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Yayi Boni a déjà donné ce qu’il peut aux Béninois

Le deuxième congrès ordinaire de l’Alliance des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) apparaît pour certains, comme un évènement de taille qui pourrait bouleverser les statistiques politiques du Bénin. Des gens, hostiles au régime actuel, interprètent naïvement cette apparition de l’ancien président Yayi Boni comme un élément modificateur pouvant influencer Talon et ses hommes.

Trois précisions importantes pourraient permettre à ces analystes politiques circonstanciels de retrouver leurs raisons. Il n’y a rien de nouveau. D’abord,Yayi Boni a épuisé tout ce qu’il a de bon à servir aux Béninois. Avant de quitter le pouvoir, il a pu le démontrer, d’abord lors des législatives de 2015 avec l’échec de Komi Koutché à l’élection du président de l’Assemblée nationale et ensuite à la présidentielle de 2016 au cours de laquelle son candidat a fait piètre figure malgré les gros moyens qui étaient à sa disposition. En matière de casting politique, Yayi est devenu nul. Ceux qui le suivent devraient le savoir. Sur le plan de la gouvernance aussi, le vieux a perdu toutes les notions. Son régime a été accablé par des scandales dont les concours à polémique organisés avant son départ, les nominations fantaisistes et les avantages injustifiés accordés à ses proches et collaborateurs. C’est lui qui a été le premier à redéfinir les salaires et autres avantages des Directeurs de cabinet ; Secrétaires généraux des ministères et autres. Et aussitôt parti du pouvoir, les 90% de ses anciens alliés l’ont lâché. Gaston Zossou n’a pu s’empêcher de réagir, dimanche dernier en ces termes : « Vous n’avez rien pu faire étant debout, et c’est maintenant que le sort vous a jetés à terre que vous rêvez de triompher. Ne voyez-vous pas que votre rêve est assaisonné d’un peu d’insanité ? ».

Ensuite, il y a la période et le contexte : 2018, environ deux ans après l’accession au pouvoir de Patrice Talon. Les évènements et réactions que nous vivons en ce moment sont exactement les mêmes qu’en 2008, deux ans après l’arrivée au pouvoir de Yayi Boni. Non seulement, ce sont les mêmes personnes, mais c’est aussi les mêmes comportements. Et cette situation est inhérente à tout régime soucieux du développement de son pays et qui tente d’opérer des réformes. La suite pourrait être déterminée par sa résistance ou son affaiblissement. En son temps, Yayi Boni avait reculé. Point n’est besoin de rappeler ce que les coalitions G13 et G4 lui avaient fait voir à l’époque. A titre d’exemple, en mars 2008, Yayi Boni, alors chef d’Etat, avait été traité de tous les noms par Nicéphore Soglo. «  Je crois que, depuis quelques temps, dans notre pays, à notre grande surprise, l’homme que nous avons aidé vraiment à succéder à Mathieu Kérékou ne croit absolument pas à la démocratie. Il pense fondamentalement que les peuples noirs ne sont pas mûrs pour la démocratie. », Avait-il confié à Rfi dans le cadre d’une interview le 20 mars 2008. L’ancien président Soglo avait poursuivi avec le même ton, ses critiques : « Je vais vous dire ceci sur Yayi Boni. C’est un membre de notre parti que j’ai envoyé précisément à la Boad. Eh bien, il a un peu le complexe d’Œdipe : tuer le Père pour exister. Je suis un peu surpris mais je me dis que ce qui nous paraît fondamental, c’est de sauver la démocratie. Sans démocratie, il n’y a pas développement ». Ce n’était pas fini. Dans la même année, Léon Ahossi, alors député, membre du G13, nommé Ministre, avait refusé l’offre. André Dassoundo, alors premier vice-président de l’Assemblée nationale a commencé par murmurer une colère qui s’est soldée plus tard, par sa séparation d’avec Yayi.

