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Joël Atayi Guèdègbé revient sur la création de la Coalition

Dans une interview accordée à Océan Fm hier mardi 12 juin 2018, Joël Atayi Guèdègbé a donné les raisons qui sous-tendent la Campagne « Maintenant la Cour des comptes au Bénin » qu’il mène depuis un certain temps. Lisez ci-dessous, l’intégralité de  son intervention.

Océan Fm : Qu’est-ce qui motive cette campagne « Maintenant la Cour des comptes au Bénin » ?

 Joël Atayi Guèdègbé : La campagne « Maintenant la Cour des comptes au Bénin » vient de ce que nous observons que les finances publiques manquent d’être bien tenues qu’on le souhaiterait. Nous savons que depuis 2000, l’Uemoa a enjoint ses différents membres de mettre en place une Cour des comptes avant l’échéance de 2002. Nous sommes en 2018 et à ce jour, 6 des 8 membres l’ont fait. Le Mali vient de nous devancer faisant de nous le dernier de la classe. C’est cela qui nous préoccupe. Il y a des contrôles administratifs, inspections diverses dans les ministères, inspections des finances, l’Autorité nationale de lutte contre la corruption. Mais quand on veut prévenir la prévarication des ressources publiques, c’est à travers une Cour des comptes indépendante disposant de moyens qu’on le fait. Pendant que nous avons des budgets de 2000 milliards de FCfa, on ne peut pas concevoir que la Chambre des comptes actuelle ait été confinée à ne traiter qu’à peine 10% des dossiers qui relèvent de la compétence d’une Cour des comptes. Cet état de fait est dû à l’absence des moyens, mais fondamentalement  à des dispositions de la Constitution qui font que la Chambre des comptes n’est qu’un  service de la Cour suprême.

 Concrètement, de quelle manière la Cour des comptes permet de lutter contre la corruption ? Quel est son rôle ?

Elle ne peut que prévenir. La corruption est un phénomène très complexe, mais en raison des pouvoirs qui ont les siens sur tous les gestionnaires de crédit public, la Cour des comptes  est donc fondée à interpeller les uns et les autres et à prononcer des jugements sur des comptes. S’agissant des personnes, c’est à la Cour des comptes d’introduire les plaintes au niveau pénal et vers les juridictions adéquates. Une Cour des comptes est là pour auditer les comptes publics et faire des recommandations.   Elle s’autosaisit des dossiers. Elle a une liberté entière. On ne peut pas s’improviser contrôleur des finances publiques si on n’a pas, au préalable, reçu une formation en la matière. Au Bénin, nous n’avons pas de magistrats financiers, sauf injures à l’endroit de ceux qui se sont hissés à ce niveau. L’organisation de la Cour suprême ne permet pas, malgré la bonne volonté des uns et des autres, d’arriver à des résultats satisfaisants. Dans les Communes, les prévarications que nous dénonçons n’interviendraient plus de la même façon si la Cour des comptes pouvait faire le sujet. Même s’il n’y a pas détournement, une Cour des comptes est fondée, à travers la publication, chaque année, du rapport public disponible pour tous les citoyens, à faire des remarques et des observations sur les orientations des crédits et sur des prêts qui sont faits au nom du Bénin. C’est le seul sens de notre combat. Nous ne travaillons pour aucune chapelle politique.

 Vous l’avez certainement lu comme la plupart des Béninois. Cette réaction de Michel Adjaka qui fait remarquer que certains pays déjà dotés de cette Cour restent loin derrière le Bénin dans le classement de Transparency international. Il estime aussi que vous avez une idée cachée derrière la tête. Que répondez-vous à cela ?

Je suis désolé que Michel Adjaka se mette à fouiller dans la tête des uns et des autres pour faire des procès d’intention. De la part du Magistrat émérite qu’il est, j’attendais beaucoup. Si d’autres pays ayant érigé la Cour des comptes comme le  Sénégal traîne dans le classement de Transparency, ce n’est pas la faute à une Cour des comptes. Devrais-je lui dire que c’est aussi la faute à la justice. Ma conviction que j’espère qu’il partage est qu’il n’y a pas de lutte sérieuse contre la corruption. A le suivre dans son raisonnement, cela voudrait dire qu’il faille supprimer le pouvoir judiciaire dans notre pays. Je crois qu’il faut savoir raison garder dans les procès d’intention.

 Vous réclamez aussi une révision ciblée de la Constitution pour la création de la Cour des comptes. Que mettez-vous dans révision ciblée ?

Une révision ciblée vise à ne toucher que l’objet annoncé. Ce n’est pas nous qui définissons l’agenda ni faisons la proposition. Cela revient aux députés et au gouvernement. Il faut espérer que, comme cela se fait ailleurs, on trouve le moyen de s’entendre politiquement pour résoudre les questions devant faire l’objet de révision. En l’espèce, depuis 2000 nous sommes sous la pression de l’Uemoa, en raison de convergences économiques.

 Et si cette campagne n’aboutissait pas, quelle sera la suite ?     

Ce n’est pas la première fois. Depuis la directive de 2000, l’Uemoa attendait que fin 2002, les huit membres de l’Uemoa aient érigé leurs Cours des comptes parce qu’il n’y a pas de fiabilité des comptes sans une Cour digne de ce nom. Maintenant, si les gens refusent de se saisir de l’indépendance qui leur est donnée, on n’y peut rien.

 Et votre campagne va s’arrêter là ?

Non, elle ne peut pas s’arrêter là. Nous ne faisons que susciter le débat et rappeler l’urgence d’aller faire l’érection d’une Cour des comptes  bien que d’autres questions soient plus ou moins pertinentes dans l’idée de réviser notre Constitution. C’est aussi un indicateur pour les investisseurs.

 Propos recueillis par Claudine Vodounon