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Pour Talon (à droite) on s’est trompé sur Yayi

Frais, posé et regard empreint d’une nervosité qui s’explique peut-être par la gravité de la situation, Patrice Talon, est, enfin apparu à ses compatriotes dans la soirée de ce lundi 17 août 2015. Pendant 30 minutes, il a répondu aux préoccupations des journalistes, principalement sur les suites de ses démêlés et différends avec Yayi Boni, sans manquer de poser un sérieux diagnostic de la crise qui secoue son pays depuis 2006.

Patrice Talon est sans conteste un homme courageux, épris de paix et de justice sociale ! Même éloigné de ses compatriotes depuis trois ans, il ne semble pas moins préoccupé par les souffrances, et des vicissitudes d’un pays dont, malgré tout, il reste « fier ». Lundi soir, sur les plateaux de télévision, l’homme d’affaires n’a pas semblé être troublé ou marqué par ses trois années d’exil politique forcé. Après s’être appesanti sur les conditions de son départ, il a surtout dénoncé l’incurie d’un régime, dont l’un des nombreux fait d’armes reste la détention de son passeport, détenu par, on ne sait qui. Loin des polémiques inutiles, l’opérateur économique, premier investisseur économique privé, et premier pourvoyeur d’emplois, se sait attendu. C’est pourquoi, tout au long de son entretien, il s’est voulu rassurant. Fin connaisseur des dures réalités auxquelles ses compatriotes sont confrontés tous les jours, il admet que la misère y est toujours galopante et le chômage à un niveau critique. Cependant, Patrice Talon, fort de son expérience et trempé d’une détermination sans faille, affirme que « l’espoir est encore permis ». En homme politique avisé, il assume sa part de responsabilité. Interrogé, il reconnaît d’ailleurs, sans autre forme de procès, que le choix porté sur Yayi Boni en 2006, était un « mauvais casting ». Aujourd’hui renforcé dans ses convictions par la réalité et les épreuves, il ne demeure pas moins démocrate bon teint. « Nous avions un rêve en 2006. Je suis resté sur ma fin », reconnaît celui qui ne dément pas avoir mis ses ressources financières et son agenda à la disposition du candidat en 2006. Mais, déjà en 2011, au vu du clientélisme, et de la gestion peu rigoureuse des affaires publiques mise en œuvre, l’opérateur économique a tôt fait de prendre ses distances vis-à-vis d’un régime préoccupé par la réélection de son chef.

 Le deuxième mandat de Yayi est de trop

 « Je n’ai pas mis pied au siège de campagne du candidat Yayi Boni », a-t-il laissé entendre. Vraisemblablement donc, Patrice Talon, connu pour son intelligence et la rigueur de la réflexion, s’était déjà fait une raison en 2011, et savait à quoi s’en tenir. C’est sans ambages qu’il asséna alors une vérité toute simple, qui restera, par ailleurs, le mot d’anthologie de l’entretien : « Le second mandat de Yayi, est de trop ». Les fruits, comme il va le glisser malicieusement, n’ont donc pas tenu la promesse des fleurs. Malgré son amertume et sa déception, Patrice Talon est décidé à aller de l’avant. « Je ne veux pas remuer le couteau dans la plaie. L’histoire va s’écrire. J’ai beaucoup souffert de cette situation. Je suis désormais un homme heureux, prêt à la réconciliation et à la concorde », a-t-il confié. Ce qui témoigne de la hauteur prise dans l’adversité. Pour lui, l’économie et le politique se tiennent. « La liberté permet l’éclosion et l’épanouissement. L’éclosion permet la démocratie. La démocratie, la compétition économique ». Ce triptyque est au cœur de l’action de l’opérateur, qui appelle tous ses compatriotes à travailler pour corriger le tir. Il reconnait que la politique régit la vie de tous, c’est ce qui explique son attachement à la démocratie. « Je suis un compétiteur né. La fortune n’est pas mon leitmotiv, mais plutôt la quête du succès », a ajouté le magnat du coton.

 Wilfrid Noubadan