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Mathurin Nago indique aux Fcbe le chemin de la politique de développement

Le Président de l’Assemblée nationale Mathurin Nago a condamné hier les manœuvres contre sa personne. Il appelle les Fcbe à modérer leurs discours et à lutter pour la paix et l’unité. Il était hier sur l’émission Zone franche de Canal 3 Bénin.

Canal3 : Avec un peu de recul, lorsque vous regardez les deux mandats, est-ce une faveur ou une récompense ?

 Mathurin Nago : Merci beaucoup. Je voudrais saisir cette opportunité pour partager avec vous et aussi avec mes compatriotes béninois mes ambitions et un certain nombre de vérités que je voudrais dire pour mon pays et ma patrie. Je voudrais commencer par l’intervention de votre collègue Malick Gomina qui semble découvrir au niveau de mes prises de position deux attitudes qui s’opposent. Il est important que j’apporte quelques éléments de compréhension. C’est vrai qu’en apparence on peut penser cela. Mais, j’ai toujours dit qu’il n’y a pas d’attitudes opposées. Qu’il s’agisse de mes prises de position à la cinquième législature ou de mes prises de position à la sixième législature, cela a une même préoccupation majeure.

 Laquelle ?

 C’est la défense des principes démocratiques. Je ne connaissais pas le chef de l’État quand il était candidat. J’ai été très séduit par ses déclarations, son programme . Je me suis engagé de façon délibérée et en toute liberté à ses côtés. Parce que j’étais convaincu qu’on pouvait faire beaucoup de choses, de très grandes choses pour ce pays. Par conséquent, quand après avoir été ministre pendant un an, je suis devenu président de l’Assemblée nationale. J’ai, comme à mon habitude, décidé de travailler dans la vérité, dans la sincérité pour accompagner le gouvernement et le chef de l’État pour l’atteinte des objectifs que nous nous sommes assignés ensemble. Par conséquent, tout ce qui pourrait être fait pour s’opposer à la réalisation de ces objectifs, tout ce qui pourrait se faire pour écourter le mandat, je m’y suis opposé. Parce que je défendais les principes démocratiques. J’ai estimé qu’il fallait laisser le temps au temps et permettre au président qui était là d’accomplir son mandat. Il fallait lui donner la chance de réaliser ses objectifs. C’est le sens de mon combat au cours de la cinquième législature. Contrairement à ce que l’on peut penser, cela ne s’est pas toujours fait de façon servile. Nous avons toujours discuté. J’ai toujours donné mon point de vue au président de la République. Et, quand je n’étais pas d’accord, je le disais. Je ne pouvais pas le mettre dans la rue et proclamer quelques divergences qu’on avait en ce moment du point de vue de la méthode. Mais, je savais une seule chose, c’est que je défendais les principes démocratiques. Quand on vient maintenant à la sixième législature, c’est la même chose. Le but de mon combat en ce moment et avec d’autres, c’est la défense de la démocratie, la préservation des acquis démocratiques. Ce n’est pas plus que cela. Ce n’est pas moins que cela. Donc, d’un côté, j’ai dit à ceux qui voulaient enfreindre aux règles démocratiques qu’il ne faudrait pas le faire et, de l’autre, je me suis mis dans la bataille pour faire comprendre à ceux-ci que la démocratie, en fait, c’est un certain nombre de règles importantes que nous devons savoir préserver. Voilà ce que je vais dire en introduction et pour répondre à votre collègue. Maintenant, est-ce que le fait d’avoir été élu deux fois président est une charge ou une faveur ? Je dois reconnaître que c’est une grâce divine et, en même temps, je vais vous faire une confidence. Je n’ai jamais rêvé devenir président de l’Assemblée. Je profite pour vous faire une autre confidence. J’ai déjà été député à la deuxième législature de 1995 à 1999. Au terme de ce mandat, j’ai délibérément décidé de ne plus être candidat, malgré la pression qui a été faite sur moi. Parce que, je l’avoue, j’avais été dégoûté par l’expérience que j’ai vécue au cours de la deuxième législature. Parce que les pratiques, les comportements et les méthodes de travail étaient tels que je ne pouvais pas m’habituer à cela. Pour un enseignant, un universitaire et un scientifique, mon caractère ne me permettait pas de m’adapter à cela. Donc, immédiatement j’ai décidé de ne plus être candidat et je ne me suis pas présenté en 1999. En 2003 également j’ai été démarché pour être candidat. J’ai refusé. En 2007, contrairement à ce qu’on peut penser, je n’ai pas été candidat. Mon nom s’est retrouvé sur la liste Fcbe.

