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talon-pLe président de la République a rencontré le mercredi 6 mars 2019 la classe politique pour éviter l’impasse politique qui se profile à l’horizon. Soucieux d’élections libres, transparentes et consensuelles, Patrice Talon a mandaté le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji, aux fins de prendre langue avec l’ensemble des acteurs politiques pour aplanir les divergences conformément aux lois de la République. Lire l’intégralité de la rencontre.

Patrice Talon : Monsieur le président de l’Assemblée nationale ! J’ai souhaité cette rencontre pour apprécier la situation dans laquelle nous sommes depuis hier à la suite de la proclamation par la Céna, de la liste des formations politiques retenue pour participer de manière effective aux élections législatives à venir. J’avais déjà, il y a quelques jours, rencontré quelques formations de l’opposition à la suite des diligences opérées au ministère de l’Intérieur pour la délivrance des certificats de conformité, des récépissés provisoires ou récépissés d’enregistrement des partis politiques nouvellement créés. A cette occasion, nous avons eu à constater et à déplorer le fait que beaucoup de partis politiques ne parvenaient à satisfaire les exigences de la charte des partis. Nous avons pu constater nous tous (citoyens béninois, institutions, formations politiques, …), qu’à la date de clôture du dépôt des candidatures à la Céna, sept formations politiques ont formellement fait acte de candidature. Et hier, il est apparu que seules deux formations politiques sont restées en lice pour participer effectivement aux élections du 28 avril 2019. Ce constat est malheureux et c’est de toute évidence que cela nous interpelle. Je voudrais vous dire sans détour que c’est un constat malheureux. Et nul ne peut rester indifférent à cette situation. En tout cas, je ne peux rester indifférent à cette situation. Et j’ai estimé qu’il convient d’inviter les responsables politiques à divers niveaux, notamment les responsables politiques des formations politiques qui ont depuis le début du processus, ont exprimé leur volonté de participer aux élections dans le cadre des nouvelles dispositions qui régissent les partis politiques et l’organisation des élections notamment les législatives. Il en est de même du bureau du Parlement qui est notre espace d’expression, d’échanges politiques pour la prise des lois, les dispositions qui régissent notre vie, de la cité et notamment des élections. C’est à ce titre que monsieur le président de l’Assemblée nationale, j’ai invité les membres du bureau du Parlement. C’est le seul espace dont nous disposons pour statuer sur les questions d’intérêt national. Mon souhait est qu’à partir d’aujourd’hui, nous puissions examiner et apprécier ce qui s’est passé. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Une chose est de faire le constat, mais une autre est de comprendre ce qui s’est passé. Relever ce qui n’a pas fonctionné. Je veux bien croire qu’aller aux législatives avec deux partis politiques ne peut pas être de la volonté ordinaire, normale de tout le monde. Peut-être que nous arriverons là un jour. Ainsi, dans le pays, il y aura deux ou trois grands partis qui vont animer la vie politique. Mais, ce qu’on peut constater aujourd’hui ne peut pas être considéré comme l’aboutissement d’un état d’esprit général. Il faut oser le dire… Il faut être franc. Ce que nous observons, et qui me conforte dans ma désolation est que ces deux partis aujourd’hui en lice se réclament des soutiens de l’action gouvernementale. L’impression que la situation donne est que les partis qui affichent formellement, qu’ils sont de l’opposition ne figurent pas sur la liste des deux formations retenues. Cela est naturellement déplorable. Cela n’est pas de nature à permettre le débat contradictoire au Parlement si les choses doivent rester ainsi. Ce n’est pas de nature à renforcer l’idée de la démocratie, des libertés, même si pour ma part, rien n’a été fait délibérément pour arriver à cette situation. Pour finir. Cela ne nous honore pas. Cela n’honore pas le pays, cela ne donne pas une bonne image de débat contradictoire nécessaire dans les communautés humaines. C’est cette analyse que je voudrais partager avec vous, échanger sur ce qui n’a pas fonctionné, et voir s’il y a moyen de corriger le tir. Trouver les voies et moyens éventuellement pour avoir une participation plus large des formations politiques, notamment celles qui, formellement ont manifesté leur intérêt. Même si pour diverses raisons, elles n’ont pas pu franchir toutes les étapes de la sélection. Que faut-il faire de manière à protéger l’Etat de droit, tout en permettant le débat contradictoire, tout en permettant une large participation. J’ai espéré que l’ensemble des partis politiques seraient représentés. Je suis triste de constater que certaines formations politiques, et pas des moindres, ont décliné l’offre. Ils ne sont pas présents afin que nous examinions ensemble, ce qu’il faut faire de manière globale, voire même de manière individuelle. Parce que les problèmes ne sont pas souvent les mêmes au niveau de toutes les formations politiques. Les partis politiques sont les biens de la Nation. Et à ce titre, j’ai l’obligation de veiller à leurs intérêts, à leur participation effective aux débats politiques. Après cette introduction, je voudrais échanger librement, en toute transparence, sans pudeur avec vous et qu’à la fin de nos échanges, nous puissions faire des propositions concrètes permettant une large participation des partis politiques aux législatives prochaines.

