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Patrice Talon

Patrice Talon veut contribuer à consolider les fondements de la République et de la démocratie béninoise. Pour le faire, il compte rassembler la classe politique autant de la mouvance que de l’opposition pour faire prospérer ses ambitions politiques. L’homme d’affaires était ce lundi 24 Août 2015, l’invité de Christophe Boisbouvier sur RFI Afrique.

Christophe Boisbouvier : Patrice Talon, Bonjour ! Un opérateur économique qui se lance dans la politique, ce n’est pas très courant. Qu’est ce que vous pouvez apporter de plus aux Béninois ?

Patrice Talon : il faut reconnaitre que présentement, le Bénin est dans une passe difficile. Toutes les institutions ont perdu la confiance du peuple. Le pouvoir exécutif s’est révélé à la fois surpuissant et décadent. Dans un tel contexte, il n’est pas impertinent de souhaiter qu’un homme ayant à la fois les réflexes du management entrepreneuriale et la connaissance du milieu politique, prenne la main pour rassembler, afin d’opérer les mutations qui s’imposent.

Votre slogan pourrait-être « ce qui est bon pour mon entreprise peut être bon pour le Bénin », l’Italien Sylvio Berlusconi ou le Malgache Marc Ravalomanane ont fait campagne sur le même thème et ça ne s’est pas très bien terminé pour eux….

Oui, il n’y a pas de vérité absolue ! Mais j’estime tout de même que l’entreprise est à l’image de la République. Les galons visibles d’un chef d’entreprise sont plutôt un atout pour la gestion du pays.

Afin de consolider la démocratie au Bénin, vous dîtes qu’il faut installer un mandat unique pour le futur Président, mais quand un Chef d’Etat réussit, pourquoi ne pas lui permettre de faire un second mandat à la façon d’un Barack Obama ?

C’est vrai. Mais le paradoxe, c’est ceci. C’est en effet, la quête du deuxième mandat qui empêche la réussite du premier. Mieux vaut une succession de mandat unique si même moyennement que des doubles mandats calamiteux en général.

Ce projet économique et politique que vous défendez, est ce que vous ne pourriez pas le portez vous-même en étant candidat à la prochaine élection présidentielle ?

Vous savez, si votre idéal n’est pas une fiction et ne relève pas du miracle, pourquoi s’obstiner à chercher indéfiniment porteur, pourquoi ne pas aller au charbon soi-même ?

C’est une tentation…

Parfois quand on a envie de partir de cette terre avec ses illusions intactes, il faut pouvoir aller au charbon.

Pendant deux ans, Patrice Talon, de 2012 à 2014, vous avez été accusé de tentative d’empoisonnement par le Président Boni Yayi, aujourd’hui, l’affaire est classée. Mais est ce que ce bras de fer ne vous a pas transformé, si cette histoire ne vous était pas tombée dessus ,est ce que vous seriez aussi impliqué en politique ?

Ce n’est pas l’affaire dite de tentative d’empoisonnement et celle dite de tentative de coup d’état qui ont été à l’origine de la brouille entre le Président Yayi Boni et moi. C’est bien l’affaire de la révision de la constitution.

A laquelle vous vous êtes opposé…

P.T : tout à fait. J’avoue que ce différend m’a effectivement plongé dans le cœur de l’action politique. Quatre ans durant, j’ai eu l’occasion de constater et d’examiner à la loupe les travers du pouvoir et les faiblesses d’un système devenu dangereux pour les siens. Cela m’a transformé, c’est vrai.

Etre candidat ou pas, à quel moment vous prendrez votre décision ?

Cette question est l’objet de mes échanges actuels avec la classe politique ; la question de ma candidature éventuelle ou de ma candidature relèvera d’une décision concertée avec la classe politique. Je ne peux pas en dire plus.

Depuis trois ans Patrice Talon, vous vivez en exil à Paris, prendrez vous votre décision, avant ou après votre retour au Bénin ?

