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La ministre de la fonction publique , Adidjatou Mathys exhorte les partenaires sociaux et parents à lutter contre le mariage des enfants

Le mariage forcé des enfants est un phénomène très répandu dans les pays africains. Selon les  statistiques, au moins 3 enfants sur 10 sont mariés avant l’âge de 18 ans sur le territoire national. Face à ce diagnostic accablant, le gouvernement béninois a, à travers le lancement de la Campagne « tolérance zéro » au mariage des enfants, invité une fois encore les partenaires sociaux, à l’accompagner dans la lutte contre le phénomène.

Dans les départements du Mono et du Couffo, des dizaines de jeunes filles de moins de 18 ans continuent d’être mariées de force à des hommes plus âgés qu’elles. Ce phénomène est au cœur de la problématique des violences faites aux filles. Selon des données de l’Unicef entre  2002 et 2011, au moins 100  enfants sont mariés à 15 ans. Les mêmes données montrent que de 2002 à 2011, au moins 100 garçons et filles âgées de moins de 18 ans vivaient en union de mariage. Dans un rapport publié en septembre 2010 à la suite d’un recensement de  10.000 cas d’enfants exposés à des situations diverses entre janvier 2007 et septembre 2008,  78 filles sont victimes de mariage forcé ou précoce. Au moins 24 % des filles victimes de mariage forcé proviennent du département du Mono, 19 % du Zou, 13 % de l’Atacora, 13 % du Borgou et 10 % du Littoral. Le département du Mono (44 %) vient en tête pour le mariage précoce des filles, suivi du département du Borgou (22 %). Par contre, à en croire les conclusions de l’enquête Mics réalisée au Bénin en 2014, ce phénomène est profondément ancré dans certains départements à savoir l’Atacora, l’Alibori, la Donga et le Borgou où il est enregistré respectivement 20,6 %, 22,4 %, 25,6% et 37, 2 % des cas de mariage forcé. Au regard de tout ceci, la Commission de l’Union africaine a lancé en mai 2014 une campagne pour mettre fin au mariage des enfants en Afrique,   invitant les chefs d’Etats africains à s’engager résolument contre. Soucieux de la mise en œuvre de cette exhortation, le gouvernement béninois a affiché sa ferme volonté à œuvrer pour l’élimination  progressive du mariage  forcé de ces âmes innocentes. Au lancement de la campagne tolérance zéro au mariage des enfants le jeudi 15 Juin 2017 au Palais des congrès à Cotonou, le ministre de la fonction publique et des affaires sociales, Addidjatou Mathys a confié que le gouvernement a mené de nombreuses actions pour renforcer le cadre juridique et institutionnel en vue de lutter contre ce fléau. C’est ainsi qu’il a, selon elle, organisé des ateliers régionaux de réflexion avec les leaders religieux sur le mariage des enfants et la réalisation des dialogues communautaires dans plusieurs communes et la marche des enfants avec la plateforme des jeunes « Campagne tolérance zéro » au cours de la célébration de la Journée de l’Enfant Africain organisée en 2016. En dehors de ces actions, le ministre Adidjatou Mathys a fait remarquer que le gouvernement a adopté de nouvelles stratégies pour renforcer les capacités des Officiers de police judiciaire (Opj), des juges des mineurs, aux fins d’agir efficacement pour la répression des violences faites aux filles. « Toutes ces actions entrent dans le cadre de la campagne Tolérance Zéro au mariage des enfants. Afin d’atteindre les objectifs de cette campagne, des plans d’actions conjointement élaborés par mon département ministériel et l’Unicef sont en cours de mise en œuvre », a-t-elle déclaré. Avant d’inviter les partenaires sociaux et autres acteurs de la société civile à renouveler leur engagement à accompagner le gouvernement. Pour le représentant du Chef de l’Etat, Dénis da Conceicao Courpotin, la lutte contre ce phénomène doit être collégiale. Sur ce, il a, au nom du gouvernement, exprimé son engagement à renforcer l’arsenal juridique en matière de protection des enfants.
 Causes et plaidoyer des autorités  départementales
 Les causes du mariage forcé des enfants sont nombreuses. Pour le représentant du chef de l’Etat, il y a les pesanteurs socioculturelles, les inégalités basées sur le genre et la pauvreté. Au cours de la Journée internationale des filles célébrée en 2015, la représentante de Plan international du Bénin, Séraphin Dohou avait mentionné que les conséquences de ce phénomène vont des  grossesses non désirées à l’exploitation sexuelle et aux mutilations génitales. Selon lui, cette situation fait que les filles désertent les lieux d’apprentissage et l’école. Par conséquent, il  demande aux dignitaires du culte vodoun, aux parents, aux enseignants et patrons d’atelier et autorités politico-administratives d’œuvrer à ses côtés pour que les filles émergent. Car, ajoute-t-il,  celui qui élève une fille élève toute une nation.L’ex-préfet des départements du Mono et du Couffo, Corentin Kohoué, avait indiqué que malgré les efforts faits par les Partenaires techniques et financiers,le respect des droits des filles n’évolue pas en raison des pratiques traditionnelles dans les communautés.Par exemple, certains enfants sont toujours dans des couvents pour des rituels coutumiers. « Plan international Bénin et ses partenaires ont conduit des plaidoyers pour qu’une éducation soit donnée à ces enfants afin qu’ils puissent réaliser leur potentiel », a-t-il ajouté. Il a par la suite remercié les chefs traditionnels et religieux qui ont accompagné l’initiative. Dans la commune de Djakotomey, les autorités communales mènent efficacement cette lutte. Elles ont lancé mercredi 14 septembre 2016, le Projet de lutte contre le mariage forcé des enfants et de promotion de la planification de l’Ong Plan international Bénin. Pour la représentante de Plan international Bénin, Mireille HoungboAmouh, ce projet  vise à prévenir le mariage des enfants, les abus, les comportements à risque et grossesses précoces,  en motivant les leaders traditionnels et religieux dans la protection des victimes et la promotion de l’autonomisation des filles. Au cours de sa participation à la Journée internationale des filles, l’actuel préfet du Couffo, Christophe Mègbédji,  a indiqué que le combat contre ce  phénomène doit être collectif. Il a exhorté les autorités communales et les chefs religieux à travailler en synergie pour l’éradication de ce fléau.
 
Claude Ahovè
(Br Mono-Couffo