adrien gouv Adrien Houngbédji : Monsieur le Président de la République ! Je parle en tant que président de l’Assemblée nationale et donc en tant président du bureau de l’Assemblée nationale. L’exposé et l’analyse que vous avez faits de la situation est tellement lucide, honore notre pays, honore le Chef de l’Etat, honore l’ensemble de sa classe politique. Lorsque l’on est dans une situation comme celle-là, qui s’apparente à une impasse politique, c’est le devoir du Chef, effectivement, père de famille, de chercher les issues possibles pour régler le problème. Je vous remercie très sincèrement monsieur le Président de la République, d’avoir posé le problème et qu’on cherche les solutions, même si je ne sais pas si on y arrivera.

 Patrice Talon : Je voudrais relever si vous permettez, le fait qu’à l’issue de l’étape de mise en conformité, on a pu noter que 5 formations politiques étaient en règle par rapport aux lois de la République. Les cinq partis sont allés plus loin en déposant les dossiers de candidatures à la Céna. D’autres ont fait leur dépôt également. Ce que nous savons, 5 formations ont satisfait aux exigences de la charte des partis politiques. Il a été constaté que les partis qui n’ont pas pu faire. Ces formalités, conformément à la loi, ont estimé que l’exécutif et le ministère de l’Intérieur ne leur ont pas facilité la tâche. Et cela a fait l’objet de débat dans cette même salle. Il est de l’ordre humain de chercher un bouc émissaire à certaines de leurs insuffisances. A mon niveau, j’ai prié pour que les 5 partis, à la date de clôture, puissent franchir l’étape de la Céna. J’avais aussi espéré qu’après la rencontre que j’ai eue avec certains partis politiques, les 24 à 48 heures qui nous séparaient de la date de clôture, permettraient à certains d’entre eux de finaliser les formalités nécessaires à l’obtention de la personnalité juridique de leurs formations politiques. Malheureusement, jusqu’au 26 février, la situation n’a pas changé. Mais les 5 qui ont déposé leurs dossiers à la Céna, seulement deux ont été retenus par la Céna. Mesdames et messieurs ! Si ceux qui n’ont pas franchi l’étape des formalités prescrites par la loi peuvent s’en prendre au ministère de l’Intérieur, selon eux, pour ne les avoir pas accompagnés. Si on peut comprendre que ces formations ont eu ce genre de ressentiment parce qui faut toujours trouver un responsable à ses insuffisances. Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que parmi les 5, 3 soient recalés ? Est-ce toujours pour les mêmes raisons évoquées contre le ministère de l’Intérieur et l’exécutif qui n’ont pas fait leur travail vis-à-vis d’eux ? La Céna, nous connaissons le niveau de compétence et de crédibilité, de transparence de cette institution depuis des temps, autant je veux porter pour le ministère de l’Intérieur la responsabilité de l’exigence qui a été opposée aux partis politiques. Mais au-delà du ministère de l’Intérieur, ce qu’il s’est passé à la Céna, vous convenez avec moi qu’on ne peut pas me demander d’assumer la responsabilité. C’est pourquoi, je voudrais comprendre ce qui s’est passé. Je voudrais recueillir leurs doléances afin de pouvoir agir. Une chose est de vouloir une réforme, mais l’autre est de voir si la réforme est à la portée de nos capacités. Je suis disposé à examiner avec vous ce qui est insurmontable. Par exemple, parmi les partis recalés à la Céna, il y en a qui n’ont pas pu produire convenablement le quitus fiscal des candidats. J’ai noté qu’un des partis politiques avait une dizaine de quitus fiscaux qui ne sont pas en réalité les quitus des candidats présents sur la liste de leurs partis politiques. Le parti a présenté des candidats et a fourni des quitus qui ne sont pas des quitus de ceux-ci. Est-ce que le fait de demander à un parti politique que les quitus des candidats soient à jour est quelque chose d’insurmontable ? Si c’est le cas, alors, vous qui aviez voté la loi, je veux bien convenir avec vous de retirer cela des dispositions permettant d’aller aux élections. Je suis disponible à le faire et je suis capable de l’assumer devant l’opinion nationale. C’est vrai, nous exigeons le quitus fiscal pour tous les autres concitoyens. Mais s’il y a une catégorie de citoyens dont l’existence conditionne la vie dans le pays, parce que sans partis politiques, ils ne peuvent pas avoir les institutions du pays. Il faut en faire le constat et avoir le réalisme d’attendre les temps à venir avant de demander aux acteurs politiques de notre pays. Il y a d’autres situations qu’il convient de revoir dans la loi. Est-ce que toutes les pièces demandées relèvent du parcours du combattant ? Pour aider la réflexion, je donne un autre exemple. Il est interdit dans la charte des partis politiques, qu’une même personne soit membre de plusieurs partis à la fois. Il est aussi interdit que sur la liste des candidats aux