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Le ministre de l’intérieur doit parer au plus pressé

L’activité de pâturage soumet des éleveurs de bœufs au déplacement saisonnier. Ce fait qualifié de transhumance est source perpétuelle de conflits entre les éleveurs et producteurs agricoles. Le phénomène s’observe avec inquiétude dans le Mono et le Couffo.
La transhumance au Bénin a démarré avec les migrations des populations Peulhs. Avant les années 1970, les déplacements des pasteurs sahéliens vers des zones plus humides étaient dus à la saturation de l’espace pastoral plus qu’aux sécheresses répétitives. Bien que ce phénomène soit  règlementé par  la loi n°87-013 du 21 septembre 1987 portant  réglementation de la vaine pâture, de la garde des animaux domestiques et de la transhumance et  par l’arrêté in-terministériel 1992-N°010/Misat/Mdr/D-Cab du 20 janvier  1992, portant création, organisation, attributions et fonctionnement des comités de transhumance en République du Bénin, les pauvres populations continuent d’en être victimes. Les domaines communaux, les champs et  parfois les jardins sont automatiquement pris d’assaut par ces éleveurs en quête de pâturage pendant les saisons sèches.  En effet, dans les départements du Mono et du Couffo, le phénomène est devenu très préoccupant. Pendant les saisons de vaches maigres, ces peulhs transhumants n’hésitent pas à envahir les domaines et les champs des communes avec des troupeaux de boeufs. Au cours de cette traversée des bovins, ils commettent souvent  des actes ignobles lorsqu’ils se trouvent confrontés à la résistance des populations. Pour le  chef d’arrondissement d’Agbodji, Abel Dossou, ces actes regrettables sont devenus monnaies courantes dans les communes du  Mono et du Couffo au point que les populations commencent par avoir peur de ces peulhs. « La transhumance est un grand problème auquel nous, les autorités communales, sommes confrontées. Le déplacement des éleveurs peulhs avec leurs bœufs pendant la période de grande sécheresse occasionne toujours des dommages aux agriculteurs de cultures de contre saison. Lorsque les éleveurs viennent quelque part, les populations commencent par nous alerter, car elles sont souvent victimes des actes de barbarie de la part de ces peulhs », fait remarquer le chef d’arrondissement. Pour le maire de la com-mune de Dogbo, Vincent Akakpo, la transhumance est un problème que l’Etat doit prendre au sérieux pour régler les conflits à venir. Car c’est un danger qui, selon lui, guette chaque année, les autorités communales de ces deux départe-ments du Mono et du Couffo. «  Si ces éleveurs viennent au sud, il y a toujours des problèmes, alors que la Cedeao a pris des dispositions qui protègent les domaines et les  éleveurs dans la sous-région. Ils sont allés jusqu’à parler des couloirs de transmission. Mais ces éleveurs ne respectent pas ces couloirs. Ce qui engendre des conflits entre ces éleveurs et les populations, car la plupart des populations  font des cultures de contre saison », renchérit le maire de Bopa, Frédérick Dandévèhoun. A l’en croire, les conflits se produisent lorsque les couloirs de passage ne sont pas respectés de même que les périodes de transhumance par les éleveurs peulhs. « Lorsque ces peulhs viennent dans une commune, on assiste très souvent à des dégâts. Ce qui débouche sur des con-flits parfois violents entre agriculteurs et éleveurs », rappelle le maire de Bopa.
Causes et solutions
Pour les autorités communales, ce phénomène de transhumance est causé par les contraintes liées à l’alimentation des animaux. Elles ont fait remarquer que pour bien élever leurs animaux, les éleveurs sont obligés de les conduire vers les pâturages naturels, c’est-à-dire les terres fertiles où ils peuvent trouver beaucoup d’herbes à brouter. Ainsi l’augmentation des bovins a provoqué une ruée des éleveurs vers les terres fertiles, jusque-là épargnées des pratiques agri-coles. En conséquence, les éleveurs migrent avec leurs troupeaux vers la partie méridionale où ils dégradent les ressources naturelles. Au cours de leur transit, les transhumants transfrontaliers ne tiennent pas compte des lois et arrêtés qui régissent la transhumance sur leur territoire. Au nombre des cas de viol des textes administratifs,  il y a l’occupation des couloirs et des champs par la pâture de ces  animaux. Alors pour remédier à cela, les autorités communales ont proposé  l’intégration et la participation des éleveurs de ruminants dans les programmes d’aménagement forestier et dans la gestion des terroirs. Pour ces premiers responsables des communes du sud-Bénin, les stratégies d’alimentation des troupeaux  doivent tenir compte des facteurs climatiques et anthropiques. Pour le maire de Bopa, Frédérick Dandévèhoun, il faut que les peulhs commencent par respecter les textes qui régissent la transhumance et qui passent par le paiement des taxes fiscales. « Lorsqu’un transhumant doit venir dans la commune, il doit selon les textes, payer 500 FCfa pour  les taxes de dé-veloppement de la Commune. Pour les gros bétails, il doit verser une caution de 10 000 FCfa par bétail pendant son séjour », fait savoir l’autorité communale. Pour lui, cette somme servira à dédommager les cultivateurs dont les cultures ont été dévastées par les bœufs. « Lorsque les bœufs vont gâter les cultures aux agriculteurs, c’est dans ses sous qu’on va prélever pour dédommager les victimes », ajoute-t-il. Mais pour le maire de Dogbo, l’application de ces mesures  est très difficile sinon impossible, car à l’en croire, avant même que les populations  n’aillent se plaindre aux autorités, les éleveurs disparaissent. Face à cette situation, les maires des communes de Dogbo, de Bopa et d’Athiémé  souhaitent que les gouvernants prennent de nouvelles mesures pour interdire cette forme de transhumance. Elles souhaitent qu’ils construisent des infrastructures pour une meilleure gestion de ce phénomène.

Claude Ahovè
(Br Mono-Couffo)