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Père Israël Mensah tient à la transmission des valeurs culturelles

 Père Israël Mensah, près de l’oratoire de France et appartenant au diocèse de Cotonou, séjourne à Cotonou dans le cadre de l’organisation de la 10ème édition de l’évènement dénommé « La nuit des contes ». L’édition 2015 démarre le 14 aout prochain et prendra en compte 25 localités du Bénin. A quelques jours de l’évènement, le promoteur revient sur l’importance des contes et légendes dans la vie d’un homme. Lisez-plutôt…

Le Matinal : Qu’est-ce qui justifie votre présence à Cotonou ?

 Père Israël : Je suis aumônier d’un établissement à Paris et vice-représentant permanent de l’Office mondial de l’enseignement catholique auprès du conseil de l’Europe. Je suis revenu à Cotonou comme tous les ans. Cette année, je suis venu cinq fois et cette-fois-ci, pour lancer notre 10ème édition de la « Nuit des contes » que l’Association Mémoires d’Afrique a initiée depuis 2006. Cette association existe depuis 1998 et est créée avec la personnalité de Mgr De Souza qui est membre fondateur. Nous avons participé en février, à faire revivre les 25 ans de la Conférence nationale. Puisqu’il a été un acteur clé avec beaucoup d’autres, y compris avec le président Mathieu Kérékou pour qui j’ai une très grande admiration, un véritable homme d’Etat aimant vraiment son pays. L’association fait mémoire de toutes les activités qui jalonnent notre édification étatique, sociétale. C’est important pour que la jeunesse puisse savoir d’où nous venons afin de savoir comment on se projette dans l’avenir. Cette phase étant terminée, l’évènement de la « Nuit des contes » nous rattrape.

 Qu’est-ce qui sera fait de façon concrète pour l’édition 2015 ?

 Cette année, nous ferons cet évènement dans 25 localités pour faire un clin d’œil à nos 25 ans de la Conférence nationale. Nous inviterons les populations à se retrouver dans un moment festif autour des valeurs endogènes : les contes et les légendes qui participent à la culture et à l’éducation de la jeunesse. Depuis 10 ans, nous avons commencé à Possotomè, qui a été notre base expérimentale, ce que peut être une « Nuit des contes ». Ensuite, nous avons essayé de développer le concept dans d’autres localités jusqu’à 16 localités. Et cette année, on a voulu passer à 25.

 Quelles sont les 25 localités qui vont vibrer aux rythmes de l’édition 2015 ?

 Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Kétou, Dangbo, Sakété, Bohicon, Abomey, Savalou, Dassa-Zoumè, Tchaourou, Parakou, Nikki, Djougou, Natitingou, N’dali, Kandi, Malanville, Banikoara, Ouidah, Kpomassè, Tori, Agatogbo, Lokossa et Possotomè.

 En quoi les contes peuvent-ils participer à l’éducation d’un être humain ?

 Les contes constituent des liens de sagesse. C’est le résultat, la transmission d’une expérience. Qui dit transmission dit éducation. Qui dit transmission dit instruire pour éviter les écueils. Les scientifiques, quand ils trouvent des résultats après leurs recherches, ces résultats servent également à d’autres pour aller plus loin. De cette même façon, lorsqu’on vous dit que le mensonge rend l’homme esclave, c’est d’un conte qu’on est parvenu à cette affirmation. C’est une forme de philosophies condensées selon nos traditions. Cette sentence ramassée en une phrase confirme une analyse. Quand vous allez au niveau de nos villages et les sages sortent un proverbe, cela dit tout. Autrement dit, revisiter ces contes peut participer à la bonne éducation de nos enfants. D’abord, en les enracinant dans leurs valeurs locales. C’est le fait de ne pas leur donner ces valeurs locales qui fait qu’ils sont déracinés. Et moi-même j’ai fait cette expérience. C’est ce qui m’a amené à voir Mgr De Souza pour qu’on se lance dans cette aventure de la création de l’association « Mémoire d’Afrique ». Les contes et les légendes nous instruisent à différents niveaux. S’en priver, est néfaste.

 Dites-nous comment se passe une « Nuit des contes » ?

 C’est se retrouver sous l’arbre à palabre, comme à l’ancienne époque. Les sages qui ont envie de conter aux jeunes, échangent sur des légendes, des histoires qui nous font souvent peur ou nous bloquent dans nos décisions. Donc, la 1ère étape, c’est conter et ensuite, laisser le public venir intervenir.

 Vous aviez fait un travail de collection des contes. Comment cela s’est-il passé ?

 Mémoires d’Afrique a démarré ses activités avec une série de contes. Et ces contes ont été nettoyés avec le concours des intellectuels. Je pense au professeur Iroko et au feu animateur sur la radio nationale Kinhouandé. C’est 100 contes qui ont été sélectionnés par un jury parmi les 1500 qui sont arrivés à l’époque. Les 100 contes ont été encore soumis à un autre jury composé de personnes de diverses nationalités. On a associé un Congolais de l’Unesco, un Sénégalais. Mais, à la « Nuit des contes », ce n’est pas seulement ces contes-là qui seront dits. Ils servent de point de départ.

 Un appel à lancer ?

 Je lance un appel à nos compatriotes qui ont envie de donner un coup de pouce à la promotion de nos valeurs endogènes à travers l’art oratoire. Parce qu’étant une association française, nous n’avons pas souvent droit à une subvention. En tant que prêtre, je lance un appel à l’endroit des personnes de bonne volonté en leur disant qu’ils peuvent nous rejoindre. Nous sommes sur la paroisse St Jean de Cotonou.

Propos recueillis par Valentine Bonou Awassi