législatives, une même personne soit à la fois candidat sur plusieurs listes de partis politiques. La loi en vigueur ne permet pas de changer les candidats sur la liste après le dépôt à la Céna. Est-ce que notre réalité au Bénin est compatible avec une telle exigence qui s’entend ailleurs ? Nous avons déploré tout le temps le fait que les partis politiques n’aient pas une représentation nationale, et que nous avons des partis de quartier, de commune ou de région et qu’il faut que la loi en la matière puisse nous contraindre à élargir la base des partis pour couvrir tout le territoire national. C’est pour cela que la loi que vous avez votée au Parlement a prescrit que chaque parti doit avoir au moins 15 membres par commune de sorte qu’il y ait une élection à caractère national, le parti puisse présenter des candidats provenant de partout. Il y a quelques semaines, les 5 partis qui ont franchi la barre des formalités du ministère de l’Intérieur ont justifié le fait d’avoir un minimum de 15 membres par commune. Quelques jours après à la Céna, on observe que le soir du jour du dépôt des candidatures, c’est l’intérieur de la Céna qui a servi de bureau de compilation des documents. Ce que nous avons déploré depuis des lustres s’est répété encore. Conséquence, des personnes qui distribuent les documents à divers partis politiques se sont retrouvés à la fois sur plusieurs listes. Ce qui a conduit la Céna, plus intransigeante que le ministère de l’Intérieur, à écarter trois formations politiques. Mais comme le résultat final n’est pas compatible avec nos aspirations d’un débat suffisamment contradictoire dans l’hémicycle, que faut-il faire ? J’estime qu’il ne serait pas responsable de notre part de laisser la situation ainsi. J’ai commencé pour ma part à analyser les raisons de cette situation. Je n’ai trouvé ni de faute au ministère de l’Intérieur, ni à l’Assemblée pour avoir voté la loi, ni à la Céna, mais j’estime que globalement, il me semble que nous ne sommes pas prêts. Reconnaissons-le. Tirons les conséquences. L’essentiel pour nous est de préserver la paix, avoir une présence de l’essentiel des forces politiques au Parlement. Voyons ensemble ce qu’il faut faire aujourd’hui pour corriger la chose si c’est possible. Je finis mes propos par la question suivante : Notre Constitution, telle qu’elle est aujourd’hui, les lois organisant la vie politique, si ces lois doivent rester en l’état, que pouvons-nous intelligemment proposer pour corriger cet état de chose ? En l’état, il nous sera très difficile de corriger la situation parce que notre ambition n’est pas de corriger quelque chose en violant les lois de la République. Nous ne pouvons pas mettre notre pays en mal à ce point en violant les lois juste parce que nous avons un problème à régler. Nous devons être capables de régler les problèmes en exploitant les possibilités que nous offrent les lois. Si en l’état, il nous serait très difficile de trouver les voies et moyens pour élargir la participation à un nombre plus représentatif du pays, qu’est-ce qu’il faut urgemment et tout de suite apporter comme amendement à notre arsenal juridique pour que les aménagements soient alors compatibles à nos lois réaménagées ? Je veux qu’on puisse nous permettre d’examiner toutes les solutions. J’aimerais interpeler le bureau du Parlement sur la question. Vous invitez à entreprendre cette réflexion dès cet instant. Cela est une exigence. Monsieur le président de l’Assemblée nationale ! Vous ne pouvez pas finir votre mandat sur cette note-là. Il faut mettre le génie des uns et des autres au service de l’Etat, au service de la paix. Ceux qui ne sont pas venus ne sont pas exclus du débat. Monsieur, le président ! Il faut les concerter, recueillir des suggestions concrètes, techniquement faisables, techniquement réalisables. Ne me demandez surtout pas de prendre sur moi la responsabilité de violer la Constitution ou les lois de la République pour imposer quelque chose qui serait du souhait même du grand nombre. Je veux bien donner satisfaction aux exigences de mes compatriotes. Il ne faut surtout pas me demander de violer la loi ni la Constitution. Mais je suis disposé à toutes les concessions, à toutes les exigences venant de vous compatibles à la Constitution et la à loi. Je mettrai les ministres à disposition 24/24h de sorte que lundi, mardi prochain nous aurons des solutions concrètes. Là où je serai sollicité pour un passage en force sans violer les textes, si possible forcer la main à mes partenaires politiques, je mettrai mes collaborateurs à votre disposition pour obtenir le consensus nécessaire. Je ne voudrais pas aller aux élections avec l’absence des forces de l’opposition. Mesdames et messieurs ! Je voudrais me remettre à votre sens de responsabilité pour nous proposer des voies de sortie. Je voudrais qu’on commence par évoquer les pistes de solutions.