 Troisième et dernière précision

 Enfin, tout le monde devrait se rappeler de ce que le personnage adore le populisme. Yayi aime là où il y a du monde. Tout le temps qu’il a passé au pouvoir, il ne se déplace pas sans qu’on ne lui mobilise des milliers de ‘’spectateurs’’. Peu importe leur qualité. Donc, la mobilisation du samedi 10 février 2018 à Parakou est à saluer. Mais il ne devait pas surprendre. Et d’ailleurs, Nicéphore Soglo en est conscient et l’avait déjà déploré en 2008 : «C’est un one-man-show permanent sur les quatre chaînes de télévision. On ne nous montre que des soutiens apportés au chef de l’Etat, meetings, marches, messes, création de groupuscules. .. Il y a des marches incessantes de soutien comme au bon vieux temps dans le pays voisin. Nous n’avons pas un guide, un timonier, mais nous avons un messie ». Déçu de sa gestion et après l’avoir côtoyé pendant quelques années, Issa Salifou Saley disait ceci en Janvier 2016 à la Céna, lors de sa déclaration après le dépôt de sa candidature : « Le Bénin a passé dix ans dans des difficultés et l’heure a sonné pour qu’il y ait un vrai changement. Les Béninois ont tout perdu et nous sommes là comme on a fait le 15 mai pour mettre fin au régime de Yayi Boni à l’Assemblée nationale, on fera tout pour que le candidat de Yayi Boni ne passe pas. Voilà pourquoi moi je suis candidat. Ceux qui pensent que Yayi n’est pas fini se trompent. Nous allons nous battre pour mettre fin à ce système ».  Et à Sacca Lafia de synthétiser : « Yayi Boni 10 ans ! Yayi Boni 10 ans ! Yayi Boni, c’est fini ».

 Félicien Fangnon

  Un congrès qui révèle le mal  

L’attraction du week-end était bien évidemment le congrès des Forces cauris pour un Bénin émergent, organisé à Parakou. Un rendez-vous qui a tôt fait de montrer  que l’alliance devenue un parti politique n’est plus une machine de guerre. On le savait, mais c’est un fait depuis samedi dernier. Les troupes de Yayi Boni ont en effet bien accueilli leur leader, comme il est de tradition dans la cité des Koburu. L’ancien chef de l’Etat est certes le bienvenu dans cette ville et la veille du congrès il a pris la météo au niveau des marchés où il s’est rendu, comme pour dire « Gnindié ». Cette stratégie lui a permis de savoir qu’il a encore une frange de la population qui lui reste fidèle. Il a fait son show dans son ancien fief. Mais on ne peut pas dire que cette fidélité à Yayi était dans tous les cœurs  lors de ce congrès.  Donc,   on ne peut pas dire   qu’il s’agissait d’une fidélité pour tout le monde.  A partir de ce moment, la mobilisation observée ne peut être considérée comme un critère pour attester  de la fidélité des uns et des autres à Yayi Boni. Les gens qui ont pris part au congrès étaient dans leur grande majorité curieux. Curieux  de savoir ceux qui seront de la partie et quels genres de discours seront lus à la tribune. Il n’y avait pas de vrais militants, mais des hommes et des femmes qui non seulement étaient curieux, mais aussi espéraient que Yayi Boni allait leur lancer des billets de banque, comme il savait le faire quand il était aux affaires. Mais les temps ont changé, et ils l’ont  compris samedi dernier. Le «Gninwé » qui avait habitué ses populations à l’argent facile leur a donné espoir la veille du rendez-vous qu’ils le verront mettre la main à la poche. Et, ils étaient au rendez-vous.  En fin de compte, ils n’ont pas eu ce qu’ils comptaient avoir. Il y avait des militants convaincus, mais ils n’étaient pas nombreux.   On  les voyait encore plus nombreuses au temps fort  de leur leader. Ce congrès a donc révélé que  Yayi Boni n’a plus de soldats et de chefs de guerre et que ceux-ci, pour la plupart se sont déjà ralliés à la cause du Chantre du Nouveau départ, Patrice Talon. Avant ce congrès, les militants Fcbe étaient déjà  désunis et surtout terriblement  coupés de tout contact avec les racines et les ténors de l’alliance. Au sortir du rendez-vous de Parakou les nouveaux responsables de l’ancienne alliance  au pouvoir  ont promis plus d’effort et d’engagement pour redonner du souffle à la famille, mais on se demande avec quels arguments après avoir déjà joué tous les morceaux pour peindre en noir l’actuel régime, sans réussir le coup.

 FN