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TALON-BOCCO
Patrice Talon (à gauche) et Olivier Bocco font peur à Yayi

Sur instructions du chef de l’Etat, tout le dispositif sécuritaire de même que le personnel civil de l’aéroport Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou a été renouvelé. Raison officielle évoquée : tous les agents sont corrompus et se comportent mal envers les passagers. Le fait que ces manœuvres de Yayi Boni coïncident avec le retour des exilés politiques sous son régime, dont Patrice Talon, n’est pas le fruit du hasard et pousse à des interrogations.    

Ces derniers temps, la plateforme aéroportuaire a été particulièrement agitée. A quelques jours du retour au bercail des exilés politiques, le gouvernement de Yayi Boni a entrepris de vastes réformes à l’aéroport Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou. Ces réformes ont touché policiers, militaires, gendarmes, agents des services des renseignements et personnels civils. Tous ont été remplacés, jusqu’aux éléments de l’Armée qui gardent le salon d’honneur. Après avoir pris sa décision, le chef de l’Etat a sermonné, au Palais de la présidence, les responsables des différents corps concernés qui n’ont pas fait preuve de promptitude dans l’application de ses mesures. Le patron de la Police nationale, l’Inspecteur général Louis-Philippe Houndégnon, réputé pour sa servitude à Yayi Boni, était le principal accusé. Aussitôt sorti de cette séance le 04 août au Palais de la Marina, il a pris des actes pour retirer tout son personnel et procédé à son remplacement. Personne n’a vu ces changements arrivés. A la Police nationale par exemple, les fonctionnaires ont été redéployés sans les actes de mutations. On a vu à la Douane et dans l’Armée, que la décision de Yayi Boni a bouleversé l’agenda des responsables. Qu’est-ce qui pressait si tant ? Le 05 août, le président de la République fait un premier déplacement à l’aéroport. Accompagné par le Haut commandement militaire, il est allé s’entretenir avec les nouveaux agents. Il a fait passer ses consignes en utilisant la corruption comme le prétexte du renouvellement des agents à l’aéroport et en menaçant de radiation les nouveaux qui seront accusés des mêmes fautes que leurs prédécesseurs. Selon ses propres déclarations lors de sa deuxième visite à l’aéroport, des ressortissants brésiliens ont été maltraités par des agents exerçant sur la plateforme aéroportuaire. Les faits sont jugés suffisamment graves au point où l’ambassadeur du Bénin au Brésil a été convoqué par les autorités brésiliennes. Pour moins que cela, le président de la République a sanctionné. Mieux, c’est l’une des rares fois que Yayi Boni soupçonne des faits de corruption, mais n’évoque pas la possibilité de mettre en place une commission d’enquête pour déterminer les niveaux de responsabilité dans les infractions qu’auraient commises les agents.

 Des exilés visés

 L’aéroport Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou qui vient d’être rénové à coup de milliards de Fcfa, selon l’offensive communicationnelle du gouvernement, est donc agaçant pour les étrangers, pourri et corrompu à tous les niveaux. Etonnant que Yayi Boni ne cherche pas à identifier les implications. La façon dont il a précipité les choses donne des arguments supplémentaires à ceux qui pensent que ses mesures sont dirigées contre les exilés qui commencent par rentrer au bercail. Depuis le lundi dernier, beaucoup en étaient convaincus. Car, curieuse coïncidence, sa deuxième visite à l’aéroport dans cette même affaire, tombait sur le 10 août 2015, le même jour où le compagnon de son ennemi Patrice Talon, Olivier Bocco est attendu au pays. Plus flagrant, c’est qu’après sa descente du vol Air France en provenance de Paris, le compagnon de Patrice Talon a été aussitôt pris en compte et soumis à un interrogatoire qui ne tient pas devant le bon sens. Il a fait l’objet de tracasseries policières avant d’être relâché. Le commissaire des lieux a usé de toutes les manœuvres pour coller une infraction à Olivier Bocco, mais sans y parvenir. Le problème de carte d’identité soulevé pour justifier son interpellation, avant de l’écouter sur Pv, en présence de ses avocats Me Joseph Djogbénou et son confrère Quenum, relève du cynisme. Peu étonnant aux yeux de l’opinion publique. Sous ce régime où le cynisme est flagrant, les faits viennent seulement confirmer l’imposture et les dérives orchestrées. Le gouvernement a ainsi montré ce qui se cache derrière ses agitations observées ces derniers temps à l’aéroport Cardinal Bernardin Gantin de Cotonou. Sur la seule question, le président de la République a réuni les hauts gradés, il s’est rendu à deux reprises à l’aéroport. Il fait croire que tout le système est pourri et qu’il ne fait plus confiance à qui que ce soit. Mais, ce qu’il n’a pas eu le courage de dire, c’est que Patrice Talon peut les avoir facilement dans sa poche. Yayi Boni craint la complicité entre les agents de l’aéroport et son ennemi n°1. Et pourquoi ? Le président de la République se dit convaincu que Olivier Bocco et Patrice Talon ne peuvent rentrer au pays après qu’il leur ait refusé le renouvellement de leur passeport. Dans un tel contexte, s’ils parviennent à traverser l’aéroport, cela voudrait dire qu’ils ont bénéficié de la complicité des agents. C’est de cette manière que Yayi Boni voyait les choses en procédant illico presto aux mutations à l’aéroport. En attendant Patrice Talon, voilà Olivier Bocco à Cotonou face au nouveau dispositif. N’ayant pas présenté autre pièce que sa carte d’identité, le commissaire de Police qui vient de prendre service lui a demandé comment il a embarqué depuis Paris. Il lui a répondu qu’il n’a pas à s’expliquer sur la question, d’autant plus qu’il est rentré dans son pays par un vol régulier. Après plus de 02H30 de blocage, Olivier Bocco a été relâché. Le Pouvoir a été pris à son propre piège. Et cela lui vaut un avertissement en attendant l’arrivée de Patrice Talon dans peu de jours.

 F.N.