Toléba Soumanou Toléba : Merci monsieur le président de la République. Je tiens sincèrement à vous remercier pour nous avoir invité juste après les résultats de la Céna. Je vois que ces résultats vous ont interpelés puisque sur le terrain, nous avons constaté qu’il y a des inquiétudes avec les nouveaux textes. Vous avez dit ce que pensent les Béninois. Comment faire pour aller aux législatives afin qu’au lendemain des élections le pays soit en paix. Ce qui est intéressant est que, vous avez touché du doigt notre niveau de compréhension. Mon parti supporte qu’on par exemple le quitus fiscal momentanément non pas pour encourager les gens à ne pas payer leurs impôts, mais pour permettre à ceux qui n’ont pas pu, faute de mauvaise manipulation, de se porter candidat pour une période transitoire de 1 à 2 ans par exemple. Les choses à améliorer est la paix. Le souhait est que beaucoup de personnes aillent aux élections y compris l’opposition dans le respect des textes comme vous l’avez bien dit.

 schanou_sofiatou_Sofiath Shanou : Merci monsieur le Président de la République. Je vous ai écouté très religieusement et à mon tour, j’apprécie votre comportement de père de famille. Mais demandons aux partis recalés présents dans cette salle de nous dire concrètement, ce que la Céna leur reproche. De là, nous pouvons ensemble décider de ce qu’on peut faire. Les réformes en cours montrent que nous sommes conscients que nous voulons changer nos mauvaises habitudes. S’il est exigé aux citoyens lambda d’être à jour vis-à-vis du fisc, ce n’est pas nous représentants qui n’allons pas le faire. Cette loi décriée est pourtant le fruit des mois de labeur de la majorité et de la minorité avec des concessions de part et d’autre. Alors, ne vous culpabilisez pas. Mais je voudrais savoir ce qui s’est réellement passé à la Céna pour qu’on rejette les autres.

 charlemagne honfoCharlemagne Honfo: Je voudrais, à l’entame, vous remercier et prier que Dieu nous donne des leaders comme vous. Vous êtes très soucieux de la cohésion et de la paix. J’ai dit de prier pour deux raisons. Premièrement, à vous suivre, on voit que vous êtes bien informé de tout ce qui se passe dans le pays et en tant  que bon père de famille, vous montré déjà les portes de sortie. Vu les dispositions légales et réglementaires, je me disais que la voie est tout trouvée. Par exemple, le cas de celui qui s’est retrouvé sur deux listes. Entre nous, de quel moyen dispose un chef de parti dispose pour déduire qu’un militant est déjà sur une autre liste ? La seconde chose que j’ai lue également en vous, c’est qu’ici, vous n’avez incriminé personne. Vous avez souhaité même une participation inclusive. Cette attitude que vous avez devrait faire large diffusion dans la masse pour corriger le sentiment général au sein de l’opposition qui pense que vous avez choisi de faire participer seuls vos partisans aux élections. Je proposerais qu’on désigne une personne par formation politique ayant fait la démarche du ministère de l’intérieur pour alléger la tâche afin de rester dans les délais constitutionnels du 13 mai pour l’installation du nouveau Parlement.