 Mais pour être candidat à une élection législative, il faut préparer un dossier !

 Je n’étais pas candidat parce qu’il y avait des tractations. Il y avait toute une procédure à laquelle les candidats potentiels participent en envoyant des lettres, des dossiers. Il y avait au niveau de l’alliance Fcbe plusieurs étapes de sélection. Tout cela a été fait. Je ne m’y suis pas du tout associé. C’est au lendemain de toutes ces phases de sélection qu’une liste provisoire a été publiée par un certain nombre d’organes de presse écrite. J’ai retrouvé mon nom. Parce que la décision avait été prise par le chef de l’État qui avait son dernier mot à dire et qui dirige la liste de la 18e circonscription. N’oubliez pas que j’étais membre du gouvernement. Il m’a été fait savoir que je devrais participer aux efforts des membres de l’Alliance Fcbe pour dégager une majorité devant soutenir le gouvernement.

 Mais cette fois-ci vous ne vous êtes pas opposé comme en 1999.

 J’ai dit que j’avais décidé de ne plus être candidat. Mais ce que nous avons adopté, c’est que, après les élections, si d’aventure, j’étais élu, je devrais laisser ma place à mon suppléant. Le suppléant est encore vivant et peut le confirmer. Donc nous sommes partis sur cette base avant le scrutin proprement dit. Comme par hasard, mon suppléant et moi avons été élus. Moi, j’ai trouvé que la solidarité était terminée. J’ai repris aussitôt mes activités au Ministère. J’étais au Ministère quand une délégation m’a été envoyée pour me dire : Monsieur le Ministre ! Une réunion vient de se tenir à la Présidence de la République et il a été décidé que c’est vous qui alliez représenter les Fcbe dans ce combat pour le perchoir. Je me suis expliqué. J’ai dit que je ne pouvais pas parce que j’avais décidé de ne plus être candidat. Mais, de fil en aiguille, j’ai eu un certain nombre de discussions de part et d’autre et j’ai fini par y aller.

 Donc, vous n’avez rien fait. Pas de lobby à la Présidence pour soutenir votre candidature.

 Personne. Je n’ai pas l’habitude. C’est pour cela que je dis qu’il faut connaître l’histoire personnel de chacun. Ni à la 5ème législature ni à la 6ème je n’ai demandé à qui que ce soit de me soutenir.

 Mais il y a certains anciens proches du Chef de l’Etat qui soutiennent le contraire.

 Ils étaient là ? Ils n’étaient pas là. Il y a certains qui ont apparu après qu’on ait construit tous les murs de la maison. Je peux donner quelques éléments. Ils ne peuvent que dire que des contrevérités puisqu’ils n’étaient pas là. Je n’ai jamais démarché au cours de la 5ème législature, ni à la 6ème législature. Mais il faut être honnête. Si pour la 5ème législature je n’étais pas du tout d’accord pour être candidat au perchoir, au cours de la sixième législature, je disais que si l’on me proposait d’être encore candidat et Président de l’Assemblée nationale, je l’accepterai. Et pourquoi ? Parce que j’estime qu’au cours de la cinquième législature, j’ai fait l’objet d’attaques non justifiés. J’ai fait l’objet d’attaques méchantes qui ne montraient pas ma capacité, mes potentialités. J’ai été couvert d’insanités. Je me disais que si j’avais l’occasion de montrer ce que je suis réellement, je le ferai. Pour cette 6ème législature, j’ai dit je ne fait pas de campagne. Mais, si l’ensemble des collègues décident que je sois président, j’accepterais. Je considère que c’est une grâce divine parce que je ne pouvais pas expliquer comment je suis revenu à l’Assemblée nationale par la grande porte et pour gérer un environnement que je détestais. A vrai dire, je ne souhaitais pas repartir à l’Assemblée nationale.

