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DOT
La dote tend à disparaître des habitudes

Elément fondamental pour la célébration d’un mariage au Bénin, il y a quelques années, la dot suscite aujourd’hui beaucoup de polémiques. Pour certains, c’est un moyen de chosifier la femme. Pour d’autres, elle est une valeur traditionnelle à perpétuer. L’environnement économique ne joue malheureusement pas en faveur des défenseurs de cette tradition.

«Il faut supprimer cette absurdité traditionnelle». C’est l’avis d’un internaute sur la question de l’importance de la dot. En effet, vieille de nombreuses années, la dot existe dans presque toutes les cultures. D’une culture à une autre, d’aucuns d’iraient qu’elle est plus ou moins raisonnable. Par exemple, en Occident, la dot est considérée comme un ensemble de biens que la femme ou la famille de la femme apporte pour subvenir aux besoins du nouveau couple. Dans le code civil français, en son ancien article 1540, la dot est définie comme « le bien que la femme apporte au mari pour supporter les charges du mariage ».

 La dot dans le contexte béninois

 Dans la tradition béninoise, la dot représente l’ensemble des biens que le futur mari apporte, non pas au nouveau foyer qu’il est appelé à fonder, mais plutôt à sa belle-famille et à sa future épouse. Elle démontre ainsi que le jeune homme a la capacité de prendre en charge une famille. C’est également un acte qui, par sa dimension culturelle, fait intervenir toute la famille au sens large dans le mariage. Par ce biais, ce n’est plus l’union de deux êtres qui est célébrée, mais celle de deux familles. L’acte dotal qui, en principe, doit être symbolique, représente aussi un signe de gratitude de la famille du marié envers celle de la mariée. Ceci, pour avoir élevé et pris soin de cette dernière. D’après madame Abiola, au Bénin, généralement, « Certains parents l’exigent avant d’envoyer leur fille en mariage. Elle se déroule en deux étapes. La première est celle de la connaissance des parents. Quelques membres de la famille de l’homme vont chez la belle-famille pour demander la main de celle-ci. La deuxième phase est la dot proprement dite. Les parents de la fille présentent une liste de différents biens. La liste varie en fonction de la famille. Après avoir reçue la liste, les parents du monsieur achètent les biens, et avec une délégation, ils vont vers la famille de la femme pour donner la dot. Déjà le soir, la demoiselle rejoint son mari. » La femme devient donc épouse légitimement reconnue par tous, lorsque la dot est versée partiellement ou intégralement. La dot s’impose ainsi comme une obligation sociale et morale qui consacre une union. Dans le cas où le mariage n’est pas célébré en respectant préalablement ce rite traditionnel, le couple s’expose à des malédictions.

« Non » à la dot

 Avant la colonisation, au Bénin, la vie en société était conditionnée par le respect de certaines lois appelées coutumes. Mais, avec la mondialisation, certaines pratiques culturelles sont jetées au musée des idioties. C’est le cas de la dot dans notre pays. « Je ne veux pas de dot. Je voudrais me tenir droite devant mon mari sans aucun complexe d’infériorité », affirme une jeune fille. Pour elle, les hommes ont tendance à traiter les femmes comme des objets. Ceci, compte tenue du montant qu’ils ont eu à débourser pour les avoir. Toujours, contre cette politique qui nécessite l’autorisation des parents avant d’épouser la femme de son choix, certains affirment que la dot est une sorte de gaspillage. Ces biens qui sont utilisés pour séduire la belle-famille devraient être utilisés pour satisfaire les besoins du futur couple. Les parents de certaines jeunes filles voient en la dot un moyen de se faire un peu d’argent. Le bien-fondé de la dot se voit ainsi détourné par la cupidité de certains.

 Une valeur culturelle à conserver

 Comme il est écrit dans le Code des personnes et de la famille béninois, en son article 142, la dot a un caractère symbolique. Elle ne devrait pas être constituée de sommes pharamineuses ou de biens qui conduiront à la ruine du jeune homme nubile. Cette pratique fait partie de notre patrimoine culturel et il serait regrettable de la voir disparaitre. A côté de la conjoncture, le fort taux de chômage couplé à la méconnaissance de l’importance de cette pratique, augmentent le risque de disparition de la dot. La femme est le socle de la société. De ce fait, il est impérieux qu’elle soit respectée et valorisée.

Anthony Durand

Ils ont dit

 Dans l’ensemble, bien que la conjoncture économique ne permette pas de se lancer dans certaines dépenses qui pourraient sembler fantaisistes pour certains, la dot reste toujours une valeur très précieuse pour la population béninoise. Elle nous livre ses impressions.

 Gloria, Etudiante à l’Uac : « La dot est une bonne chose »

« Pour moi, la dot est une bonne chose parce que la femme sera respectée dans son foyer et dans sa belle famille. Les jeunes abandonnent cette pratique parce qu’elle revient chère et ils n’ont pas forcement les moyens. Je recommande aux jeunes de ne pas laisser disparaitre cette culture qui devrait être chère pour nous. Par exemple au Nigeria, on constate que leur mariage est toujours traditionnel. On devrait faire comme eux. Aussi, je conseille aux jeunes de ne pas être trop pressés de se mettre en couple. Qu’ils prennent le temps de rassembler les moyens nécessaires pour remplir toutes les formalités liées à leur mariage. »

 Franck, un internaute : « La dot est une alliance »

 « La dot est une alliance, un canal d’union entre les membres de deux familles. Elle imprime à l’homme une valeur auprès de sa belle famille. Elle fait de lui un homme capable, considéré. Néanmoins, nous observons des exagérations dans certaines familles où le mari est obligé d’investir énormément pour cette cérémonie. C’est déplorable ! Voilà ce qui colle une image désagréable à la dot et fait ternit son image au Bénin. La dot est un geste symbolique. Elle n’a pas normalement besoin d’une grande dépense. »

 Propos recueillis par : Blaise Noutaï