yèhouetome-boniface Boniface Yèhouétomè : Monsieur le Président de la République ! Je vous remercie pour cette initiative parce que c’est en tant que père de famille que vous cherchez les voies et moyens pour sortir de cette situation. Comme l’a dit Mme Shanou, il est important qu’on sache ce qu’on reproche à ceux recalés.  Etions-nous prêts à abandonner nos vieilles habitudes ? Etions-nous prêts à aller de l’avant ? Pour les appels d’offres, on nous exige les originaux des attestations des impôts. Pourquoi les acteurs politiques ne peuvent pas faire comme les entreprises ?  Moi, pour avoir mon quitus fiscal, j’ai été obligé de payer un impôt à une maison qui ne m’appartient pas, mais qui porte mon nom, en entendant de faire un recours à la direction des impôts. Je n’ai jamais acheté de parcelle dans cette zone, par exemple. Je demanderais que les motifs soient bien étudiés avant tout amendement. Sinon, je dirais que nous ne sommes pas encore prêts pour les réformes. Ce serait un recul de revoir les textes votés pour faire des réformes. Il faut rappeler que les différents textes sont votés en toute liberté.

JACQUES A Jacques Ayadji: Je voudrais à mon tour vous remercier pour l’initiative. Premièrement, nous sommes sereins à Moele-Bénin, car nous ne faisons pas de la participation aux élections de 2019, comme quelque chose que si cela ne se passe pas, le ciel va tomber sur la terre. Nous avons faire l’effort malgré notre jeune âge de nous conformer à la charte des partis politiques pour avoir le certificat de conformité et autres jusqu’à la Céna. Malheureusement, cette déclaration est rejetée. Et je pense que la Céna a bien raison, car il y a doublon dans la 4e circonscription électorale entre Moele et Prd. Fort de notre récépissé provisoire, nous battons en brèche le motif de manque de procuration évoqué par la Céna. Nous avons fait des recours. Mais si on n’a pas raison, on prendra sportivement le verdict, car il y aura des élections après 2019. Notre problème est l’incohérence du calendrier électoral avec les lois votées. Cette incohérence est même relevée par l’opposition. Ce qui a amené la Cour constitutionnelle à prendre une décision pour réguler les choses. Je proposerais de ne pas renoncer au quitus fiscal, mais de l’exiger avant de délivrer les récépissés définitifs. Il pourrait aussi donner un délai de 48 heures aux partis politiques pour se réajuster après le délai.

 Patrice Talon : Merci. Dans ma charge, je suis tenu de restaurer certaines vérités. L’Assemblée nationale a voté des lois sans veiller à l’harmonisation des délais d’exécution. Le fait que la Céna ait indiqué la date du 26 février comme délai de dépôt, n’est pas de sa volonté, mais plutôt celle de la loi. La loi prescrit qu’avant le 28 avril, il y a 15 jours obligatoires pour les campagnes. Avant le 1er jour de campagne, il y a 45 jours de délai de préparation des élections. Délai qui commence à la date de clôture de dépôt des candidatures. Donc, tous les candidats doivent être prêts 45 jours au minimum avant le 1er jour des campagnes. 45+15, ça fait 60 jours. Donc, il faut au minimum 60 jours avant la date des élections pour le dépôt des candidatures. S’il y a une incohérence entre la date d’échéance pour les formalités de mise à jour des partis politiques avec le calendrier électoral, sachant qu’il y aura des élections à venir en 2019, sachant que la date limite d’installation du nouveau parlement est le 15 mai, connaissant les contraintes d’organisation des élections, si le Parlement avait fait les décomptes, il n’aurait pas donné six mois de mise à jour à partir de la date probable de promulgation de la loi. Là, ce sont les parlementaires qui ont fauté. Je voudrais que les députés qui votent librement les lois assument leur responsabilité et nous proposent des choses qui sont à notre portée.