 Vous disiez que les attaques qui vous étaient faites n’étaient pas justifiées. Mais les gens vous reprochaient justement de ne pas tenir la place qui était la vôtre et de jouer réellement le rôle de contre-pouvoir. Vous étiez perçu comme le collaborateur du Chef de l’Etat. Et là, quand vous avez voulu vous affirmer, c’était tard.

C’est une fausse impression parce que, quand je vais à la Présidence de la République, c’est toujours pour un objectif qui reste institutionnel. La séparation des pouvoirs ne signifie nullement la confrontation des pouvoirs. Nous avons des rencontres régulières. Au niveau de la Constitution, il est prévu des dispositions qui imposent au Chef de l’Etat de faire des consultations régulières avec les présidents d’institutions. Il est difficile pour ceux qui font ces critiques de savoir les raisons pour lesquelles j’allais à la Présidence. Le chef de l’État, en tant que premier magistrat de la République a un certain nombre d’obligations, même au plan constitutionnel. Il a le devoir de nous inviter à certaines rencontres. Cela ne veut nullement dire qu’on va là-bas pour recueillir ou prendre des instructions. Pas du tout ! Nous y allons pour jouer notre rôle. Ceux-là qui le disent, je veux bien savoir s’ils font pied de gru là-bas pour voir nos passages. Tout ce que je sais, c’est que j’ai des obligations, des engagements. En tant que partenaire dans le cadre du programme qui a été élaboré et soumis à la Nation béninoise et qui a permis à l’alliance Fcbe de gagner les élections législatives, mais avant cela, l’élection présidentielle. En tant que tel, j’ai des devoirs. Ce sont ces devoirs qui m’amènent à des échanges réguliers à des concertations avec le chef de l’État. Ce n’est nullement pour aller prendre des instructions. Mais c’était de bonne guerre. Je voudrais vous rappeler que ceux qui faisaient ces critiques et qui les propageaient à travers les médias avaient un objectif. Leur objectif était, comme ils l’ont déclaré, de prendre le perchoir, de me destituer. Mais en réalité, ce n’est pas ma destitution qui était l’objectif le plus important. Ce n’est qu’une étape. C’est pour parvenir au Chef de l’État. Le Chef de l’État lui-même le savait. Donc, tout était bon pour me couvrir d’insanités. C’est pour cela que je vous ai dit que pour cette deuxième législature, j’étais tout à fait d’accord pour y aller et c’est un défi pour moi. Il fallait montrer aux collègues, aux députés, à la nation béninoise que j’ai des capacités et que j’ai aussi des valeurs à défendre. Ce sont ces valeurs qui m’ont toujours coûté des problèmes. Cela a été le cas pendant ma cinquième législature. Je constate que c’est aussi le cas aujourd’hui. Mais ma manière de combat reste la même. J’ai dit qu’une restauration d’une bonne image du Parlement passe par des comportements individuels et collectifs dignes. J’ai dit également que cela doit se voir à travers la qualité et la pertinence de nos décisions et de nos travaux. C’est vous dire que je reconnais qu’il y a des problèmes au niveau du Parlement et qu’il y a beaucoup de choses à changer. Jai défini également le deuxième défi. Ce deuxième défi a trait au fonctionnement du Parlement. Nous avions une administration parlementaire qui posait problème. Absentéisme, non assiduité au travail, beaucoup de tares qui ne pouvaient pas nous permettre de jouer pleinement notre rôle et j’ai dit qu’il fallait améliorer le fonctionnement du Parlement, d’une manière ou d’une autre. Améliorer les rapports de l’institution parlementaire avec les autres institutions parce qu’il avait aussi des problèmes. Le troisième défi, c’est celui d’accomplir correctement notre double mission qu’est l’exercice du pouvoir législatif et le contrôle de l’action du gouvernement. Je pense que, globalement, nous avons pu relever ces trois défis. Aujourd’hui, nous avons une administration parlementaire qui est efficace et qui a compris son rôle, son intérêt à jouer correctement son rôle. Nous avons un Parlement qui fonctionne relativement bien. Au niveau de l’accomplissement de nos deux missions principales, beaucoup de choses ont été faites.

