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La dévastation des champs de maïs et de manioc créent la misère aux agriculteurs de Ouèssè

Dans une opinion intitulée « La misère du monde paysan dans la Commune de Ouessè », le citoyen béninois, Olouyabi Omoshola évoque les menaces qui pèsent sur l’agriculture notamment les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Prenant appui sur la sous-région ouest-africaine en général et la Commune de Ouessè au Bénin, en particulier, il invite les autorités béninoises « à tirer leçon de ce qui se passe dans les pays limitrophes. L’opinion…  

Depuis les temps immémoriaux l’agriculture a toujours été l’activité principale de nos communautés rurales. Si elle ne les a pas enrichies, elle leur a permis de subsister, et de survire.
L’agriculture malgré les moyens rudimentaires dont disposent les cultivateurs, joue encore le même rôle et plus. Au-delà de la subsistance l’essentiel des revenus d’exportation provient des produits agricoles. Nos industries de transformation en tirent leurs matières premières.
Au niveau national notre agriculture n’échappe pas aux menaces qui pèsent sur elle dans la sous-région ouest-africaine que sont:
a) Les aléas climatiques (manque ou excès de pluie); la non maîtrise de l’eau, les cours erratiques des produits agricoles sur le marché international. Ces obstacles ont pour conséquences: la désaffection des travaux champêtres, le faible revenu qui ne permet pas au paysan d’améliorer sa technique de production, celui-ci est alors réduit à l’usage de la houe et de la machette.
b) Outre ces menaces qu’on peut assimiler aux cas de force majeure contre laquelle nous demeurons encore impuissants, il faut noter les conséquences de la mauvaise gouvernance de nos Etats.
Par exemple, nos dirigeants sont pleinement conscients des conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs dans les pays de la Cedeao. Quelles solutions adéquates ont-ils trouvé? La situation conflictuelle dégénère de jour en jour. Au centre du Nigéria ce phénomène s’aggrave, le conflit entre les deux groupes ne se limite plus à un village mais s’étend sur toute une région, il n’est plus latent mais ouvert et violent avec des pertes matérielles et en vies humaines qui menacent la paix et l’unité de ce pays.
Si dès maintenant le Bénin ne tire pas leçon de ce qui se passe à côté de lui afin de trouver une solution satisfaisante pour les deux parties, les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui s’observe au centre du Nigeria pourra arriver au centre du Bénin.
 Ou bien qu’en pensez-vous?
Voici ce qui se passe en réalité dans la Commune de Ouèssè :
Un paysan souvent âgé embauche des ouvriers pour les travaux champêtres à l’aide d’un emprunt obtenu de haute lutte auprès d’une
institution de microfinance (Clcam par exemple). Il doit rembourser cet emprunt périodiquement avec intérêt, le tout dans un délai donné.
Il laboure son champ attend avec anxiété la pluie qui peut ne pas tomber, il implore le ciel, les pluies arrivent mais pas au moment désiré, néanmoins il sème, la semence germe et l’espoir que la récolte lui donnera les moyens en vue du remboursement, renait.
Mais la misère du cultivateur commence pour les cas les plus déplorables au moment de la floraison, car c’est à ce moment qu’un bouvier ignorant toutes les peines du cultivateur introduit son troupeau dans le champ qu’il transforme en pâturage. Ses bêtes broutent les jeunes plants avec les fruits qui commencent par poindre. Le paysan qui après son dur labeur est déjà rentré (aux environs de 17h) vient le lendemain matin trouver son champ saccagé. Cela équivaut à un deuil dans le foyer; car ce sont ses moyens de subsistance qui sont hypothéqués, ainsi que la possibilité de rembourser ses dettes. Les cultures qui sont souvent concernées sont le manioc et le maïs.
Les bouviers (souvent les peuls) qui commettent ces genres de dommages sont essentiellement des sédentaires qui ont l’habitude de fréquenter depuis des années les mêmes pâturages, ils savent bien où se trouvent les champs et même leurs propriétaires. Ils connaissent tout de même les jours où les cultivateurs sont souvent absents (régulièrement les dimanches et des fois les Samedis). Certains bouviers si non eux tous possèdent des champs (comme ils sont sédentaires), mais n’y conduisent jamais leurs bêtes. C’est par sadisme, par pure méchanceté qu’ils agissent; puis qu’il leur arrive parfois d’éventrer les greniers pour déverser les épis de maïs, les cossettes de manioc etc. à leurs bêtes. Parfois ils déterrent le manioc pour nourrir le troupeau. Cette année les pluies ont été régulières il y a de pâturage un peu partout cependant les cas de champs saccagés sont légion dans la région. Certains bouviers vont même jusqu’à faire de récolte frauduleusement dans les champs. Sabre à la main, ils sont prêts à affronter ceux qui oseraient les menacer. Ainsi beaucoup de nos parents vont au champ et ne reviennent plus à leur domicile.
