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Le peuple attend que le président Talon innove

Le président de la République, Patrice Talon a décidé de satisfaire, ce jour 22 décembre 2016, aux exigences de l’article 72 de la Constitution du 11 décembre 1990. Au-delà de la présentation habituelle, le peuple attend de lui une nouveauté. Celle de son appréciation de « l’état de la Nation », et des perspectives qu’il propose pour le futur.

Patrice Talon s’acquitte ce jour d’un devoir constitutionnel. Celui qui fait obligation au président de la République, selon l’article 72 de la loi 90-032 du 11 décembre 1990 d’adresser « une fois par an un message à l’Assemblée nationale sur l’état de la Nation ». C’est le premier grand oral du chef de l’Etat devant la représentation nationale depuis son entrée en fonction. Le peuple attend de son intervention sa perception de « l’état de la nation » et ses engagements porteurs d’espérance. Car, le peuple n’attend pas seulement un listing des réalisations comme l’ont fait ses prédécesseurs qui se sont tous acquittés de cette obligation constitutionnelle. En choisissant déjà de le faire plus tôt que les autres, le Compétiteur-né dont le budget général de l’Etat est passé comme une lettre à la poste jeudi dernier, n’ira certainement pas devant les députés pour remplir une formalité. En plus du budget général de l’Etat exercice 2017, Patrice Talon dispose d’un deuxième outil qui retrace l’ensemble des activités et leurs coûts sur la période 2017-2021. Il s’agit du Programme d’actions du gouvernement. Fort de ces outils en sa possession, le chef de l’Etat, a priori, sera bien à l’aise pour livrer un excellent message aux députés. Dans ce sens, il est attendu de lui qu’il réponde, de la manière qui lui plaira, à la question « comment se porte la Nation ? » C’est cela la nouveauté.

Nécessité d’un exercice de sémantique

L’histoire des messages sur l’état de la Nation ou de l’Union comme c’est le cas aux Etats-Unis, dégage une constante. Les chefs d’Etat se livrent à des discours politiques. Ainsi, le discours sur « l’état de la Nation » laisse apparaître très faiblement comment se porte la République. En effet, les hommes d’Etat en cette circonstance, présentent leurs exploits et projette un avenir radieux à leurs concitoyens. Or, si l’on convient avec Wikipédia que l’état est la « disposition dans laquelle se trouve une personne, une chose, une affaire » ; alors l’état de la Nation ne saurait être un catalogue de réalisations ou de projets de réalisations. Le dictionnaire électronique définit la Nation comme étant« un ensemble de personnes vivant sur un territoire commun, conscient de son unité (historique, culturelle, etc.) et constituant une entité politique ». Le lexique de science politique indique que « la Nation est une communauté politique d’appartenance, permettant de penser le peuple comme un groupe humain uni et cohérent aspirant à vivre ensemble. Elle est présentée comme une communauté soudée par une histoire commune et rassemblée par des liens affectifs. » Enfin de l’esprit de la Constitution du 11 décembre 1990 en son article 11, « la Nation béninoise est composée de l’ensemble de toutes les communautés. » Au regard de tout ce qui précède, l’exercice que demande la loi fondamentale à l’article 72 est un renseignement sur la « disposition dans laquelle se trouvent les Communautés béninoises » au terme d’un exercice budgétaire.

Des difficultés à l’exercice

La Constitution n’a pas défini à quel moment de l’année civile le message sur l’état de la Nation doit se délivrer. Elle affirme seulement que l’exercice est annuel. Or, en début de mandat, en avril, le chef de l’Etat prête serment et l’accompagne d’un discours d’investiture qui est aussi un message à la Nation. A la veille de la fête de l’indépendance du 1er août, le président de la République adresse un autre message au peuple. Il semble que c’est au vu de cette réalité que le message sur « l’état de la Nation » expressément exigé par l’article 72 intervient au mois de décembre. Ce message doit renseigner vraiment sur l’état. Est-il moribond ou reluisant ? Par ailleurs, la Constitution n’a pas précisé à l’aune de quoi se détermine l’état ? Est-ce les finances publiques, les infrastructures ? Est-ce le pouvoir d’achat des citoyens ordinaires ? Est-ce une évaluation du plateau technique du système sanitaire, ou de la qualité du système éducatif ? Est-ce au taux de chômage des jeunes ? Ou encore l’ensemble de ces préoccupations ? C’est certainement en voulant tout embrasser que les chefs d’Etat, en hommes politiques, se limitent à la présentation de réalisations parce que le champ n’est pas circonscrit.

Jean-Claude Kouagou