 Vous dites qu’il n’y a jamais de locomotive, jamais de pinn pann. Est-ce que vos compatriotes peuvent vous croire ?

 Je dois vous dire une chose essentielle. J’ai des engagements en tant que membre de la majorité parlementaire. Mais j’ai aussi des obligations en tant que président d’institution. Au cours de la cinquième législature, il y avait une opposition très forte et très engagée et qui avait un objectif. Donc, il faut gérer ces trois éléments. C’est-à-dire, s’il y a des vérités à gauche et à droite, il faut le dire. Donc, je joue le rôle de coordonnateur, mais il peut arriver que je mette la balle d’un côté.

 Comment appréciez-vous la gouvernance du Chef de l’Etat. Est-ce que les fruits ont tenu la promesse des fleurs. Qu’est-ce qui n’a pas marché et à quel moment ?

 Je suis très gêné de faire le bilan de cette gouvernance parce que j’y ai beaucoup cru. J’en étais même passionné. J’ai un défaut quand je m’engage. C’est que je m’engage passionnément. Je ne suis pas du genre à lâcher les gens.

 Mais vous le faites maintenant.

 Non, je vais vous expliquer. C’est l’apparence. Les apparences sont trompeuses. D’abord, je dois vous parler de partenariat. Le fait de m’engager aux côtés du Chef de l’Etat signifie qu’il y a eu un partenariat qui est établi. Un partenariat exige la vérité, la sincérité et la confiance. Un certain nombre de faits m’ont montré qu’il n’y a pas eu sincérité. J’ai senti une volonté de fragilisation. Quand aujourd’hui on dit qu’on a attendu la fin du mandat du régime pour partir, je dis : non. Nous avions toujours eu des divergences et nous avons eu des rencontres au cours desquelles il y a eu des échanges parfois chauds. Ce n’est pas en 2014, ni en 2013. C’est en 2010. Parce que je reste confiant que tout es perfectible et que je suis là pour contribuer à la construction. Je ne suis pas là pour détruire. Mais en même temps que nous disions d’être des partenaires sincères, je constate sur le terrain qu’il y a des stratégies savamment organisés pour me fragiliser. Quand vous voyez un Maire que j’ai contribué à faire élire et qui, subitement, est devenu un adversaire encouragé par le pouvoir, quand vous voyez le pouvoir organiser des meetings contre vous, quand vous voyez certaines nominations qui sont faites.

 Mais est-ce tout ceci n’est pas récent ?

 Non, c’est depuis des années.

 D’aucuns disent que c’est le relèvement de Cakpo Mahougnon, que l’Honorable Débourou était le premier interlocuteur du Chef de l’Etat et que vous en êtes frustré.

 J’ai tiré leçon d’un certain nombre de choses au cours de la cinquième législature. C’est moi qui ai fortement contribué à ce que l’honorable Débourou devienne le Coordonnateur de la majorité pour faire la part des choses. Pendant la 5ème législature, le chef de l’Etat, au cours d’une réunion avec sa majorité parlementaire, demandait souvent au président que je suis de les inviter. J’ai souvent fait la démarcation. J’ai souhaité vivement qu’il y ait une meilleure organisation au niveau de la majorité parlementaire. J’ai même rédigé des statuts. Au moment où on devrait élire les responsables, c’est moi qui ai milité pour que ce soit Débourou. Je l’ai proposé compte tenu de son esprit d’ouverture et de sa proximité avec le chef de l’Etat pour lui permettre de pouvoir dire un certain nombre de sentiments des députés. J’ai expliqué au chef de l’Etat que, quand il s’agit de parler avec les membres de l’Assemblée, c’est Monsieur Débourou et Monsieur Laourou. Je vous le dis aujourd’hui que certains ne voulaient pas que ce soit Débourou qui soit le coordonnateur. Donc, c’est moi-même qui l’ai voulu. Je ne peux pas me plaindre de ce que moi-même j’ai contribué à construire. Deuxièmement, vous avez parlé de la révocation des cadres proches de moi. Cela ne date pas d’aujourd’hui. C’est depuis la 5ème législature. Je me suis toujours plaint. Mais je me suis dit que la raison n’est pas suffisante pour déclencher une hostilité. Le cas de Monsieur Cakpo est un cas parmi tant d’autres. Mais j’ai fini par comprendre que la volonté affichée était de m’isoler et demander aux cadres qui sont proches de moi ou de ceux de ma région, de leur montrer que je suis incapable de faire leur promotion. Donc, c’est toute une stratégie de fragilisation savamment organisée et qui n’a pas commencé hier.