La misère des paysans ne se limite pas là, si un bouvier est pris en flagrant délit, les paysans les conduisent soit à la brigade soit au commissariat, le bouvier est alors amendé, il dédommage avec une modique somme le cultivateur qui expose sa vie, car l’amende payée par le bouvier constitue un « casus belli» ; le bouvier vindicatif par nature va se venger, le cultivateur va subir des représailles, il peut être assassiné ce qui arrive sporadiquement, ou envouté par les méthodes occultes, cette forme de vengeance est monnaie courante, nous avons perdu beaucoup de nos parents, et certains sont rendus invalides jusqu’à présent par la sorcellerie. On pourra arguer que nous n’avons pas de preuve. Une commission d’enquête sera nécessaire pour connaitre de façon exhaustive les dommages que causent ces bouviers à nos braves cultivateurs dans la Commune.
Au cas où le bouvier ou le propriétaire des bêtes est amendé, la justice est faite. Mais ce qui arrive aussi souvent est que le cultivateur qui n’arrive pas à prendre le bouvier dans son champ, mais à côté, se voit débouter. Il compte sur les forces de sécurité pour lui faire justice. Celles-ci lui posent un problème difficile à résoudre, elles demandent aux paysans d’amener le bœuf qui lui a causé les dégâts, il lui faudra attraper l’animal qu’il n’a pas élevé en présence d’un bouvier armé de sabre ou même de fusil. Il suffit que l’éleveur nie et dise que ce ne sont pas ses bêtes qui ont brouté dans le champ pour que le plaignant perde la partie. On insiste ici sur l’élément de preuve le bœuf (au moins un) que le paysan doit conduire au commissariat ou à la brigade.
Si par malheur le cultivateur abat l’animal dans son champ, alors il est fortement amendé sous prétexte que «nul n’a le droit de se faire justice », Ainsi souvent ce sont les bouviers qui s’en sortent victorieux puis que les bêtes appartiennent à des nantis de la localité (ministres, députés et même les juges) qui interviennent en cas de litige empêchant les forces de sécurité de bien faire leur travail; soit c’est le bouvier surtout transhumant qui fait ce qu’il faut faire pour avoir raison! On pourra alors reformuler la sentence « nul n’est au-dessus de la loi» comme suit: « Nul n’est au-dessus de la loi sauf s’il a l’argent, des bœufs, ou le pouvoir ».
L’impunité, l’ignorance des droits et devoirs par les parties (agriculteurs et éleveurs) renforcent les bouviers sadiques dans leur comportement, car ils récidivent sans être inquiétés.
 Les conséquences de cet état de choses sont entre autres:
1) Que les paysans restent souvent endettés, des fois, il leur manque de quoi se nourrir, ce qui accentue leur dépendance vis-à-vis des prêteurs. Au niveau des structures de microfinance ce sont des impayés qui s’accumulent.
2) Beaucoup de personnes ayant les moyens d’embrasser les activités agricoles se rétractent, puisqu’elles finiront par perdre les capitaux investis.
3) Certains jeunes découragés émigrent vers le Nigéria où ils sont employés comme ouvriers agricoles pendant toute l’année. La baisse constante de la production nationale et le renchérissement des denrées alimentaires peuvent alors s’expliquer aisément puisque le phénomène n’est pas spécifique à la commune de Ouèssè. Notons en passant que l’accroissement du coût de la vie, pousse le SMIG vers un niveau élevé, ce qui peut compromettre à terme l’obtention des profits industriel et commercial.
4) Les jeunes qui sont restés au pays émigrent vers les grandes villes à la recherche d’un emploi hypothétique; quand la recherche est infructueuse, ils vont grossir les rangs des délinquants. L’exode rural, la prolifération des « Taxi-moto» sont une conséquence palpable des risques que l’on court en s’engageant dans les activités agricoles.
5) Les dégâts causés à l’environnement sont les plus graves:
la faune a pratiquement disparu, tous les petits et grands ruminants et les rongeurs ne se rencontrent plus dans la forêt classée (zone Est de la commune) de même les arbustes qui devraient devenir de grands arbres sont systématiquement détruits par les Peuls Bouzou transhumants. Il en résulte une accentuation de la désertification, et la baisse de la pluviométrie.