Après mon retour au Bénin.

D’ici combien de temps donc ?

Je pense dans quelques jours, quelques semaines au plus tard.

Les poursuites contre vous ont été abandonnées mais, est ce que vous ne craignez pas pour votre sécurité le jour où vous rentrerez ?

Oui, comme je viens de vous dire, je rentre bientôt d’autant que les autorités de mon pays m’ont délivré il y a quelques heures un laissez-passer en bonne et due forme, en raison de la non-validité de mon passeport périmé. Je peux vous avouer que je n’ai aucune crainte pour ma sécurité chez moi. Mon pays est une terre de non-violence.

Et vous avez la garantie qu’il ne vous arrivera rien ?

Je ne crains rien du tout.

Au fond Patrice Talon, est ce que vous attendez de voir quel rassemblement politique peut se faire autour de votre personne avant de sauter le pas ?

On ne peut pas être candidat aux élections présidentielles comme ça, tout seul, contre la classe politique. J’ai des amis de longue date. Je compte d’une manière ou d’une autre contribuer à la renaissance de mon pays.

On ne peut pas être candidat contre les partis…

Ce n’est pas souhaitable d’autant qu’il s’agira d’opérer des réformes majeures, ça ne peut se faire sans la classe politique.

D’autant que vous-même vous n’avez pas de parti pour l’instant…

Non.

Donc, il vous faut un minimum de soutien

Qu’il faudra rassembler.

Donc c’est ce à quoi, vous-même vous vous employez en ce moment…

Tout à fait.

Mais ces discussions avec ces hommes politiques, est ce que ça veut dire que vous êtes dans une stratégie de ralliement de plusieurs hommes politiques vers vous?

C’est vrai que je suis dans une démarche de rassemblement. Mais il n’y a pas de stratégie de ralliement. Quand on est sincère et transparent, il faut exposer sa vision et espérer qu’elle suffise à elle seule pour susciter l’adhésion.

Dans l’opposition, il y a deux poids lourds ! Adrien Houngbédji et Bruno Amoussou qui n’ont pas le droit de se présenter à cause de leur âge. Où en êtes-vous dans vos contacts avec eux ?

Je continue d’échanger avec tout le monde, y compris des leaders du camp de Yayi Boni. Il faut rassembler.

Alors, parmi les favoris à cette élection dans six mois, il y a le banquier international, Abdoulaye Bio Tchané, L’Ancien directeur du Cabinet militaire Robert Gbian, l’Ancien Premier Ministre, Pascal Koukpaki, l’Actuel Premier-Ministre Lionel Zinsou. Parmi ces quatre hommes, quel est à votre avis, le candidat le plus sérieux ?

Ce sont tous des amis ou des connaissances que je respecte et qui ont un rôle à jouer. Ce sont des candidats ou des potentiels candidats majeurs.

Quand vous dîtes, je suis arrivé à un âge où on a envie de tout donner, qu’est ce que ça veut dire ?

Je suis un homme passionné en tout ce que j’entreprends et dans le domaine qui est le mien, le Commerce et l’Industrie. Au stade d’aujourd’hui, je n’ai plus beaucoup de motivation parce que j’ai observé combien tout ça est très fragile quand les fondamentaux de la République et de la démocratie ne sont pas solides. Quand on a envie de laisser des traces, quand on a envie de voir son œuvre durer, perpétuer, il faut contribuer à consolider les fondements de la République et de la démocratie.

Et ça, ça passe par la politique…

Ça passe malheureusement, sinon exclusivement par la politique, la gouvernance de la cité parce que toutes les républiques, toutes les nations qui se sont effondrées, se sont principalement effondrées à cause de la décadence de la Cour

En fait, vous êtes tenté hein ?

Oui Mr Boisbouvier

Patrice Talon, Merci.

Propos transcris par Inès Zounon