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Yayi Boni manque de volonté pour lutter contre la corruption

La loi portant lutte contre la corruption et autres infractions assimilées en République du Bénin est désormais une réalité au Bénin. Malheureusement, son application connait des difficultés. En effet, cette loi a dormi dans les tiroirs du parlement pendant plusieurs lustres jusqu’au moment où les députés de la sixième législature ont décidé de la voter en août 2011. Alors, cette loi concerne la prévention et la répression de la corruption et autres infractions dans toutes ses formes. Sont poursuivies par cette loi, toute personne détenant un mandat électif, exécutif, administratif ou judiciaire, qu’elle ait été nommée ou élue, à titre permanent ou temporaire. Il en est de même pour toute personne exerçant une fonction publique ou investie d’une mission de service public, y compris pour un organisme public ou une entreprise publique, ou qui fournit un service, tel que défini dans le droit positif béninois. Toute personne privée et leurs agents, chargés de l’exécution d’un service public ou d’un marché quelles que soient les modalités dans lesquelles la mission lui est confiée, toute autre personne définie comme tel dans le droit positif béninois peuvent être aussi poursuivies. Sont qualifiés d’actes de corruption, le blanchiment de capitaux, des actes commis intentionnellement entre autres, le transfert ou la manipulation de biens provenant d’un crime ou d’un délit, les enrichissements illicites, l’escroquerie, la pornographie enfantine, le recel, etc.

 Des dossiers courent toujours sans suite…

 Malgré l’encadrement de ce fléau à travers une loi, qui a abouti à l’installation d’un instrument juridique et institutionnel de lutte contre la corruption, en l’occurrence l’autorité nationale de lutte contre la corruption, le Bénin peine à mener ce combat. L’Anlc attend toujours son opérationnalisation, alors que ses membres sont déjà nommés. Jusque-là, aucun point sur des dossiers de corruption. Ainsi, les supposées affaires de malversations des anciens ministres Rogatien Biaou, Kamarou Fassassi, Soulé Mana Lawani, Armand Zinzindohoué et François Noudégbessi, devant la Haute Cour de justice traînent jusque-là. Des dossiers de malversations s’y sont ajoutés dont récemment le dossier de gestion de l’eau par le député Barthélémy Kassa. Dans un élan de solidarité, les députés de la septième législature ont refusé de traduire le concerné devant la Haute cour de justice, à l’exception de ceux du Parti du renouveau démocratique (Prd) et l’Union fait la nation.

 Thobias Gnansounou Rufino

(Br Ouémé-Plateau)

Joël Atayi-Guèdègbé : « Les indicateurs ne sont pas au beau fixe »

« On n’est pas forcément fier de la manière dont les choses se sont déroulées depuis .On pourrait même parler de recul, dans la mesure où, la lutte contre la corruption a semblé ne plus bénéficier de la volonté politique au sommet de l’Etat. Il est essentiel que les autorités et les responsables donnent le bon exemple, démontrent leur engagement à limiter les ravages de la corruption .Les résultats obtenus par le passé ont été annihilés. Chacun a été témoin de la chronique de l’affaire Ppea2 et même le refus d’accepter les décisions de justice. Quand on analyse ce qui a amené à ça, on constate simplement que c’est la mal gouvernance. L’état des lieux n’est pas reluisant. Les indicateurs ne sont pas au beau fixe. Les investisseurs ne se précipitent pas aux portillons du Bénin. Il y a un an et demi, nous avons organisé la table ronde de Paris qui était censée attirer les investisseurs. Mais, quand le climat des affaires n’est pas tel que les investisseurs aient confiance, dans l’indépendance de la justice, dans la bonne gouvernance, la situation économique d’un pays en prend un coup. C’est la morosité ambiante .Chacun aura à observer que la dette intérieure du Bénin est loin d’être soldée et que les entreprises peinent à réinvestir. Tout cela du fait de la mauvaise pratique dans la gestion des finances publiques du pays. Et, quand on y regarde, il y a l’effet de la corruption. Même si nous avons une loi qui lutte contre la corruption, même si nous avons une autorité de lutte contre la corruption, elle est loin d’être entrée dans la pleine mesure de ses prérogatives. La justice aussi est loin d’être soutenue par le chef de l’Etat qui est garant de l’exécution des décisions de justice. Il n’y a pas de lutte contre la corruption qui vaille, sans une bonne exécution des décisions de justice ».

 Guy Ogoubiyi, président de l’Anlc : « La volonté politique doit être clairement exprimée »

« Dans le cadre de la lutte contre la corruption, il faut une volonté politique affichée. Et cette volonté politique doit s’exprimer de manière équitable. Quel que soit celui qui est concerné, celui qui est mis en cause. La volonté politique doit être clairement exprimée et doit s’appliquer, de façon équitable, à l’ensemble des citoyens. Donc, nous rappelons cette volonté politique que le chef de l’Etat a, mais qui, à un certain moment, balbutie. Nous avons rappelé qu’il ne faut pas balbutier. Il faut aller jusqu’au bout. Parce que si nous n’allons pas jusqu’au bout, l’article 41 de la loi sur la corruption a bien prévu que le crime de corruption est bien imprescriptible ».

  Jean Baptiste Elias, président de l’Olc : «Chaque année le phénomène s’amplifie»

« La corruption est égale à tout ce qui est pourri. Tout ce qui est pourri signifie corruption. Malheureusement, la corruption s‘est intensifiée. Chaque année, le phénomène s’amplifie, et pourtant, le travail se fait. Nous avons cherché à savoir pourquoi il s’amplifie. La corruption a pris cette ampleur pour une raison : c’est l’impunité ; le règne de l’impunité ».