 Monsieur Akadiri: Merci monsieur le Président ! Votre initiative rejoint les préoccupations de nos compatriotes. Depuis hier, il y a comme un sentiment d’exclusion nationale. Mais ce que vous venez de dire va certainement commencer par rassurer. En laissant aller seuls les 2 blocs de la mouvance aux législatives de 2019, cela donne une autre connotation au niveau de l’opinion publique. Donc, c’est très juste de trouver une solution. Comme nous avons les membres de l’Assemblée nationale, seule institution chargée de légiférer, nous leur proposons de trouver une solution. N’oublions pas que nous allons aux premières élections après les réformes. Je suis sûr que tous les partis ont voulu se conformer aux lois. Malheureusement, il y a eu beaucoup de couacs administratifs et organisationnels.

Vous savez que le Prd est un parti de la mouvance. Ma tristesse n’est pas seulement due au Prd, je dois vous le dire. Même si le Prd était tombé et qu’il y a d’autres partis de l’opposition, ma tristesse ne serait pas aussi grande. Je dirais à mes partisans du Prd : « C’est pas grave, il y a au moins l’opposition ». Ce qui me fait souffrir, c’est l’absence de l’opposition.

 Adrien Houngbédji : Je voudrais faire une petite intervention complémentaire. Tout à l’heure, vous avez énuméré certains dysfonctionnements constatés au niveau des examens de dossiers par la Céna. Notre collègue Ayadji, dans son intervention, a expliqué le phénomène des doublons entre le Prd et Moele-Bénin. Lorsque des potentiels candidats vous apportent des pièces falsifiées ou fausses, la loi ne dit rien sur ces cas par exemple. Je pense qu’il faut absoudre ce parti qui n’a pas les moyens de vérifier les pièces qui lui sont parvenues. Dans ce cas, il faut poursuivre l’intéressé pour éviter que le parti soit à la merci de n’importe quel voyou.

 Patrice Talon : Monsieur le président, je ne voudrais pas vous couper mais je ne souhaiterais pas que vous alliez plus loin dans cette présentation des choses. Parce que les partis politiques ne peuvent pas aligner des voyous sur leurs listes. Je ne peux pas accepter que des partis politiques envoient au parlement des voyous. Vous avez l’obligation de veiller à cela. Sinon, vous porterez le chapeau des voyous que vous envoyez au Parlement.

 Adrien Houngbédji : On n’a pas les moyens de tout contrôler. On a des candidats de tous les 4 points cardinaux du pays.

 Patrice Talon : C’est pour cela que nous voudrions que les partis aient les membres fondateurs de leurs partis dans les communes.  Il faut poursuivre les responsables des partis au même titre que ces membres indélicats.

 Adrien Houngbédji : Si c’est le cas, monsieur le Président de la république, vous allez me poursuivre bientôt pour faux et usage de faux.

 Patrice Talon : Mais est-ce normal, qu’il ait dans le dossier du Prd des documents falsifiés ?

 Adrien Houngbédji : L’administration du Prd n’est pas encore organisée ni numérisée à ce niveau de sécurisation.

 Patrice Talon : Je préfère ne pas entendre cela. Que le Prd ait des documents falsifiés. J’espère n’avoir pas entendu cela.

 Bruno Amoussou: Nous voudrions, au nom de l’Union progressiste, vous remercier à notre tour pour cette séance. Vos propos ont mis à l’aise tous ceux qui sont dans cette salle. C’est pour cela que je regrette que nous ne soyons pas au complet pour les entendre et discuter dans cet esprit, parce que la question posée est une question nationale, une question d’organisation de notre pays, une question de progrès de notre pays. Lorsqu’il y a des difficultés à l’intérieur de ce que nous avons rêvé, il est utile que nous nous retrouvions pour en parler. Vous avez bien fait de nous inviter à cette réflexion. Je partage les avis de ceux qui ont proposé qu’on parte des faiblesses constatées. C’est pour cette raison que je suis intervenu après avoir écouté les partis politiques recalés par la Céna. Cela nous permettra ce qu’il faut faire exactement. La piste du dialogue inclusif  au parlement et tenant aussi compte des forces non représentées à l’Assemblée nationale est féconde. Nous participerons avec beaucoup d’intérêts à ces discussions. Quelques balises ont été posées : « Respectez toujours les textes, restez conformes aux dispositions légales ». 

