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 zinsou lionelAprès sa nomination en tant que premier ministre par le chef de l’Etat, Yayi Boni, Lionel Zinsou est rentré à Cotonou vendredi nuit en provenance de Paris (France). Dans ses premières déclarations, il a lui-même avoué ne pas connaître le Bénin. De quoi faire frémir les Béninois…

Lionel Zinsou est un économiste chevronné. Il dirige même le plus important fonds d’investissement français. Il est un citoyen béninois. A ce titre, il peut logiquement prétendre occuper des fonctions politiques au Bénin. Mais le hic, c’est que le nouveau premier ministre est plus un citoyen français qu’un citoyen béninois. Né en France d’un père originaire du Bénin et d’une mère française, il a passé tout le temps dans l’Hexagone. Il est donc imprégné dans la culture française. Il ne connaît pas le Bénin ! Même si sa fille, Marie-Cécile Zinsou, est installée au Bénin à travers la Fondation Zinsou, le premier ministre reste un personnage méconnu des Béninois. D’ailleurs, il a confié lui-même que le Bénin lui est étranger. En effet, dans une déclaration sur une chaîne de télévision de la place, il ne s’est pas embarrassé pour proclamer sa méconnaissance de la terre de ses aïeux. « … Je ne connais pas tout le Bénin. Qui suis-je pour dire que j’arrive pour être le dauphin. J’arrive plutôt pour écouter. J’ai beaucoup à apprendre, à écouter (…). La première chose que j’ai à faire, c’est apprendre à être utile… », a-t-il déclaré. Des propos empreints d’une humilité remarquable et venant d’un personnage qui veut bien se laisser guider. Mais Lionel Zinsou peut-il connaître le Bénin et son peuple en dix mois ? Il lui sera difficile d’imprimer une marque à son département chargé du développement économique, de l’évaluation des politiques publiques et de la promotion de la bonne gouvernance avant que le deuxième et dernier mandat constitutionnel de Yayi Boni ne vienne à son terme au soir du 5 avril 2015. C’est donc un gâchis de la part du chef de l’Etat de ne nommer un homme de cette trempe dans son gouvernement qu’à quelques mois de son départ du Pouvoir.

Dans son intervention, le premier ministre a aussi évoqué ses liens avec le Bénin. « Je suis un enfant du Bénin issu d’une longue lignée avec mes enfants qui vivent la vie des Béninois, ce qui est connu de beaucoup de Béninois. Je reste sur tous les sujets, les intérêts des Béninois, à l’esprit comme tout mon lignage (…) », a-t-il laissé entendre. A ce niveau, on est en droit de se demander si Lionel Zinsou est conséquent envers lui-même. Qu’a-t-il fait quand le chef de l’Etat qu’il sert aujourd’hui a refusé d’organiser les élections ? Qu’a-t-il fait pour son pays frappé de plein fouet par des scandales financiers ? A-t-il réagi pour porter assistance aux pauvres populations dépouillées dans l’affaire Icc-Services ? Il est très facile de jouer au plus préoccupé après être resté passif sur toute la ligne. Le fait de vivre à l’étranger ne pouvant empêcher un citoyen de se préoccuper de la bonne gestion de son pays.

 Méconnaissance totale…

 Sur le plan du fonctionnement des institutions de la République, le premier ministre a évoqué un pays dont la démocratie est vendable. « On est dans un état de droit, la parole est libre, la presse est libre, elle use de cette liberté, c’est bien. Les institutions sont démocratiques et on fait partie des dix pays en Afrique qui ont cette chance. Il faut qu’on construise avec ça le plus de développement social possible. Et si la diaspora peut être impliquée, c’est une ressource supplémentaire pour le pays (…) », a-t-il confié. Donc, selon Lionel Zinsou, le Bénin reste un Etat démocratique ! A-t-il oublié que sous son chef, la Constitution du 11 décembre 1990 est allègrement violée ? Ne sait-il pas que les libertés fondamentales sont remises en cause de façon perpétuelle par le régime ? S’il ne se rend pas compte de la déchéance du pays sur le plan démocratique, il faudra craindre le pire… Sachant que ceux qui nous dirigent ne savent pas les maux dont souffre le Bénin.

 Epiphane Axel Bognanho