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Le journaliste Tougan souffre aux mains de la Police

L’arrestation du journaliste Boris Tougan et ses conditions de garde-à-vue suscite toujours des inquiétudes au sein de l’opinion publique. La police a délibérément décidé de le maltraiter comme un braqueur au point de lui compliquer la vie. Un règlement de compte ou exécution d’une instruction judiciaire ?  

Le journaliste Tougan, après son arrestation sans convocation et mandat, jeudi dernier, par la police nationale, séjourne à la Brigade anti criminalité. Selon des personnes proches de la police et certains de ses proches, le journaliste, pour avoir écrit un simple article de presse, est gardé à vue depuis quelques jours. Il a du mal à se laver. Il s’assoit et se couche à même le sol, torse nu et dans une température inacceptable. Pour avoir donné son opinion à travers les colonnes d’un organe de presse dont il est le directeur de publication, ce journaliste n’est plus libre de ses mouvements et est privé de toute visite. « Difficilement, son avocat lui a rendu visite… Jeudi, il a été auditionné jusqu’au-delà de minuit… », a indiqué un de ses collaborateurs. Pour les hommes de droit, cette arrestation ne répond à rien. L’article incriminé n’a rien de ce qui peut être qualifié de crime de presse ou atteinte à la sûreté de l’Etat. Et d’ailleurs, Maître Magloire Yansunnu, Avocat à la Cour, interrogé, a même dit qu’on ne peut interpeller personne pour un article du genre qui n’est qu’une analyse que tout le monde peut faire. On parle d’atteinte à la sûreté de l’Etat lorsque l’article peut provoquer des soulèvements populaires graves et ou révèle un secret militaire ou d’Etat. « Dans le cas précis, il ne s’agit de rien de tout cela », selon Magloire Yansunnu.

Ce qui se passe est simplement un règlement de compte. Soit la police et ses responsables ont des griefs particuliers contre le journaliste Boris Tougan et veulent régler leurs comptes avec lui, une fois pour de bon. Ils ont choisi de violer délibérément les Droits de l’Homme et maltraiter un journaliste. Sinon, leur acte n’a aucun sens.

 Il y a des récidivistes partout…

 Aucune corporation n’est totalement saine. Comme dans la presse, il y a des récidivistes dans le rang des policiers, militaires, gendarmes et autres…C’est partout et chacun n’a qu’à balayer sa cour. Comme le dit un adage populaire, « si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au cochon de le dire… ». Les policiers n’ont aucune leçon à donner aux journalistes et cette manière de traiter un journaliste pour une charge qui n’est pas bien définie et sans plainte proprement dite, n’a rien de normal et ressemble simplement à du zèle comme l’a remarqué une personnalité. Policiers braqueurs, voleurs et irrespectueux des textes de la police, on en a vu et, il y en a encore. Récemment, il y en a qui a été mis aux arrêts de rigueur et d’autres sont régulièrement sanctionnés. La presse ne les maltraite pas. Les journalistes n’en font pas une proie. Le respect de la corporation des journalistes oblige pourtant la police à faire preuve de méfiance dans le traitement du cas Tougan. Il est mauvais pour les policiers, mais pas un confrère à abattre pour les journalistes. Ne dit-on souvent pas que « celui qui a une mauvaise haleine ne peut s’empêcher d’avaler sa salive » ?

 Boris Tougan pourrait être mis en liberté    

 Les charges retenues contre lui ne sont pas fondées. Selon des spécialistes, le procureur de la République peut tout faire mais « s’il doit dire le droit et faire régner une justice de vérité, il ordonnera purement et simplement la libération du journaliste Tougan ce lundi ». L’article de presse ne contient aucun passage qui peut être pris pour atteinte à la sûreté de l’Etat. S’il s’agit de la diffamation, le code de l’information interdit la détention préventive et l’emprisonnement des journalistes au Bénin. Et donc, quelque soit le cas de figure, le journaliste sera mis en liberté. Seulement, il pourra attraire la police en justice pour arrestation et détention arbitraires.

F.F

 Magloire Yansunnu, Avocat à la Cour: « Selon la loi, la police ne peut pas se permettre cela »

« J’ai lu l’article et je ne vois rien d’exceptionnelle qui puisse amener à poursuivre quelqu’un pour « atteinte à la sûreté de l’Etat. Je ne vois rien! Le résumé, c’est simple. C’est comme tous les autres articles de la presse. Au fait, Yayi veut radouber. Il a tenté par la constitution, ça n’a pas marché. Il a voulu placer Lionel Zinsou, ça n’a pas marché. Il a voulu placer Komi Koutché, trop jeune, malgré l’aide de la Cour constitutionnelle. Alors, maintenant, il attaque Boko Haram et envoie 800 personnes au Nigeria. C’est qu’il risque d’amener Boko Haram à réagir contre le Bénin et, en cas de trouble, il pourra renouveler son mandat. C’est une analyse, c’est un commentaire qu’il fait des événements politiques. N’importe quel autre politicien aurait pu faire pareil. C’est une atteinte aux droits de la personne humaine. Il n’est que journaliste et n’a pas le fusil à la main. Il n’incite pas à quoi que ce soit. En tout cas, il n’est pas avéré qu’il est terroriste ou qu’il a porté atteinte la sûreté de l’Etat. On ne peut pas aller chez lui comme ça, le prendre sans mandat, sans rien et le présenter, par la suite, au procureur. Selon la loi, la police ne peut pas se permettre cela. Si ça avait été un crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat, il est possible qu’on l’arrête et les délais de garde-à-vue sont plus longs que les délais de garde-à-vue pour le reste. Il s’agit ici de violation, non seulement des droits de journalistes, mais de Droits de l’Homme. C’est ce que je constate dans cette affaire. A moins que le journal ait des problèmes avec les policiers. Peut-être que le journal a attaqué leurs responsables. En principe, sil y a une bonne justice, il devrait être mis en liberté. Parce que, dans le dossier, il n’y a rien qui puisse porter atteinte à la sûreté de l’Etat. A moins qu’il y ait de connotations politiques derrière. Aucun article ne punit un tel article de droit de presse. Il a été privé de sa liberté pendant quelques jours en garde-à- vue pour une fausse accusation. Il a la possibilité de se plaindre et demander réparation ».

 Extrait des propos recueillis par F.F