J’ai commencé par décrire notre partenariat pour démonter que nous sommes ensemble pour le peuple et nous allons travailler pour le peuple. Ce partenariat n’est pas caractérisé par la vérité. A un moment donné, nous avons atteint un niveau de crise de confiance assez élevé. Pour parler de façon précise, de la gouvernance. J’ai eu beaucoup de problèmes par rapport à la gouvernance. Je sais que ce n’est pas facile d’être Chef de gouvernement et qu’il est difficile à un premier responsable de l’État de pouvoir contrôler tout. Et c’est pour cela que, pendant longtemps, lorsqu’à chaque fois que je rencontrais le chef de l’État, je lui disais : il y a tel problème. Ce que je lui ai dit le 7 janvier 2014, je l’ai répété à plusieurs reprises depuis des années. J’ai noté que la qualité de la gouvernance s’est détériorée au fil des années et que cette mal-gouvernance s’est caractérisée par des faits probants de corruption avérée. Au niveau des nominations, la qualité des choix. Je pense que depuis quelques jours, vous observez un certain nombre de choses. A la place que je suis, j’ai beaucoup d’informations. Nous avons un certain nombre de scandales et d’éléphants blancs. S’agissant du siège de l’Assemblée nationale en mai, bien avant le démarrage des travaux, bien avant le passage des marchés, j’avais prévenu qu’il fallait mieux éviter de donner le marché à certaines entreprises. Je l’ai dit au chef de l’État lui-même à plusieurs reprises. Je l’ai même dit au Ministre en charge de l’urbanisme. J’avais ce pressentiment que cela risquait de ne pas marcher. Ceci, compte tenu de l’importance des fonds à mettre en œuvre. Mais je n’ai pas été écouté. J’ai même pris des initiatives pour convaincre les acteurs.

 Y avait-il une commission parlementaire ?

 La conférence des présidents a rencontré, à plusieurs reprises, l’équipe du ministère de l’Urbanisme. Nous avons mis en place un comité de suivi. Dès le début, déjà au moment du dépouillement et de l’analyse des offres, nous avons constaté des irrégularités. Notre représentant a refusé de signer le procès-verbal. Donc, nous avions déjà commencé à voir certaines choses qui n’allaient pas.

 Sauf que vous l’avez géré en sourdine. Vous aurez dû le faire savoir à l’opinion publique !

 Nous avions pris l’opinion publique à témoin, puisque nous avions posé des questions orales qui ont été largement débattues. Je suis intervenu très fortement. J’étais vraiment énervé parce que je considère que ce n’est pas une bonne chose d’engouffrer 14 milliards. Le lancement des travaux a eu lieu en 2009 et le chef de l’État prévoyait deux ans pour terminer les travaux. Malheureusement, 6 ans après, rien n’est fait. Il y a un autre aspect. C’est certains comportements et pratiques de divisionnisme, de régionalisme et d’instrumentalisation des uns et des autres. Je reçois beaucoup de gens qui viennent se plaindre. J’ai reçu beaucoup de coups de files depuis deux ou trois jours de Banikoara qui m’ont informé de beaucoup de choses. Ce n’est pas bien. Nous devons éviter cela. Nous devons travailler pour l’unité de la Nation, pour la cohésion nationale. Tout cela n’est pas bien. Je le vis moi-même dans ma région. Je le vis au quotidien. On fait venir des délégations. On invite des jeunes, des femmes. Il y a quelques jours, ils étaient plus d’une centaines de jeunes de la 18ème circonscription avec de l’argent et, le seul point à l’ordre du jour, c’est Nago. Nago ne vaut rien. Il a écrit une lettre. On photocopie la réponse que j’ai donnée.

