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talon 1L’homme d’affaires Patrice Talon était face à ses compatriotes de la diaspora française le 21 novembre dernier. Venus des quatre coins de la France, et de la Belgique, ils sont une élite de la diaspora béninoise à écouter Patrice Talon, candidat à la Présidence de la République. Introduit par Me Joseph Djogbénou, Patrice Talon a dans un langage sincère et profond, répondu aux questions de ses compatriotes. Il a également parlé de ses choix, de sa vision et de ses rêves pour le Bénin. (Retour sur les temps forts de son entretien avec ses compatriotes de la diaspora française).

M. Patrice Talon, Vous êtes un homme d’affaires, opérateur économique. Et je sais déjà que vous serez le prochain président. Je vous demande alors Président de la République, opérateur économique : Comment allez-vous conciliez les deux ?

C’est une question essentielle. D’abord je voudrais vous donner une certitude, une garantie. Patrice Talon a fini avec les affaires. Que je gagne les élections présidentielles en février ou mars prochain, ou pas, j’ai fini avec les affaires. Pourquoi ? Je vais vous dire après comment je ferai. J’ai eu l’occasion de le constater et je l’ai dit tout à l’heure dans mon introduction que tout cela était précaire. Etre le premier employeur du Bénin, j’ai a peu près 7000 emplois directs c’est-à-dire des gens qui touchent le salaire mensuel, environs 7000 et 20 000 qui touchent le salaire indirect au Bénin. Je suis parti de très bas et de rien du tout. Je crois que le ciel m’a gâté et pour vivre, on n’a pas besoin de beaucoup de chose. Personnellement, je ne vis pas de Caviar et de champagne. Je ne voyage pas en jet privé, je n’ai pas de plaisir à voyager seul dans un avion. Donc pour bien vivre et jouir de la vie, il ne faut pas grand-chose pour un homme. Mais c’est vrai que je suis un compétiteur et que j’ai du talon 2plaisir à avoir du succès dans ce que je fais. Mais le succès m’a montré ses limites dans mon pays. Quand vous investissez, quand vous mobilisez des financements, quand vous créer des entreprises, quand vous avez des employés qui vivent et que les employés ont des salaires importants parce que les entreprises du groupe sont les mieux payés au Bénin, je me permet de vous le dire toute modestie gardé et que cela vous donne de la satisfaction et que vous vous rendez compte que le modèle politique peut tout détruire du jour au lendemain, vous avez une autre vision de vous-même de votre pays, de ce que vous faites et de votre environnement . Si vous êtes un bâtisseur, vous avez une autre vision des choses. Vous vous dites qu’i suffit pas seulement de créer des entreprises, de créer des richesses et de l’emploi, parce que si tout ça peut disparaitre un jour, vous pouvez voir à la fin de votre s’éteindre tout ce que vous avez fait. Vous avez l’ambition de consolider ce que vous avez fait, ce que les autres ont fait, ce que d’autres feront et pour les consolider aujourd’hui, nous n’avons pas d’autres choix que de réformer le modèle. Et mon péché aujourd’hui est que j’ai la conviction que je suis indiqué pour faire cette consolidation. Parler de consolidation serait peut être prétentieux de ma part mais vous savez que c’est la prétention qui font les grands hommes en toute chose. Et comme je le disais tout à l’heure, je rêve de devenir un grand petit homme. Je rêve à la fin des années à venir de rentrer un peu dans l’histoire et si vous me le permettez, on peut avoir envie à un moment donné de ne plus être vu comme le voyou, le voleur du coton, le voleur des douanes et vous suivez tous les informations du bénin. Monsieur Patrice TALON, c’est le grand bandit. Quand à un moment donné, on a ces tourment dans sa vie, que le pays ne va pas bien et que ça peut aller encore mal, et qu’en remédiant à ça, vous pouvez avoir la chance, l’opportunité de n’être plus vu comme le voyou, comme un fortuné parce que la fortune ne suscite en général pas l’admiration. Non ! En vérité, on n’admire pas les hommes fortunés, on les envie et parfois on les méprises. Je vous choque un tout petit peu mais la réalité, c’est cela. C’est humain qu’on soit africain, européen ou chinois. En général la fortune suscite l’envie et le mépris. Les grandes œuvres, quand on fait des choses pour ses concitoyens, ses semblables, ses frères, ça suscite l’admiration. Il est plus facile pour quelqu’un dans ma position d’aider ou de pousser quelqu’un d’autre à être président de la République en retour que d’aller soi-même. Si la fortune, les affaires, le business continuaient d’être mes principales motivations, il y a plus facile à faire. Tous ceux qui sont venus me voir, Me, vous le savez, tous les candidats qui sont venus me voir, M. Talon, on voudrait avoir votre soutien pour être président de l république l’ont tous dit. Si je suis élu, le vais vous rétablir le PVI, je vais vous rétablir dans le coton et puis chaque fois je les regarde et je dis mon Dieu vous ne savez pas ce qui motive. Ils me l’ont tous dit.

