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zinsou lionel
Lionel Zinsou n’aura pas la tâche facile

Yayi Boni veut assurément assurer ses arrières après dix années de règne confus, au terme duquel les souffrances des populations béninoises n’ont fait que s’empirer. Contrecarré par la classe politique dans ses velléités de révision de la Constitution, le chantre de l’ « Emergence » qui n’a pas eu lieu, devra se contenter de l’expertise d’une des intelligences béninoises les plus respectées sur le plan international pour colmater les brèches, et sortir le Bénin du pétrin.

Les supputations se multiplient à l’encontre du nouveau Premier ministre. La presse a fait du sujet son chou gras. Tant la surprise de sa nomination, malgré quelques fuites, était générale. La plupart des observateurs se demandent ce qu’il vient faire, à quelques mois du départ de Yayi Boni, dans ce qui s’apparente à une vraie « galère ». « Pourquoi veut-il assumer ce bilan plus que décevant ? s’interroge-t-on. Mis devant le fait accompli, Lionel Zinsou, lui-même, semble se débattre comme le diable dans un bénitier. Le nouveau premier ministre s’efforce à communiquer pour rassurer les plus sceptiques. Mais, au-delà de la question récurrente du dauphinat, c’est la capacité d’adaptation de cet économiste bon teint, mécène reconnu, qu’il faut interroger. Car, en acceptant d’épauler Yayi Boni dans sa sortie, le Premier ministre, en homme averti et habitué des arcanes du Pouvoir, ne devrait pas ignorer que le temps perdu n’est jamais rattrapé. Il atterrit en effet, osons le dire sans ambages, en terrain miné. Les relents et échecs de la politique mise en œuvre depuis bientôt dix ans, restent vivaces dans les esprits. Beaucoup de ses compatriotes se demandant toujours à quel Saint ils vont se vouer. Quelle greffe peut-elle prendre sur une plante totalement abîmée. Certes, à l’écouter et le voir, le nouveau Premier ministre dispose d’une palette assez large et fournie de recettes toutes faites. Loin d’avoir une baguette magique, il dispose de sérieux atouts et prédispositions psychiques et morales qui font sa renommée. C’est à faire pâlir plus d’un. Mais, son vis-à-vis direct, aux méthodes décriées et peu appréciées par les populations qui viennent de lui infliger un revers électoral des plus cuisants, lui laissera-t-il la main pour agir ? Les exemples de collaborations avortées, ou qui ont fait long feu, entre Yayi Boni et d’illustres personnalités sont légions. D’ailleurs, pour avoir été furtivement un de ses conseillers en 2006, Lionel Zinsou sait à quoi s’en tenir puisqu’il avait décliné l’offre d’être son ministre de l’Economie.

 La conscience de l’échec du « Yayisme »

 Dans une interview accordée à Rfi à sa descente d’avion le week-end dernier, il a reconnu l’immensité de la tâche et la lourde responsabilité qui en découle. Les priorités du pays, affirme-t-il, c’est de donner des emplois, et de s’occuper de la vie des gens ; c’est de rendre leurs conditions meilleures ; c’est aussi valoriser toute la créativité incroyable qui existe au Bénin, toute cette volonté qui a du mal à s’exprimer. Les politiques publiques ne vont certainement pas dans le sens de faciliter la vie. Les priorités, c’est évidemment autour de l’économie, mais pas pour l’économie ; c’est l’économie pour la société béninoise ». Lionel Zinsou reconnaît donc l’échec de Yayi Boni et des politiques mises en œuvre depuis, au moins, 2006. Il est, semble-t-il, conscient de la distance qui s’est installée entre gouvernants et gouvernés, et surtout des nombreux espoirs déçus. Il sait donc qu’il faut faire la politique autrement, plutôt que la satisfaction des intérêts individuels et personnels. A nos confrères qui sont allés le rencontrer, il y a quelques jours, il déclare sans ambages, enfonçant le clou sur le spectre qui mine le développement du Bénin : «Il y a un devoir absolu d’améliorer la gouvernance. Quand on dilapide les fonds publics, ceux qu’on pénalise, ce sont de simples citoyens. L’argent est gaspillé dans le jeu politique de façon inégale. L’argent sert à l’enrichissement personnel de gens qui ont réussi à garder des sources d’argent. Ce n’est pas de l’argent venu d’ailleurs. C’est pris à chaque citoyen », dénonce-t-il.