 Que peut l’Assemblée nationale face à ces plaies puantes ?

 Ce sont des plaintes graves. Il faut que nous évitions cela. Nous avons tous la mission de promouvoir notre pays. Nous avons tous la mission de faire de notre pays l’un des mieux placés dans le concert des Nations. Il faut que nous revoyions nos langages quand nous allons sur internet. Quels que soient les enjeux des élections, nous n’avons pas le droit de dire certaines choses et des choses avérées. Parce qu’on m’a fait écouter des extraits. J’ai rencontré des députés originaires de la partie septentrionale qui en parlaient et qui m’ont dit que ce n’est pas la première fois. Cela fait plusieurs fois. Certains députés m’ont dit qu’au cours de la cinquième, sixième législature nous avons des régions où on fait la séparation.

 Mais vous avez soutenu le régime de Yayi Boni. Est-ce que quelque part vous n’avez pas contribué à cela. Assumez-vous le bilan de Yayi Boni? Vous êtes restés sourds aux dénonciations.

 Je ne suis pas resté sourd. J’avais eu des rencontres avec le chef de l’État au cours desquelles je lui disais ce que je n’appréciais pas. Je me suis dit que tout homme est perfectible et qu’à l’œuvre, parfois, on peut poser des actes qu’on peut regretter par la suite. Mais, il faut avouer que l’entourage peut y aider. Aussi, nous avions eu des ouvriers de dernière heure. Si vous regardez l’entourage, vous comprenez qu’ils sont des milliers à rattraper le temps perdu et qui sont devenus des prestataires de service zélés.

 Est-ce que vous assumez le bilan ?

 Disons que j’assume mon engagement. Je ne regrette pas de m’être engagé aux côtés du Chef de l’Etat sur la base de ses programmations. Je dois avouer que les premières années ont été des années de passation, de conviction. J’ai eu du plaisir à travailler. Si vous interrogez d’autres qui travaillent aujourd’hui aux côtés du chef de l’État, ils vous diront la même chose. Je me sentais libre de poser les actes que je voulais poser. Mais, je pense qu’il y a eu des dégradations au fur et à mesure.

 Beaucoup ont estimé que la dégradation, c’est depuis votre rencontre avec Talon.

 La dégradation, c’est depuis longtemps. Je vais vous parler de Patrice Talon. Il n’y a pas de question taboue. Il y a certains anciens ministres qui m’ont appelé et m’ont rendu compte de ce qui s’est passé. J’espère que chacun de nous va mettre de l’eau dans son vin. Les élections ne suffisent pas pour aller à ce niveau-là. Il faut pouvoir arrêter parce que, quand l’irréparable est fait, il est difficile de revenir en arrière. Cela a été toujours son credo. Aujourd’hui, je veux continuer de contribuer à ce qu’il arrive jusqu’à la fin de son mandat. Ce n’est pas une guerre. Je ne peux pas moi-même donner de mauvais exemples. Les divergences existaient depuis longtemps. Depuis la cinquième législature. À la veille des élections présidentielles, le chef de l’Etat nous a réunis au Palais des congrès pour présenter ses excuses par rapport à un certain nombre d’actes qu’il a posés. C’est vous dire qu’il y avait beaucoup de choses que nous lui reprochions. Mais, à partir de la sixième législature, je n’ai jamais été associé à la formation d’un gouvernement. Quand la correspondance arrive, nous donnons notre avis consultatif. Mais ce qui se dit après, c’est que j’ai empêché tel ou tel d’être ministre.

 Allons dans les détails. Isidore Tossou a dit que le président de l’Assemblée n’a pas voulu son éclosion.

 C’est ce qui est raconté mais, en réalité, c’est faux. Je vous ai dit que je ne suis pas associé à la formation du gouvernement. Mais, si je vous dis ce qui s’est passé, c’est succulent. C’est vous montrer les divergences.

 Parlons de Monsieur Talon.

