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marcel bon
Marcel de Souza aura son mot à dire dans l’élection du prochain président

Le Front républicain du Bénin (Frb) n’est plus dans le grand ensemble Fcbe. Pour 2016, il s’est donné deux options. Soit, il désigne son candidat ou porte la candidature d’un autre. Le Président Marcel de Souza l’a fait savoir hier dimanche 4 octobre 2015 sur l’émission « Cartes sur table » de la Radio Océan Fm.

Océan Fm : Le Frb a tenu son deuxième congrès ordinaire le dimanche dernier. Quelles sont les grandes décisions issues des assises ?

 Marcel de Souza : Nous avons fait notre deuxième congrès ordinaire parce que le Frap est né en 2006. Nous avons fait notre premier congrès en juillet 2009 et nous devrions faire notre deuxième congrès en 2012. Malheureusement, au niveau des Fcbe, nous avons dit qu’il fallait temporiser d’abord avant de faire les congrès. C’est ce que nous avons fait. La première, c’est de faire le bilan de la vie du parti. Qu’est-ce que le parti a fait depuis qu’il est en place. Dans ce bilan, on a noté que le Frap a joué sa partition. Il y avait au moins un Ministre du Frap, devenu le Front républicain du Bénin, qui était à tous les gouvernements qui se sont succédé. Le Frap a toujours eu un ou plusieurs députés à l’Assemblée nationale. Nous avons pris une part active à la réalisation des actions du Président Yayi Boni et surtout à la mise en œuvre de son projet de société. De ce bilan, il ressort qu’il y a eu beaucoup de progrès sur le plan infrastructurel et sur le plan social. Il faut que je mette l’accent dessus parce que j’ai l’impression que mes idées sont mal interprétées. Les progrès sont énormes en matière d’infrastructures. Regardez ! Les routes sont en chantier. Au Port, il y a eu les deux quais et le quai sud. Bien sûr, on n’a pas encore construit l’aéroport de Glo Djigbé. Il faut des ressources, puisque tout ceci devait être réalisé par le partenariat secteur public- secteur privé. Ensuite, nous avons, du point de vue infrastructures, des problèmes, parce qu’au niveau de l’électricité, nous sommes encore à quatre heures de délestage par jour et cela joue de manière remarquable sur la vie des citoyens et surtout sur la croissance économique. L’électricité est deux fois plus chère au Bénin que dans certains pays voisins. Sur le plan des infrastructures agricoles, nous avons lancé le projet de relance du secteur agricole. Nous avons lancé la mécanisation agricole avec Bénin Tracteur. Vous voyez bien, cela démarre. Il y a la diversification agricole. Des dispositions sont prises pour que les filières Ananas, Acajou puissent être relancées. Nous avons également l’aménagement hydro-agricole. Le Bénin est bien arrosé. La Vallée de l’Ouémé, à elle seule, nourrit toute la sous-région. C’est la vallée la plus riche au monde, après le Nil. Jusqu’à présent, nous ne mettons en œuvre que 20 % de nos terres cultivables. Donc, il y a du potentiel.

 Vous reconnaissez aussi des efforts au plan social ?

 Sur le plan social, le président Yayi Boni a décrété la césarienne pour qu’aucune de nos mamans ne meurt en donnant la vie. C’est important ! Il a également décidé qu’à partir de 5 ans, on soigne gratuitement les enfants. Il y a aussi les dialyses, qu’on peut soigner gratuitement. Evidemment, il y a eu la lutte contre le paludisme. Autant d’éléments qui sont positifs. Tout ceci, lorsque nous devons garder le résultat final. Les résultats espérés ne sont pas totalement au rendez-vous. Et il ne peut en être autrement. Donc, lorsqu’on regarde la pauvreté, malgré trois générations de stratégies de croissance pour la réduction de la pauvreté que le Bénin a eues à mettre au point, avec l’appui de la Banque mondiale et du Fmi, nous notons qu’en 2006, le taux des Béninois qui ont atteint l’extrême précarité, (c’est 10 000 Fr. au plus par mois) était de 37 %. D’importants efforts ont été fournis puisque, 2 ans après, nous avons noté que cette frange qui était de 37% est passée à 34%. Donc, il y a eu 4 points de réduction et, cela est dû à quoi ? Aux microcrédits aux plus pauvres. Les 30.000 qu’on donnait aux femmes ont eu une incidence directe sur la pauvreté. Il y avait de l’espoir pour que nous réduisions de moitié la pauvreté, conformément aux Omd. Mais, avec la crise de l’énergie, la crise alimentaire et financière, tout ceci est venu comme un blocage. Donc, en 2011, on a noté que ce taux est passé à 36.2%. Ce qui veut dire que le nombre de pauvres s’élargit, malgré toutes les dispositions, puisque j’étais ministre de développement et j’assume tous les résultats auxquels on a abouti. Malgré tout ce qu’on a pu faire, nous avons noté, lorsque nous avons repris l’enquête Emicov (enquête modulaire intégré sur les conditions de vie des populations), nous avons constaté que ce taux est passé à 40.3%. Pour moi personnellement, c’est comme si on n’est pas arrivé à de bons résultats.

