant. Que dans ces programmes de cours de vacances, qu’il y ait aussi des programmes ludiques. Il ne faut pas que l’enfant soit uniquement concentré sur le travail intellectuel, mais qu’il puisse aussi jouer.

 Propos recueillis par, A.D.   et Alexandre Zinsou

(Stag)