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Le Contrôleur général, Jean Tozé

Depuis hier la chute d’un haut gradé de la Police nationale est au centre de toutes les préoccupations. Le Contrôleur général et Directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur de la sécurité publique et des cultes, Jean Tozé est au gnouf. Il a été arrêté par les éléments de l’unité de Recherche assistance intervention-dissuasion (Raid). Les raisons de son arrestation.

Toutes les sources sont formelles. Le Directeur de cabinet du ministère de l’Intérieur a été interpellé hier par les policiers de l’Unité Raid qui l’ont aussitôt déposé à la base de la Brigade anti-criminalité (Bac). Jean Tozé, présenté comme le plus ancien des contrôleurs généraux de la Police nationale en activité, est sous le coup d’une sanction disciplinaire et son arrêt de rigueur pourrait durer jusqu’à 45 jours si la punition émane de son ministre de tutelle. La durée de la sanction peut aller au-delà, précisément jusqu’à 60 jours au maximum si les instructions proviennent directement du chef de l’Etat. Justement, il lui est reproché d’avoir glissé une peau de banane à Yayi Boni. De quoi s’agit-il? Il est question de la reconstitution de carrière à l’intention de certains fonctionnaires de police. Ils étaient des civiles en service dans différents ministères. A la faveur de la Conférence nationale, ils ont été reversés en 1990 à la Police qui souffrait de manque de personnel. Au regard de leur niveau d’études, certains ont été directement reversés commissaires, dont Jean Tozé qui était un contrôleur de prix. Dans l’exercice de leur profession de policier, les reversés ont demandé la reconstitution de leur carrière. La Cour suprême, saisie entre-temps, a donné une suite favorable à leur requête. Le chef de l’Etat a commandité un rapport qui devrait faire le point exhaustif de leur situation. Mais, les résultats ont été contestés et le rapport n’était pas exploitable, donc écarté. Il fallait reprendre le travail. Le président de la République confie la direction de ce deuxième rapport au ministre d’Etat, François Abiola. Son travail était jugé proche du consensus et meilleur au premier document produit. Il faut souligner que le premier rapport accordait beaucoup d’avancements aux reversés de 1990 au détriment des flics qui ont commencé par le grade de gardien de la paix. Leur groupe comprenant, entre autres, l’actuel Directeur général de la Police Louis-Philippe Houndégnon et son adjoint Nazaire Hounoukpè récemment promus inspecteurs généraux, s’est retrouvé à travers le rapport Abiola pendant que les reversés rechignaient. En fait, au regard du document du ministre d’Etat, les premiers devraient se voir porter le grade supérieur plutôt que les reversés.

 La peau de banane à Yayi Boni

 Alors, le président de la République, sous pression, a voulu mettre en application le rapport Abiola. Mais, quand il a demandé ce deuxième document, il lui a été envoyé, depuis le ministère de l’Intérieur, l’ancien rapport contesté et qui faisait les affaires du Directeur de cabinet Jean Tozé. Ce que Yayi Boni a promulgué. Ils étaient nombreux à jubiler et à jouir des effets de l’application. Les bénéficiaires se sont empressés de porter leurs galons et certains, servant sous le Directeur général et son adjoint, sont devenus plus gradés que ceux-ci. Lors des séances, des réunions et des cérémonies, la tutelle de Louis-Philippe Houndégnon et de Nazaire Hounoukpè était presque contestée par ceux dont les épaules étaient plus garnies. Dans un corps comme la Police, c’est une affaire de grade et ceux qui ont porté leurs galons sur la base de la promulgation faite par le chef de l’Etat se voyaient supérieurs à la tête de l’institution. Il s’est posé de réels problèmes de gestion. Mais, cela ne saurait durer longtemps. Car, plus tard, informé de la situation à la Police nationale, le gouvernement a repris la copie et c’est là où il s’est rendu compte que le document qui a été promulgué n’est pas le bon. Le Secrétariat général du gouvernement rejette la responsabilité et montre du doigt le ministère de l’Intérieur. Le nouveau ministre Placide Azandé, ne maîtrisant pas le dossier, s’est tourné vers son directeur de cabinet, Jean Tozé. Il lui a été flanqué une demande d’explication. Les investigations le mettent en cause dans cette affaire. Le chef de l’Etat a aussitôt instruit le ministre de l’Intérieur à prendre les taureaux par les cornes. Les éléments Raid ont reçu l’ordre d’aller chercher le haut gradé et de le mettre au gnouf. Tout le gouvernement, à commencer par son chef, a donc été embobiné par Jean Tozé. Il n’est plus question que Yayi Boni promulgue une deuxième fois pour le même objet. C’est dans ce contexte, qu’étant déjà contrôleurs, Louis-Philippe Houndégnon et Nazaire Hounoukpè ont été promus Inspecteur général. Cela règle les problèmes de tutelle auxquels ils étaient confrontés.

 F.N.