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metallurgieLa forge est un corps de métier dont la fonction intègre l’organisation du royaume de Danxomè. En dehors des objets décoratifs et des bijoux pour l’accoutrement du souverain, les forgerons produisaient aussi des outils de travail et des armes de guerre. Ce secteur stratégique était réservé à certaines familles afin de mettre leurs compétences au service royaume.
Abomey est la source du travail des métaux sur le plateau de Danxomè. Au regard de la place de choix qu’il occupe au sein des dynasties royales, les rois qui ont régné sur le trône de Houégbadja, père fondateur de Danxomè, lui ont accordé une attention particulière.  Métier hautement stratégique, il est exclusivement réservé aux familles destinées à la forge. Elles sont les seules habilitées en la matière pour satisfaire les besoins du souverain allant du décoratif aux armes de guerre en passant par l’habillement et l’utilitaire. Mais chaque groupe de  forgerons ne peut prétendre faire tout. Pour plus de célérité dans le travail, le secteur a été catégorisé et confié spécifiquement à des familles données. Ainsi, les objets en métaux précieux du roi ne sont produits que par les Hountondji. Ce sont des objets de décoration et de bijouterie dont la réalisation est réservée exclusivement aux membres de la famille Hountondji ; lesquels sont  considérés comme des orfèvres. Le cuivre, l’argent, le bronze, le laiton et l’aluminium constituent leurs matières premières. Quant aux instruments de travail (houe, râteau, daba, coupe-coupe, fausse, gong, couteau, piège   et autres…..), leur production incombait aux Abohoumbo.  Dans ce registre des outils, on retrouve également les Affama, les Dessou et autres qui produisent les outils agricoles tels que la hache, le coupe-coupe, la houe et le marteau à divers usages. Selon Vincent  Affama, forgeron à Adjahito, ses ancêtres faisaient aussi le Kpanlingan, gong gémellé utilisé pour chanter les louanges du roi. C’était aussi le job des Thon au sein du royaume. Quant à la fabrication des armes de guerre, elle a été  confiée à certains groupes spécialistes du fer. A l’origine, ‘’la récade’’, étant un bâton de commandement,  fut une arme de combat avant de devenir plus tard un objet de parure du roi. Entre autres familles qui les réalisent, il y a les Akankossi et les  Akati. A en croire Gabin Bernard Djimassè, Directeur de l’Office du tourisme (D/Ot), les forgerons de la famille Akankossi étaient des métallurgistes. Leur spécialité, c’est l’extraction du fer et la fabrication des armes de guerre. Des objets de culte dont la statue de la divinité Gou, l’autel portatif « assen » sont fournis par les Akati, les Gounon Tamaïgo, et les Mongbo.
 Les difficultés du métier
 Ni la mévente, ni la concurrence ne constitue la préoccupation majeure des forgerons. Ils sont préoccupés plutôt par la raréfaction de la matière première. Tous s’accordent à dire que  les métaux deviennent aujourd’hui de plus en plus difficile à trouver. Ainsi, la rareté du fer constitue un casse-tête pour  ceux qui  travaillent le  métal que sont les Abohoumbo à Doguèmè, les Affama et les Dessou à Adjahito, ainsi que les Akati à Hounli. Pour  Laurent  Abohoumbo, responsable du groupe  des forgerons de Doguèmè, « ce sont les acheteurs ambulants de ferraille » qui leur compliquent la vie. « Ils ramassent tout sur le terrain et nous ne trouvons plus rien », renchérit-il avant d’ajouter que désormais le fer coûte cinq fois plus cher qu’avant. Face à cette difficulté, le clan  d’Adjahito animé par les Affama et les Dessou, se rabattent sur les quincailleries pour s’approvisionner.  Selon les confidences de Vincent  Affama, il faut recourir  aux boutiques pour acheter de la tôle noire. «La tôle noire de 20/10 se vend à 30. 000F», précise-t-il. Au quartier Hountondji, les spécialistes du cuivre, de l’acier, de l’aluminium, du bronze, de l’argent et du laiton ne sont pas à l’abri de l’indisponibilité des métaux précieux.  Ils en font des bijoux, des ‘’récades’’ et autres. Mais aujourd’hui, il n’est plus facile de disposer de ces métaux. La solution trouvée par  Paul  Lanmandoussélo (une variante de la famille Hountondji), c’est aussi la quincaillerie pour  la plupart des métaux qu’il utilise; s’il ne chasse pas les vieux robinets pour suppléer le manque d’acier en particulier. Et du fil électrique pour ses travaux nécessitant du cuivre.  Le directeur de l’Office du tourisme d’Abomey et région, Gabin Bernard Djimassè, fait remarquer  qu’aujourd’hui, le métier de la forge n’occupe plus vraiment. La forge n’a plus son prestige du temps des monarchies. «Cette situation est due à la fin de l’influence du royaume », fait-il observer pour signifier que la modernisation de l’Etat a fait perdre au roi ses prérogatives d’anatn. Ainsi, les forgerons, même s’ils existent toujours à Abomey, ne sont plus trop dépendants de la royauté et le roi n’a plus l’exclusivité de passer ses commandes auprès d’eux. C’était le roi qui fournissait les métaux et c’était lui qui consommait toute la production des forgerons du royaume. En dehors des objets traditionnels, les forgerons ont dû innover en fabriquant divers produits pour la consommation populaire.
 
Zéphirin Toasségnitché