talon3En Afrique, on a la chance d’avoir des pays plutôt jeunes si on considère la démographie. J’aimerais savoir ce que vous êtes prêt à faire pour que vos jeunes cadres diplômés ne soient pas obligés de s’expatrier afin d’avoir une carrière et de se sentir citoyens du monde qui permet de se développer sur un plan business et sur le plan intellectuel.

Madame, c’est très simple. Ce qui tue la jeunesse au Bénin aujourd’hui, c’est le pouvoir politique. Notre principal handicap aujourd’hui, c’est le pouvoir politique parce que le pouvoir politique ne fassent pas la promotion des entrepreneurs des énergies individuelles des talents, ce n’est pas encore très grave. Mais lorsqu’elle devient un frein à l’expression des talents, c’est encore plus grave. C’est ça qui est le principal défaut du régime politique aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que si vous allez au Bénin aujourd’hui, et c’est ce type de pouvoir qui va être transmis dans quelques mois si on ne fait rien. Au Bénin, quelque soit votre talent, votre dynamisme, vos grâces, si vous n’êtes pas de la mouvance ou soumis, vous ne pouvez pas vous exprimer. Et les dispositions de l’administration ne sont pas suffisamment pensées pour faire la, promotion des talents. Le système est devenu si pervers que plus personne n’ose plus se gêner, n’ose réfléchir, n’ose tenter quoi que ce soit. Quand l’environnement n’est plus propice à l’émergence de soi même, on ne fait rien du tout. C’est pour ça je disais tout à l’heure dans mes propos, le système politique a amené le Bénin dans un système d’étouffement des valeurs des talents ou des grâces. Un petit pays qui n’a pas de ressources minières, de sous sol, ne peut exister que par le dynamisme des uns et des autres. Madame, l’emploi, provient de la volonté de créer de la richesse. Vous savez les entrepreneurs, les entreprises, les créateurs d’emploi ne sont pas des gens à vocation de créer des emplois. L’opérateur économique a vocation de créer de la richesse. Et c’est ce faire qu’il créer des emplois. La création d’emploi est donc une conséquence qui vient un peu même si ce n’est pas la motivation essentielle de l’entrepreneur. Donc, il faut et malheureusement, il n’y a que par la création de richesse qu’on peut créer des emplois. Donc il faut nécessairement que le modèle économique, l’environnement politique soit favorable à la création de richesse et quand ce n’est pas le cas, où bien quand les conditions de droit ne paraissent pas protéger, les investisseurs, même jeunes, personne ne prend le risque, personne ne se gêne et tout le monde attend. Madame, il suffira et je vous le promets qu’on va faire le bilan dans un an. Il suffira que tout le monde constate au bout de quelques mois que ce qui permet d’avoir des responsabilités politiques au Bénin, c’est la compétence. Il ne suffit pas d’être l’ami, le frère, le parent de celui qui est au pouvoir pour exister, pour rayonner. C’est un premier signal fort qu’il faut donner à nous mêmes, à notre pays, à vous la diaspora qui observer le Bénin parce que au Bénin aujourd’hui, c’est malheureux de constater voilà peu de fierté à rencontrer nos hauts fonctionnaires, nos diplomates. C’est malheureux de le dire, mais c’est la réalité. Alors quand vos parents, ceux qui vous gouvernent et qui incarnent le pays ne vous séduisent pas, vous n’avez pas envie de rentrer au pays, même d’aller en vacances. Et cela, ce sera le premier le plus fort qu’il faut donner. Puis deuxièmement, il faut mettre en place un dispositif qui incite. Je vais vous donner et qui sera dans mon programme de société. Vous savez pour gagner deux mille euros de revenus net de salaire par mois au Bénin, il faut que l’employé et l’employeur décaissent plus de trois mille euros. Le modèle ne permet pas d’attirer les valeurs. Le modèle béninois aujourd’hui pénalise ceux qui ont envie de rentrer au pays et d’avoir un minimum de confort. Il est impératifs de ramener l’imposition des salaires moyens parce que gagner aujourd’hui 1000 euros voire 2000 au Bénin sont des salaires moyens. Pourquoi ? Parce que nos pays sont tous des pays pauvres. Mais le besoin devient universel, le besoin d’un cadre français en France n’est pas loin d’un besoin d’un cadre au Bénin. Malheureusement. Le besoin est universel. On a les mêmes besoins de soins de santé, les mêmes besoins alimentaires, les mêmes besoins de locomotions, les mêmes besoins vestimentaires. Et il est difficile de demander à un professeur d’université, à un cadre d’ici de renter au Bénin et de renoncer au minimum de confort dont il dispose en France. C’est impossible. Nos besoins sont les mêmes. Et il faut impérativement encourager la création d’une classe moyenne qui consomme, construit et développe le pays. Et c’est pour ça que c’est une réoccupation essentielle et je vous donne rendez-vous dans un an.