 Je ne suis certainement pas le plus grand ami de monsieur Talon. La première fois que j’ai connu Talon, c’est dans le bureau du chef de l’État. Je ne le connaissais pas. Ensuite, nous avons eu à collaborer lors des élections de 2011. Il y a eu cette fameuse affaire de Pvi. Nous n’étions pas au courant. Personne ne nous avait parlé de ce programme Pvi. Le programme est apparu et nous avions commencé par être informé le jour où les choses ont commencé à péter. Quand il y a eu cette affaire, nous avons échangé avec le Chef de l’Etat pour voir comment recoller les morceaux parce que cela attirait des foudres de guerre. Au cœur de la crise, je l’ai rencontré par deux fois à la maison en 2012. Je l’ai fait aussi dans le cas de monsieur Ajavon, à la demande du Chef de l’Etat. Depuis ce temps, je n’ai pas eu de contact avec monsieur Talon. En 2012, j’ai été informé de la cabale contre certains collègues, comme quoi ils sont allés à Paris rencontrer monsieur Talon. Il y a même un collègue député qui a été fouillé à l’aéroport. J’ai élevé des protestations contre cela. Tout simplement parce qu’on estime qu’il est allé à Paris cherché je ne sais quoi. Dieu merci, j’en suis préservé pendant deux ans. Mais, quand cette affaire de tentative de coup d’Etat affaire, d’empoisonnement a démarré, j’étais au Canada. Mais, j’ai écourté mon séjour pour aller dire mon soutien moral et politique au chef de l’État. Mais, quand j’ai quitté le palais, j’ai reçu des coups de fil qui m’ont informé que le chef de l’État estimait que j’étais complice de cette tentative d’empoisonnement. Mais je n’ai pas manqué de le voir pour lui poser la question. Il a dit qu’il n’a jamais dit cela. Mais ce sont des personnes très proches qui me l’ont dit. Il y a beaucoup d’autres qui ont été accusés parce qu’on a estimé que ce coup devrait profiter à quelqu’un. Je ne m’accroche pas au pouvoir et je ne peux rien organiser pour avoir le pouvoir. Ils ont fait des montages de photos de certains collègues. Je reçois plus de 500 à 600 opérateurs citoyens chaque année. La seule version que j’avais, par rapport à cette affaire, c’était la version du Chef de l’Etat. Machinalement, je pensais que venant d’un Chef de l’Etat, cette version ne pouvait être que vraie. Mais, j’ai commencé par écouter d’autres versions. On m’a dit qu’il faut écouter l’intéressé. Je n’ai pas été le voir mais, il est venu me voir à l’occasion d’un dîner organisé par un ami à moi pour me présenter sa version des faits en 2014. Mais en faisant cela, je pense que je suis dans mon rôle. Je dois recevoir tous les Béninois.

 Pourtant, il y en a qui sont proches du Chef mais qui se rendent aussi chez Talon !

C’est une campagne de basse qualité. C’est un thème mal choisi. On fait a fait venir les miens. On a reproduit les photos qu’on a distribuées comme des petits pains. C’est avec cela qu’on fait campagne. On dit que j’ai rencontré Talon. Moi, je vais en prison voir les prisonniers. C’est mon devoir. Ne pas le faire, c’est de prendre partie. Cette affaire a fait l’objet d’une prise d’ordonnance de non-lieu. Ces ordonnances ont été confirmées par la Cour d’appel. En plus de cela, en mai 2014, le Chef de l’Etat nous a révélés, dans une déclaration à la Nation, qu’il y a des démarches, des médiations, notamment par Abdou Diouf et Laurent Fabius. Dans sa déclaration, il a dit qu’il est heureux et a invité les uns et les autres à tourner la page. Je dis bien en mai 2014. Et en octobre 2014, on me reproche d’avoir rencontré Talon qui est un citoyen, un opérateur économique et qui est un grand ami du Chef de l‘Etat. Je ne vois pas pourquoi on prend cela comme un instrument de propagande et de publicité. Moi, je n’ai pas d’amitié particulière avec lui. Si vous souhaitez me rencontrer, je ne peux pas refuser.

 Transcription Hospice Alladayè