 La politique, un sol mouvant

 On pourrait rétorquer que la morale n’a pas sa place dans la politique et dire qu’en Afrique, la politique est un terrain glissant. La politique, sous nos cieux est un sol mouvant où règnent en maître des prédateurs aux crocs bien acérés et aux appétits des plus insatiables. « Je ne connais pas tout du Bénin. Donc, qui serais-je pour dire que j’arrive pour être dauphin ? J’arrive pour écouter. J’arrive pour essayer d’être utile », déclare modestement celui qui, par ailleurs, est suspecté être candidat à la prochaine présidentielle. Certes, son profil se prête au job. Il dispose incontestablement de l’entregent et de la logistique conséquents pour cette cause. Mais, le peu de connaissance des réalités béninoises et le manque de temps joueront contre une éventuelle candidature de Lionel Zinsou. « Les aspects déchirants, inhérents au continent africain demeurent. Mais, il y a une vitalité économique bien présente qui n’est pas à négliger », reconnaît-il dans l’une des nombreuses interviews. Il ne faut pas occulter, en tout cas, selon les indiscrétions, la candidature d’un certain Patrice Talon, devenu par la force des choses l’ « ennemi public » n° 1 de Yayi Boni. Il n’est pas rare d’entendre dans les conversations à Cotonou que le nouveau Premier ministre est une trouvaille du chef de l’Etat actuel pour barrer la route de la Marina au magnat du coton. Une question s’impose alors : allons-nous vers un duel Patrice Talon/ Lionel Zinsou?

 Wilfrid Noubadan

Lionel Zinsou : fruit de télécommandes !

Jamais la nomination d’un premier ministre au Bénin n’a suscité tant de remous et de commentaires. Et pourtant, il y en a eu par le passé. Seulement, à la différence de Me Adrien Houngbédji et de Pascal Irénée Koupaki, Lionel Zinsou, le nouveau promu à ce poste, ne réside pas au pays. En tenant compte des contingences du moment, on peut se demander si la nomination de Lionel Zinsou n’est pas le résultat d’un accord secret entre Patrice Talon et Yayi Boni.

L’allégorie de deux télécommandes au Bénin renvoie aux personnalités que sont Yayi Boni à Cotonou et Patrice Talon à Paris. Récemment dans un débat télévisé, les confrères Malik Gomina de Canal 3-Bénin et Michel Tchanou (free-lance) ont évoqué « la paix des braves » entre Patrice Talon qui aurait soutenu et financé les listes de l’opposition aux dernières législatives. Dans leur développement, ils ont fait savoir que Patrice Talon a été au cœur de toute la stratégie de réussite de l’opposition jusqu’à la conquête du perchoir par Me Adrien Houngbédji. Les deux confrères ont conclu qu’il n’est pas exclu que Patrice Talon soit candidat à la présidentielle béninoise de 2016. C’est cette force redoutable que le président Yayi Boni surnommera télécommande de Paris. Mais, puisque lui-même est en amont et en aval de toute la stratégie au niveau des Forces cauris pour un Bénin émergent, l’ironie citationnelle le désigne par télécommande de Cadjèhoun à Cotonou où il vit. Alors, les deux forces (Patrice Talon et Yayi Boni), étant appelées à collaborer au Parlement, il s’impose pour l’intérêt supérieur de la Nation ce que Malik Gomina appelle « la paix des braves ». Dès lors, tous les compromis sont possibles. Et la nomination de Lionel Zinsou au poste de Premier ministre peut être interprétée comme l’acte premier de ce compromis. A défaut d’être candidat en 2016, Patrice Talon qui partage les mêmes patries que Lionel Zinsou, au Bénin comme en France, peut vouloir d’un franco-béninois. L’accord du locataire de la Marina semble être partiel dans ce projet. Et la crainte de Yayi Boni le conduit à faire seconder le premier ministre d’un fidèle, homme de confiance, François Adébayo Abiola. La France est un pays de droit. Elle a accordé l’asile à Patrice Talon. Sa justice a rendu des décisions favorables à Patrice Talon dans le cadre des dossiers d’assassinat et de tentative d’empoisonnement du président Yayi Boni. Lionel Zinsou paraît comme le larron en mesure d’assurer les intérêts de la France et de Patrice Talon. En conséquence, il pourrait être le candidat de France. Les échanges du président Yayi Boni avec l’Elysée, récemment à Paris, peuvent s’inscrire dans ces accords d’Etat. En définitive, Lionel Zinsou serait le fruit des télécommandes. La prudence requiert que Yayi Boni passe une croix sur tous les dossiers qui accablent sa gouvernance. La dissolution de l’inspection générale d’Etat est un acte pour enfouir ses rapports afin d’assurer à Yayi Boni une quiétude au lendemain du 06 avril 2016.

Jean-Claude Kouagou