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Migan
L’ancien bâtonnier oriente l’opposition pour la présidentielle

A 7 mois du premier tour de la présidentielle de février 2016, l’ancien bâtonnier Jacques Migan s’interroge sur les chances des leaders de l’opposition pour mettre fin au régime Yayi. C’est dans une opinion intitulée : « L’opposition peut-elle gagner l’élection présidentielle de 2016 ? » dont nous publions ci-dessous l’intégralité.

Depuis les dernières élections que le Bénin a organisées cette année, le paysage politique s’est transformé ouvrant de nouvelles perspectives. 2016 ! Année des élections présidentielles, est une année qui, si l’opposition s’organise, peut mettre fin au système mis en place par Yayi Boni. En effet, sa politique et sa légitimité ont été clairement fragilisées par le choix des Béninois lors des élections législatives et communales. Ce rejet et cette fragilité sont renforcés par l’élection de Maître Adrien Houngbédji comme Président de l’Assemblée nationale aux dépens de l’un des principaux acteurs du régime Yayi Boni. La Cour constitutionnelle dans son rôle d’institution de contre-pouvoir et d’organe régulateur du bon fonctionnement des institutions a, elle-même, veillé, dans ses différentes décisions, au strict respect des règles du jeu démocratique en empêchant toute modification opportuniste de la Constitution. Au regard de cette combinaison de facteurs, on peut considérer que la classe politique opposée au pouvoir du président Yayi Boni a de réelles chances de gagner et d’exercer le pouvoir en 2016. Mais cela ne sera possible sans un minimum de méthode et d’organisation ; ce d’autant plus que le pouvoir sortant mettra tout en œuvre pour avoir un candidat au second tour des présidentielles.

 Comment l’opposition peut-elle s’y prendre pour gagner les élections ?

 Il est vrai que le peuple béninois, dans son choix des députés et des conseillers communaux, a montré, par son vote, son rejet du parti des Forces cauris pour un Bénin émergeant (Fcbe), parti au pouvoir. Mais ce rejet du pouvoir Yayi suffira-t-il pour assurer l’élection d’un président issu de l’opposition ? En l’état, l’on ne saurait répondre de manière certaine à cette question. L’opposition dispose de réelles chances pour gagner les prochaines élections présidentielles ; mais cela nécessite qu’en amont, certaines dispositions soient prises par les différents acteurs qui composent aujourd’hui l’opposition. D’abord, il est important de former une coalition des partis de l’opposition afin d’éviter une dispersion des voix entre les différents candidats issus de leur rang. A défaut, cela risquerait de profiter à l’éventuel candidat du parti au pouvoir. Les probables candidatures des leaders de l’opposition seront sans doute nombreuses. Pour preuve, les députés de l’Alliance Soleil, à savoir, les Honorables Robert Gbian, Sacca Lafia, Issa Salifou seront probablement candidats aux élections présidentielles. Messieurs Abdoulaye Bio-Tchané, Pascal Irené Koupaki, Léhady Vinagnon Soglo, Janvier Yahouédéou, Ousmane Batoko, Mathurin Nago seront candidats. Vraisemblablement, Idji Kolawolé, Eric Houndété, Emmanuel Golou et Joseph Djogbénou issus de l’Union fait la Nation (Un), le seront également. D’autres candidats probables qui ont des affinités avec l’Alliance Un, pourraient disputer l’électorat habituel des candidats précités (Messieurs Fernand Amoussou, Patrice Talon éventuellement). Or, la plupart des candidats sus-cités bénéficient d’une force électorale limitée à un département ou une région du pays. Dans un tel contexte, seul un regroupement des forces des partis de l’opposition peut leur permettre de gagner le pouvoir en 2016. Concrètement, tous les leaders de l’opposition peuvent se réunir pour désigner deux candidats qui participeront à l’élection présidentielle pour le compte de l’opposition. Le choix de ces deux candidats dépendra non seulement de leur charisme et de leur expérience mais aussi de leur poids politique réel au-delà de leur région. L’opposition devra savoir faire preuve de sagesse et de patriotisme pour limiter son choix à deux candidats : un du nord, un du sud. Une fois que ces candidats seront désignés, tous les leaders des partis d’opposition élaboreront et adopteront une Charte dans laquelle il serait clairement souligné que dans l’hypothèse où l’un des quelconques candidats initialement désignés parviendrait au second tour des élections, il bénéficiera du soutien et de l’engagement de tous les leaders des partis de l’opposition, le candidat non qualifié pour le second tour compris. Mais, si les leaders de l’opposition vont aux élections en rang dispersé dès le premier tour sans une discipline de groupe, l’on observera inéluctablement un émiettement des voix, qui ne leur serait que défavorable. Cette dispersion des voix de l’opposition induite par une pluralité de candidatures donnera, sans aucun doute, une longueur d’avance à l’éventuel candidat unique de la mouvance. La stratégie étant désormais connue, il ne reste plus qu’aux leaders de l’opposition de s’entendre car, l’on est exactement à sept mois du 1er tour de la présidentielle. La victoire pour l’opposition est plus que possible vu le rejet exprimé par les Béninois lors des dernières élections (législatives et communales) du système du Président Yayi Boni et de son parti.

 Jacques A. Migan

Ancien Bâtonnier