« Le bulletin de vote est une arme de résistance, de protestation de construction  ne l’oublions jamais » avez-vous dit dans l’une de vos déclarations. Est-ce que le bulletin de vote aura une signification dans l’état actuel de notre pays ?talon4

Je peux vous certifier que ce sera le cas car je connais le système. Cela ne veut pas dire que Patrice Talon a été complice d’un certain KO. N’ayons crainte. J’ai cette chance de connaître le Bénin, de connaître le système, les appareils, les organes, les institutions et je ne me ferai pas voler.

Un de mes compatriotes a déjà abordé la question. Cependant je voudrais que vous nous précisiez que notre vote (béninois de la diaspora française) comptera parce que je ne veux pas aller voter pour rien tout en sachant que le Président est déjà connu et que le gouvernement est déjà fait.

Cher amis, votre vote comptera. Et vous avez un exemple qui doit vous rassurer un petit peu. Vous avez vu les élections législatives. Le régime en place avec son arsenal n’a pas réussi à avoir la majorité aux élections législatives passées. Ce qui veut dire que le dispositif mis en place, permet d’obtenir des résultats contraires à ce que veulent ceux qui ont encore l’appareil en mains. Sinon, le régime actuel aurait eu la majorité, 45, 50, 60, 70 députés aux dernières élections législatives. Ils n’ont eu que 35 députés sur les 83. C’est pour dire que le système peut permettre que votre vote ne soit pas volé. Et je vous dis une chose, je vais veiller à cela.

Pour être président, nous savons comment ça se passe au Bénin. il y a la situation géopolitique qui exige qu’on soit porté par des partis. Quand vous serez portez par des partis, il y aura par la suite des contres partis exigés. Comment est-ce que çela va se passer ? Ce qui pose la question de mentalités, la question de la corruption qui doit revenir en quelques sortes et qui nous concerne tous. Après le 6 avril 2016, quelle est la politique que vous comptez mettre en place pour lutter contre la Corruption ?talon5