 C’est donc un échec pour le gouvernement auquel vous avez appartenu ?

 Cela ne veut pas dire que c’est la faute du gouvernement Yayi. Toute autre personne qui serait là aurait eu, à peu près, les mêmes résultats. Maintenant, il faut disséquer pourquoi nous sommes arrivés à ce résultat là. C’est pour cela que je dis qu’il nous faut une administration de développement parce que notre administration est gangrénée. Il faut qu’on crée un environnement pour que le secteur privé investisse. Le premier motif de cette précarité, c’est d’abord le chômage des jeunes. Ce chômage est déguisé par le sous-emploi, parce que, quand vous voyez le taux de chômage, c’est 2.7% en 2012-2013. Celui qui a un master 2 et fait Zémidjan n’est pas chômeur. Il est sous-employé. C’est là que se pose le problème. Tout ceci ne permet pas que la pauvreté recule. Deuxième motif de la pauvreté, c’est le secteur informel : la vente illicite de carburant, les trafics frontaliers, les produits qu’on traficote, les médicaments, ainsi de suite. Le secteur informel ne permet pas d’impulser la croissance. Ensuite, nous avons un taux de croissance démographique trop élevé. Nous étions à 3.25% en 2002. Le dernier recensement de la population a montré que nous sommes passés à 3.50%. Donc, la population va se doubler en moins de 20 ans. Cela veut dire qu’il nous faut autant d’écoles. Nous avons besoin d’au moins 11.000 salles de classes actuellement et au moins 12 000 enseignants. Ensuite, nous avons des problèmes fondamentaux au niveau de l’enseignement. Il faut réorienter le système éducatif vers l’enseignement technique professionnel et surtout entrepreneurial. Le système francophone ne permet pas de s’orienter vers la création d’entreprises pour pouvoir libérer les énergies et créer des emplois suffisants. Aujourd’hui, notre système moderne n’utilise qu’1% de la population active.

 Quelle autre grande décision avez-vous prise au cours du congrès ?

 Nous avions réaffirmé la ligne du Parti. Nous avons toujours maintenu la même ligne qu’est le socio libéral. C’est une idéologie qui permettra de sortir le Bénin du carcan de la pauvreté. Troisième objectif, il fallait faire un réarmement moral parce que nous allons vers la période des élections. Les gens se demandent à quel saint se vouer parce que la visibilité n’est pas nette. Regardez ! Au niveau des Fcbe, on ne sait pas qui sera candidat pour poursuivre les œuvres du président Yayi Boni. C’est dommage pour nous ! Après 10 ans, et nous ne l’avons pas fait, cela pose problème. Donc, il y a le réarmement moral parce que nous avons également certains qui étaient à des niveaux élevés et qui ont démissionné avant le congrès. Les gens disent partout que c’est après le congrès. Non ! C’est bien avant que les 3 ou 4 personnes sont parties !

 Pourquoi ces départs ?

 C’est là que j’ai dit que ce sont les rats qui se sont engraissés dans les cales et que, lorsque le bateau tangue, ils se sont dit que le bateau va chavirer. Ils sont les premiers à sortir des cales pour plonger dans l’eau. Mais, attention !!! Les requins les attendent et il faut qu’ils fassent attention. Donc, nous devons réarmer le reste pour leur dire qu’il faut mouiller le maillot. On n’a pas besoin d’être président de la république pour servir son pays, mais il faut qu’on retrouve nos repères parce que le seul repère que les gens ont actuellement, c’est l’argent. Le reste, ce n’est pas leur problème. Avec le temps, nous allons voir. quels sont les candidats qui ont les potentialités requises et qui savent disséquer les vrais problèmes dont souffrent les Béninois pour améliorer leur vécu quotidien ?

 Vous ne voyez personne au sein des Fcbe ?

