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L’entrée principale du marché ‘Houndjro » à Abomey

Le marché « Houndjro », institué par le roi Guézo  vers  1820, n’est pas un marché comme les autres. En dehors de sa fonction économique, il est un butin de guerre ramené de  la région Mahi à l’issue d’une expédition réussie.

Vers 1820,  raconte Dah Nondichao Kpingla,  le roi  Guézo,  en signe de victoire à l’issue de l’une de ses guerres de conquête en territoire Mahi, ramena comme butin  à  Abomey l’âme de ce centre commercial  communément appelé ‘’Aïzan’’. Elle n’est rien d’autre que le fétiche protecteur de Houndjro. Le transfère de cette divinité a fait aussi déplacer ses animateurs, sans oublier les   produits présents dans le marché « Houndjro version Mahi ». Il en est de même  pour  le roi déchu de la région. Poursuivant son récit, Dah Nondichao, ancien guide au musée d’Abomey, révèle qu’en réalité « Houndjro dans sa version originale »  fut le  lieu où  s’entraînaient les guerriers du roi Mahi. Situé  non loin du palais royal, ce camp d’entrainement des soldats du souverain était à quelques encablures du marché à qui il a donné son nom. En clair, le marché tient  son identité  de sa proximité avec le camp. ‘’Houndjro’’, dans ce royaume Mahi. Ce qui signifiait le lieu où les gens se battent. Cela justifie l’expression : «  Houndjromèdéhoun, ni yi houndrotoo ». Autrement dit, « Que celui qui cherche à se bagarrer, se rende à Houndjrotoo ». Désormais implanté au cœur de la ville d’Abomey au quartier Gbècon-Hounli, le marché « Houndjro » s’anime tous les cinq jours au lendemain d’Adjaxi. Ce lieu où se côtoient allègrement vendeurs et acheteurs qui viennent  d’horizons divers, est chargé d’histoires et empreint de différents mystères. En soulignant l’aspect sacré du marché, le chef de la collectivité Azon,  confirme ces informations et indique que  ‘’Houndjro’’ n’est pas un marché ordinaire comme les autres. A en croire ses confidences, il a fallu  multiplier divers  rituels aux pieds de la divinité ‘’Aïzan’’ avant que les premiers vendeurs ne s’y installent.
Azon, prêtre de la divinité Aïzan
Depuis le 19ème  siècle, la gestion culturelle et cultuelle du marché Houndjro d’Abomey est confiée à la famille  Azon diminutif du nom fort « Azon  Madagoo bodjè houé ». Ce  qui signifie en langue Fon « La maladie (Variole), sans prévenir, a  surgi chez soi « . Dah Azon Mada Goo, contrôleur d’action sanitaire à la retraite, confie que  le roi Guézo doit sa victoire sur le royaume Mahi à Hotchi, son ami intime.  « Guézo  a pu vaincre le roi Mahi après plusieurs échecs,  grâce aux connaissances mystiques et spirituelles de Hotchi », confie Dah Azon.  L’expédition ayant réussi, Guézo surnomma Hotchi « Azon Mada Goo » et, en récompense, lui confia la gestion spirituelle du  marché. Ainsi, Azon devint le prêtre d’Aïzan, divinité tutélaire de Houndjro d’Abomey. Chaque jour de marché, Dah Azon Dêffodji Gandjêgbé, chef de la collectivité familiale Azon  et actuel responsable spirituel  du marché historique,  perpétue la tradition dont il a hérité de ses aïeux.  « Personne à part nous  ne peut accéder au fétiche Aïzan et lui présenter des offrandes. La nouvelle igname ne peut être consommée à Abomey sans que nous l’ayons présentée à Aïzan….  Nous sommes les seuls intermédiaires entre les vivants et le fétiche Aïzan… », précise Dah Azon, prêtre de la divinité. L’offrande à la divinité, déclare le prêtre, provient de la  collecte de divers produits vivriers auprès des vendeurs à chaque tenue du marché. Une partie de cette moisson est utilisée en offrande au fétiche Aïzan qui  trône  au centre du marché. Mais les jours ordinaires, la divinité reçoit seulement de l’huile rouge. En dehors de l’aspect cultuel dont il a la charge, Dah Azon règle aussi les différends  qui surviennent entre les animateurs du marché.
Un marché et des interdits
Le jour du marché Houndjro, la tradition recommande l’observance de certains interdits.  Sur le plateau d’Abomey,   rapporte Dah Todaho,  le paysan  ne laboure pas,  le devin ne consulte pas et l’on n’organise pas non plus une cérémonie cultuelle ce jour-là.  Les jumeaux  dont les rituels ne sont pas encore accomplis, les nouveaux  adeptes initiés,  de même que  les nouveaux circoncis ne doivent pas poser le regard sur le Aïzan. « Quelle que soit l’heure, il est interdit d’avoir des rapports sexuels dans l’enceinte du marché Houndjro », complète l’historien Dah Nondichao Kpingla. Ceux qui enfreignent à ces principes de la divinité sont frappés de  malédictions, a renseigné Dah Azon sans préciser leur nature. Parlant des bienfaits du fétiche Aïzan, le prêtre Azon note que cette divinité assure la protection du marché et  veille sur  l’ensemble  du royaume. Il incarne la paix,  le bonheur et règle les problèmes spirituels de ceux qui la sollicitent.
Pourvoyeur des ressources locales  
« Aujourd’hui, les communes doivent travailler comme des entreprises. Il y a donc lieu de maximiser les ressources et de maîtriser le plus grand nombre des usagers du marché », déclare Bernardin Daga, chef du service technique de la mairie. La mobilisation des ressources propres étant devenue un impératif pour bénéficier d’un appui subséquent des Ptf, le maire de la capitale historique, Blaise Ahanhanzo-Glèlè, a réfectionné les hangars, construit des logettes et boutiques qui ceinturent le marché  et procédé à sa   réhabilitation. Ces travaux concourent à assurer une certaine commodité à ses  animateurs et  à améliorer les recettes fiscales. Tout ceci grâce à l’appui du Fonds d’infrastructures des villes secondaires (Fivis) et à travers le Programme national de développement conduit par les communautés(Pndcc). Cet objectif principal étant alors  atteint, le marché devient l’un des grands contributeurs  du budget communal. De 5 millions avant la décentralisation, les recettes du marché sont passées aujourd’hui  à plus d’une trentaine de  millions de francs Cfa par an», confie  l’ancien chef  du service des affaires financières,  Elie Mevo. Autrement dit, le marché Houndjro est un principal  pourvoyeur de richesses pour la Commune.  Malgré cette performance, il estime que  ce n’est pas encore suffisant. Selon ses explications, tous les animateurs du marché ne s’acquittent pas régulièrement de leurs redevances. Ainsi, il les a   exhortés à plus de patriotisme en payant leurs taxes et impôts   afin de permettre à la commune de disposer de ressources suffisantes pour son fonctionnement  et la réalisation d’infrastructures sociocommunautaires au profit des populations.
Zéphirin Toasségnitché