Aujourd’hui, le constat que nous faisons est que la compétence n’est plus du tout un facteur de gouvernance, de décision. Et les gouvernants constatent que les partisans les plus actifs ou les plus soumis ou les plus griots sont en général ceux qui n’ont pas de compétences, ceux qui n’ont pas de talents, de contenus. Vous savez très bien que la société en général, les valeurs ne sont pas soumises. Ceux qui ont des talents, des contenus, des valeurs, ne sont pas soumis. C’est un peu comme des femmes qui ont la grâce de la beauté, elles ne sont pas soumises. Cela est humain. Ceux qui ont du talent, des valeurs ne sont pas en général soumis. Or, le système politique, le monde dans lequel nous sommes et que nous sommes entrain de dénoncer ne fait que la promotion que des gens soumis, donc n,’ont pas de compétences. C’est pour tout cela que tous les secteurs s’effondrent. Que ce soit l’administration, les affaires, le business, l’art, l’artisanat parce qu’on ne fait pas la promotion des talents. Qu’est-ce qui nous permettra, par quels moyens nous allons pouvoir dans un système partisan faire la promotion des compétences ? Il faut instaurer impérativement et toute suite la réforme de l’administration qui fera que désormais les hautes fonctions de l’administration, les fonctions qui sont sensible pour le pays soient des postes qui soient mis en compétition. Il faut instaurer un système d’appel à candidature par des cabinets indépendants et de renommée de sorte que nous ayons la chance d’avoir pour les postes sensibles pour notre pays des gens compétents. Sin nous y parvenons, nous allons régler la moitié des problèmes qui se posent au Bénin. Pourquoi ? Vous connaissez le problème de turbines à gaz de Maria Gléta. Qu’est-ce qui fait que nous sommes dans ce drame ? On va dire que c’est la corruption. Mais c’est plus un problème de compétences que de corruption. Quand la corruption se grève à l’incompétence c’est une catastrophe. C’est pour cela que la catastrophe que vous soulez est une question éminemment importante et pour l’opérateur économique que je suis j’en ai une grande conscience. Une entreprise ne peut prospérer que parce que à chaque poste, il y a la compétence qu’il faut. Depuis le petit balayeur jusqu’au Big boss, il faut que chacun soit à son poste. Si vous gagnez de l’argent et que vous n’avez pas le talent, ayez le talent de vous entourer de talents et vous allez avoir une entreprise qui va faire 30, 45, et qui va rester après vous. Je ne suis pas talentueux mais j’ai le talent de m’entourer de talents. Et c’est pou ça que depuis, 30 ans je ne suis partis de rien et suis arrivé là ou je suis. Et cela, c’est valable pour la conduite des affaires du pays. Nous allons faire la promotion des valeurs, des talents des compétences et l’instaurer de sorte que même ceux qui viendront après auront du mal à remettre ça en cause parce que si nous arrivons à l’instaurer, nous allons créer le déclic.

talon6Je vous vois très brillant et je pense que vous allez même gagner les élections. Mais le soir des élections, comme le KO guette tous les pays, au soir du 6 avril, un autre candidat est proclamé élu alors que vous avez toutes les pièces, tous les éléments pour dire que vous avez gagnez. Très vite, vos soutiens veulent contester cette élection. On vous appelle ici en France pour vous calmer et pour vous demander de préserver la paix dans votre pays. Qu’est-ce que vous allez faire ?

D’abord, je n’ai pas de tuteur et je ne pense pas que nous aurons à vivre cette situation là, parce que la paix au Bénin ne sera pas seulement la préoccupation de la France. Ce n’est pas la préoccupation des éventuels tuteurs. C’est la préoccupation à nous tous. Parce qu’on dit une chose, on dit « vaut mieux un pays de paix avec des élections mal conduites qu’un pays qui entre en guerre pour la bonne conduite des élections ». Cela également, je l’épouse. C’est vrai parce que la guerre peut tout détruire. Or les satisfactions peuvent être corrigées plus tard. Donc je ne serai pas favorables si c’est le cas que le pays brule parce que j’aurai perdu les élections parce qu’on m’aura volé. Non ! Par contre, ce qu’il faut faire c’est d’empêcher qu’on nous vole et ça je vous le garantie si nous allons aux élections en février prochain. Je vous dis, faites-moi confiance. Le résultat des votes sera le résultat réel des votes.

 Transcription : Léonce ADJEVI