 Les Fcbe regorgent d’intellectuels de haut niveau. Mais il y a une minorité qui s’accapare des choses. Ce sont ceux-là que j’appelle les ‘’gré à gré’’ et qui mentent beaucoup au chef de l’État. Dès qu’ils trouvent une situation, ils cherchent les boucs émissaires. Moi-même j’ai été le bouc émissaire d’un certain nombre de jeunes qui sont pressés, trop pressés et qui veulent, coûte que coûte, accéder au pouvoir. Cela crée des malaises et ce n’est pas bien. Fcbe est composée de 82 partis politiques et 429 mouvements. Cela pose un problème d’homogénéité. Lorsque cela prend un élan de régionalisme et d’ethnocentrisme, ce n’est pas bien. J’espère qu’au sein des Fcbe, ils pourront se réunir et faire un sursaut avant les élections pour qu’ils aient un candidat afin que les gens se mettent derrière eux. Sinon, les Fcbe n’ont pas de beaux jours devant elles.

 Le Frb aura son candidat ?

 Si nous arrivons à trouver un candidat, pourquoi pas ? Mais il faut de grosses ressources. Je ne crois pas que quelqu’un du Frb puisse l’avoir. Puisque c’est un combat de gladiateurs qui s’annonce. Si nous n’arrivons pas à trouver quelqu’un en notre sein, nous nous mettrons derrière celui qui, selon nous, peut incarner nos valeurs. A défaut d’être roi, nous serons faiseur de roi.

Beaucoup chez les Fcbe vous accusent d’avoir voté pour le candidat de l’opposition pendant l’élection du président du Parlement. Qu’est ce que vous leur répondez ?

 C’est une mauvaise interprétation. Avant qu’on aille à ces élections, on nous a assurés qu’on allait avoir 45 sur 83. A notre surprise, nous sommes passés à 41 contre 42. On m’accuse d’avoir été un traître. Où sont alors les autres sur les 45. Pour le vote du Vice-président, le score est passé à 44 contre 39. Qui sont les autres 5 judas. Pour le vote du questeur, l’écart a été plus retentissant, 47 contre 36. Cela veut dire qu’il y a eu 11 judas. Récemment, pour le vote du questeur, cela a été pareil. Tout cela crée un malaise, un véritable problème. Nous allons directement vers la cassure si nous ne nous ressaisissons pas. Le conseiller (Hountondji) a raison de parler d’une minorité prédatrice au sein de la mouvance qui organise un système de hold-up et de mensonge. C’est au chef de l’Etat de prendre ses responsabilités. Peut-être qu’il n’a pas suffisamment de recul, puisqu’il est aux commandes.

 Est-ce que vous avez tenté de rencontrer le chef de l’Etat pour en discuter ?

 Nous attendons une réunion de vérité. Mais, il n’y a pas de vertu en politique. Les gens ne se font pas confiance. Il y a beaucoup de coups bas, de crocs-en-jambe et de dribles. Il y a même des experts et des spécialistes prêts à faire feu de tout bois pour parvenir à leurs fins. D’ailleurs, le chef de l’Etat est un magistrat en politique et en dribles. Affectueusement, certains jeunes l’appellent « Maradona national ».

 Mais, il y a quand même des départs au niveau de votre parti politique

 A l’approche des échéances, beaucoup partent. Les gens démissionnent et envoient, en ampliation, leur lettre au chef de l’Etat. Peut-être pour qu’il les recase. C’est un jeu permanent de probabilités, d’intérêts, et de comment se positionner. Or, dans un parti, on doit être mû par les idées qui rassemblent : que faire pour lutter contre la pauvreté et mettre le pays sur la voie du développement ? Il n’y a pas de solidarité. Lorsque que le bateau veut couler, on saute vite, sans savoir qu’il y a peut-être des requins qui vous attendent de l’autre côté. La question à se poser est de savoir si leur électorat les suit.

 Quelle est aujourd’hui vos relations avec le ministre Koutché ? Il y a eu des passes d’armes à des moments donnés.