 Gildas Aïzannon de l’Udbn : Merci monsieur le Président. Je m’en voudrais de ne pas réagir dans un débat de sincérité à travers vos propos ce matin. Depuis hier, j’ai dit que le Président de la République a une responsabilité historique par son intervention qui devrait venir à temps pour que les choses ne basculent pas. C’est dans les moments difficiles que se révèlent les grands hommes. J’ai compris, à travers vos propos, qu’aucun sacrifice ne sera trop grand pour préserver la paix. Et c’est cela qui est important pour nos populations. Les difficultés sont connues. Dans vos propos, vous avez déjà tracé les pistes de solutions. Quand vous dites, « une chose est de vouloir des réformes, une autre est de savoir si ces réformes sont à la portée de nos concitoyens, je suis prêt moi-même à forcer la main à mes partisans », je dis, nous avons la porte qui s’ouvre grandement pour une sortie de crise. Au nom de l’Udbn, je vous remercie pour cette ouverture d’esprit malgré les pierres d’incompréhension qui sont jetées sur vous. Je sortirai d’ici en disant que l’espoir est permis.

Patrice Talon : Mesdames et messieurs, je voudrais pour clore ces échanges, réaffirmer que la situation est préoccupante. Je voudrais compter sur le génie, le sacrifice de chacun. Je voudrais en dépit de tout, exprimer mon attachement aux institutions de la République, aux Hommes qui les animent. Je continue de croire que le ciel nous aide et nous aidera toujours à désigner ou faire désigner les Hommes dignes de notre confiance pour siéger dans les institutions. Je veux espérer qu’à partir de ce soir, demain jusqu’à lundi ou mardi, vous allez être en mesure de nous faire des suggestions, prendre des décisions conformément à vos prérogatives, au besoin aller en session extraordinaire pour proposer des mesures nous permettant d’atteindre nos objectifs tout en respectant les lois actuelles ou à venir. Ce serait salutaire pour nous tous et nous allons partager le mérite. Je voudrais vous prier, mesdames et messieurs et même ceux qui ne sont pas là ce matin, et en considérant que leur absence est un message de désolation, leur dire que tout est encore possible. Certes, ma volonté n’est pas de forcer la main aux partis politiques pour aller aux élections. Mon souhait est qu’en mon temps également, les élections soient de même nature, de même qualité et de même convivialité que jadis. Donc, sans vouloir leur forcer la main, je les prie de bien vouloir participer aux échanges afin que les problèmes qui sont les leurs, les problèmes qui leur sont particuliers puissent être débattus et appréciés pour que les dispositions que nous pourrions prendre pour maintenant et demain, puissent également les servir. Monsieur le président de l’Assemblée nationale ! Il serait bien que vous puissiez les appeler, discuter avec eux, recueillir leurs préoccupations et les intégrer dans les échanges et réflexions qui vont nous faire des propositions concrètes. Je n’ai pas le pouvoir de suspendre le processus électoral. Si j’avais cette prérogative, je le ferais. Personne, dans notre disposition constitutionnelle, ne peut suspendre le processus électoral si la Cour constitutionnelle ne constate pas des irrégularités en tant qu’arbitre du contentieux. Je veux signaler que le temps presse, parce que le 15 mai n’est pas loin. Le processus en cours ne s’est pas arrêté. C’est à nous de rattraper le processus pour y incorporer ce qui nous semble indispensable à la concorde. Je voudrais prier les uns et les autres de bien prendre note de cela. Il faut aller vite de sorte que nous puissions rattraper ce qui est rattrapable. Mais j’ai espoir que cela est possible. Monsieur le président ! Je voudrais vous prier, ainsi que le bureau du Parlement, la conférence des présidents, de prendre les initiatives de ces échanges, de trouver les formules qu’il faut, les procédures qui peuvent permettre au Parlement de nous proposer les voies de sortie. Moi, d’ores et déjà, j’adhèrerai à tout ce que vous allez proposer comme mesures concrètes et conformes à notre Constitution. Si vos échanges vous amènent même à faire des amendements dans la Constitution dans les jours à venir, je suis preneur. C’est vrai que nous sommes à moins de 6 mois de l’échéance électorale, et modifier les textes relatifs aux élections requiert le consensus, mais je crois que tout le monde est favorable au consensus déjà. Le reste, c’est le génie qu’il faut. Et comme nous l’avons, je n’ai pas de doute que nous allons trouver la solution. Je vous remercie et je reste disponible nuit et jour pour apporter ma partition à la sortie de cette situation.

 Source Dir/Ccom-Pr