 Suggestions
 Nous avons connu la période très longue où nos parents cultivateurs vivaient en symbiose avec nos peuls bouviers et/ou agriculteurs. L’intégration entre les deux groupes étaient si avancée qu’on note des cas de mariages entre les deux communautés.
Depuis que la désertification est devenue insupportable dans les zones sahariennes, les bouviers nomades descendent plus au sud à la recherche des pâturages. Ces peuls nomades appelés « Bouzou» sont très irascibles et sadiques, leur méchanceté est hors norme humaine, leurs bœufs de grand gabarit dévorent les champs en quelques minutes de même que la forêt classée en une semaine, très mobiles et rapides ces Bouzou désertent vite les zones où ils ont fait les dégâts. Les actes de vandalisme sont devenus récurrents depuis leur arrivée dans notre région.
Pour être clair dans nos propos, les paysans ne sont pas contre tous les éleveurs, ils ont besoin des bovins pour leur lait, leur viande, leur bouse, leur peau et même leur urine. Si les éleveurs permettaient aux agriculteurs de mener bien leurs activités les déchets des produits des champs pourraient nourrir leurs bêtes, (comme les épluchures de manioc et d’igname séchées, les feuilles d’arachide, d’haricot etc.). Ils serviront pendant la sécheresse. Les propriétaires des bêtes n’ont jamais dit aux bouviers d’aller dans les champs d’autrui, mais ils endossent la responsabilité civile. Les bouviers à qui nous avons à faire, sont récalcitrants incorrigibles aimant leurs bêtes plus que les hommes. Ils n’entendent qu’un seul son: celui de la violence. Vous avez beau négocier, vous pouvez les supplier, tout cela n’est que peine perdue. Les bouviers traversent la région par vagues successives, si ceux qui sont sédentaires sont maitrisables les nomades qui passent demeurent dans l’adversité. Ils n’entendent que le son de la violence à laquelle ils sont d’ailleurs préparés.
L’impunité, le trafic d’influence, népotisme, la corruption affaiblissent nos Etats qui se proclament démocratiques; la recherche du suffrage lors des échéances électorales empêche les politiciens (les gouvernants) d’appliquer la loi dans toute sa rigueur on ménage certains groupes, on trouve des clauses atténuantes pour d’autres. Nous nous faisons du mal, car sans discipline il n’y a pas d’armée forte, il n’y a non plus de peuple capable de se développer.
C’est pourquoi face à l’ignorance de la réglementation, des droits et devoirs des citoyens dans ce domaine nous proposons:
L’organisation à moyen terme d’un forum national auquel seront conviés éleveurs et agriculteurs choisis par arrondissement et les cadres des ministères concernés (agriculture, sécurité publique, défense, décentralisation etc.) pour traiter le problème à fond et proposer des solutions idoines afin d’alléger les peines des paysans dans tout le pays en général, et en particulier dans la commune de Ouessè.
2- Qu’à court terme, l’abattage des animaux dans le champ saccagé soit dépénalisé, ou réaffirmer avec force ce principe. C’est la seule manière d’assagir les bouviers; c’est la crainte de perdre leurs bêtes qui pourra les dissuader de confondre sciemment les champs aux pâturages, puisque le champ étant un bien immeuble ne peut fuir à l’arrivée des bêtes, par ailleurs la propriété privée est reconnue par notre constitution. Ces paysans, n’ont pas les moyens de clôturer les champs qui font en moyenne deux hectares
3- Quant aux bouviers transhumants qui viennent des pays limitrophes qu’on leur fasse l’obligation d’avoir une carte d’identité. S’ils n’en ont pas, qu’on leur délivre une carte de séjour dans la première circonscription administrative après avoir franchi la frontière. Nous devons connaitre leur pays d’origine, leur village dans leur pays, pendre leur vue sur place, le nombre de leurs bêtes, leurs destinations et le temps qu’ils espèrent passer sur le territoire national. Cette formalité est nécessaire car ces transhumants deviennent occasionnellement braqueurs ou coupeurs de route
4- Qu’après le forum que les décisions prises soient largement diffusées en langues nationales; travail à confier aux Ca, aux chefs traditionnels, aux chefs de village etc. Que les autorités administratives des pays d’origine des transhumants soient officiellement informées, pour que dorénavant chaque partie connaisse ses droits et devoirs.
 
Olouyabi Omoshola