 Nous avons des relations cordiales. Nous n’avons jamais eu d’affrontements. Certes, il y a des jeunes qui l’entourent et qui ne ratent aucune occasion de me traiter de judas. Parfois, vous voyez cela à la une des journaux avec des commentaires irrespectueux et désobligeants. J’ai porté plainte devant la Haac, et j’ai pris des avocats. Ils vont jusqu’à donner de l’argent au syndicat de mon ministère pour me dénoncer, pendant que j’étais en mission à l’étranger pour négocier le Mca dont ils se réclament la paternité. Tout cela pour faire croire que je suis impliqué dans le Ppea II. C’est destructeur ! On va noyer le ministère à coup d’argent. Heureusement, le rapport Kroll est là et a prouvé le contraire. Pourquoi va-t-on dire que j’ai ma responsabilité dans les 2,6 milliards ou dans les 8 milliards, alors que je n’en suis pour rien? Après le rapport Kroll, ils ne sont plus venus démentir. Il faut être solide pour supporter tout cela. Au-delà, je pense que dans cette affaire, le gouvernement a fait preuve de précipitation. L’audit n’est pas une décision de justice. L’audit, c’est un document comptable pour montrer comment les choses se sont passées. On ne peut pas définir les coupables à partir de là. Cet audit peut servir de début de preuves. C’est au juge de situer les responsabilités pour permettre de retrouver les coupables. Pour lever l’immunité du ministre Kassa, il faut l’écouter d’abord, et situer sa responsabilité. On peut lever son immunité si nous avons des éléments palpables.

 Le ministre Kassa est donc lavé de tout soupçon. Finalement les Pays-Bas ont rétabli leurs relations avec le Bénin ?

 Le dossier suit son cours. Il n’est pas encore classé. La justice peut être lente, mais efficace. Maintenant, la diplomatie a fait son œuvre. L’eau, c’est la vie. C’est important que le partenaire revienne. Par rapport au ministre Kassa, j’attends des preuves. On ne doit pas permettre l’impunité.

D’aucuns estiment que par rapport au calendrier de la Céna, le ministre Komi Koutché peut être candidat. Est-ce qu’au niveau de la mouvance, il fait l’unanimité ?

Je ne suis pas informé qu’il est candidat. De toutes les façons, il sera confronté à la condition d’âge. Selon l’article 44 de la Constitution, ne peut être candidat que toute personne ayant 40 ans au moins et 70 au plus à la date du dépôt de candidature. La Cour, par rapport à sa dernière décision, a fait preuve de masturbation intellectuelle pour pouvoir trouver des astuces pour permettre aux nés vers, qui n’ont pas encore 40 ans, d’être candidats. Je dis non ! Il faut qu’intellectuellement, nous soyons honnêtes. Au fond, ceux qui veulent être candidats n’ont qu’à l’être. Pour moi, le problème n’est pas là. Nous attendons les projets de société pour juger. Si le chef de l’Etat imposait Komi Koutché, nous allons aviser. Il s’agira de voir s’il remplit les conditions d’âge. Mais, cette décision ne nous honore pas. On ne va pas tout remettre en cause. Ce n’est pas un problème d’ordre juridique, c’est du français. Pour moi, s’il y a, à la date du 31 décembre prochain quelqu’un qui n’a pas encore 40 ans, la Céna ne prendra pas son dossier. C’est clair. Pour moi, à ce niveau, la Constitution est très claire, et ne mérite même pas interprétation.

 Transcription Hospice Alladayè

 L’éléphant a barri

 Marcel de Souza, depuis l’éclatement de l’affaire Programme pluriannuel eau et assainissement en mai 2015, s’est attribué le sobriquet « éléphant ». Il fait souvent allusion, au cours de ses sorties médiatiques, à l’anecdote de « l’hyène ». Il s’agit d’un carnassier qui se nourrit des restes d’animaux tués par les grands fauves. Il est aussi un prédateur qui mesure 1,40m. C’est simplement un vilain chien des forêts d’Afrique et d’Asie. L’éléphant, par contre, est le plus grand animal terrestre vivant actuellement. L’éléphant d’Afrique mesure en moyenne 4 mètres de haut et pèse environ 6 tonnes. C’est un mammifère herbivore à la peau très épaisse. C’est pour cela qu’il est aussi appelé pachyderme. Alors, on réalise l’image de décadence que présente l’hyène à côté de l’éléphant. On peut aussi imager la colère de l’hyène affamée, à la recherche d’une proie et qui ne trouve que l’éléphant. Impossible pour le carnassier de bondir sur l’éléphant. Marcel de Souza, l’ex ministre en charge du développement dans le gouvernement du président Yayi Boni et actuellement député à l’Assemblée nationale, face aux détracteurs et aux problèmes d’inculture d’une partie de la classe politique, leur oppose l’image de l’hyène affamée devant l’éléphant. Elle ne peut rien lui faire. Pour Marcel de Souza, l’assertion « vaine est la colère de l’hyène devant l’éléphant » est devenue un leitmotiv. Physiquement et intellectuellement, Marcel de Souza est un grand homme. Il peut prendre, dès lors, le sobriquet d’éléphant sur la scène politique béninoise.

 Jean-Claude Kouagou