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PLACIDE-CLEDJOLe Matinal : Nous avons assisté, cette année, à plusieurs cas d’incendies dont celui des marchés. Le cas du marché Dantokpa  a été le plus médiatisé vu son ampleur avec les milliards partis en fumée. Pensez-vous que cet incendie pouvait être évité ou que les dégâts pouvaient être moins grands si des précautions avaient été prises ?
 Placide Clédjo : Les cas d’incendie font partie des risques. Ce qui manque dans le pays, c’est la gestion des risques. La prévention, ça fait vraiment défaut. Lorsqu’on parle de risque, pour le moment, on ne parle que de catastrophes et c’est l’inondation qui est en vue. Personne ne pense à ces cas de risques liés aux activités. Ça doit faire partie de la gestion des risques de façon globale dans le pays. Lorsque vous avez un plan de gestion des risques, vous pouvez vraiment contourner et amoindrir vraiment les chocs, les inconvénients que vous aurez après les risques. Comme les risques d’inondation et les autres risques que nous avons au pays, il faut une agence de gestion des risques dans le pays. C’est nécessaire.
 Au-delà des facteurs annoncés comme causes de cet incendie de Dantokpa, vous en tant que spécialiste avez-vous observé d’autres causes qui ont concouru à ce drame ? 
 Non ! Comme je l’ai dit, ce que je voulais vous faire souligner fondamentalement pour le Bénin, c’est qu’il nous faut une agence de gestion des risques. On a l’agence de risque et catastrophe. Mais l’agence ne s’occupe que de l’inondation. Alors, la gestion des risques liés aux activités et aux industries, est sous-estimée. Donc, il faut vraiment mettre l’accent sur ce côté-là pour qu’on puisse prévoir, en cas de risque, ce qu’on peut faire. Et pour le cas de Dantokpa, ce qu’il fallait faire, lorsqu’on veut reprendre la construction de ce marché, c’est quoi ? Fondamentalement à Dantokpa, il n’y a pas de parking. Donc, la reprise doit être normalement faite en intégrant le système de parking. Ce système là comme il n’y a plus d’espace à Dantokpa, c’est de soulever les bâtiments et de faire le parking en bas. C’est le seul moyen qu’on a vu actuellement. Mais, je ne sais pas si tout le monde se réfugie derrière. On n’a pas les moyens et on va étaler encore les hangars. Les mêmes problèmes vont reprendre. Donc, l’idéal maintenant à Dantokpa, c’est de soulever, c’est de construire les hangars sur pilotis et de mettre maintenant le parking vraiment en bas.
 Vous en tant qu’environnementaliste et technicien du domaine, la reconstruction du marché Dantokpa telle que c’est fait actuellement, est-ce que vous aviez été associés ?
 Nous, on n’a pas besoin d’être associé. Nous, on est enseignant à l’université et nous, on donne notre point de vue pour pouvoir orienter. C’est souvent les professeurs d’université qu’on prend, de façon éparse, pour pouvoir régler ces problèmes-là. Mais, ce qu’on propose, c’est qu’il faut vraiment travailler avec les institutions. Pour ce cas d’aménagement, il y a un département de l’aménagement du territoire à l’université. Il fallait tout au moins prendre leur avis pour pouvoir réaménager vraiment ce site-là. Mais ce n’est pas fait. Par contre, si nous avons des points de vue, ce que je fais, c’est déjà un point de vue que je donne pour qu’on puisse mieux réorganiser ce site-là. Parce qu’il faut tenir compte des institutions pour travailler et il faut tenir compte des spécialistes et les spécialistes ne sont pas que dans l’administration. Il y a l’université qui est là qu’il faut associer pour pouvoir réorganiser l’urbanisation du pays.
 Aujourd’hui, les informations font état de ce que la reconstruction est déjà à 70%. Vous avez évoqué le problème de parking et vous n’aviez as été associés en tant que spécialistes de ces questions à l’université. Est-ce que aujourd’hui on peut encore faire quelque chose pour corriger le tir ?
 Non ! Ce n’est pas sur ce qui est fait là. Si c’est déjà à 70%, donc c’est fini. C’est déjà dans la conception du plan qu’il faut vraiment faire ce que nous disons là. Alors, une fois que c’est déjà fait, c’est qu’il faut trouver un autre moyen. Nous on n’est pas anti-développement. C’est déjà fait. On enregistre. On continue. On prend acte et on continue. Il faut savoir maintenant qu’il y a un réel problème de parking, non seulement à Dantokpa mais aussi à Cotonou en général. C’est sur le terre-plein central qu’on gare souvent. Maintenant, pour régler ce problème de parking, la solution qu’on propose qui est compatible avec l’espace réduit que nous avons à Cotonou c’est de soulever les bâtiments et de mettre les parkings en bas. Ça a commencé un peu. Lorsque vous allez à Dantokpa, avant le commissariat, le bâtiment qui est à droite là, le parking est en bas. C’est ce système qu’il faut faire à Dantokpa. Pour qu’il y ait de parking pour que les gens puissent garer sans problème.
 Après l’incendie on a parlé de la reconstruction du marché Dantokpa. Cette reconstruction prend seulement en compte la partie sinistrée. Aujourd’hui ne pensez vous pas que la reconstruction doit être totale ?
 Oui ! C’est un problème d’urbanisme qu’il faut revoir et c’est dans les problèmes d’aménagement en général. Donc, pour reconstruire le marché, ce n’est pas lorsqu’il y a incendie qu’il faut profiter pour le faire. Donc, on va reprendre tout le site et proposer d’autres formes d’aménagements. Ça fait un grand projet d’aménagement.
 Le marché Ganhi a aussi brûlé, quelques semaines après celui de Dantokpa. Selon vous, est-ce que ce sont les mêmes facteurs qui ont conduit à cette situation ?
 Oui ! C’est ça que j’ai dit au début. Ça fait partie du manque de la gestion des risques liés aux activités humaines. Ce sont ça qui manque dans le pays. Les risques pour nous, c’est les risques naturels qui nous occupent seulement. Il y a les risques liés aux activités, les industries. Ces risques-là, c’est ça qui fait qu’on a souvent les incendies. La fois passée, il y a eu explosion à la Sobébra et ça a tué beaucoup de gens. Voilà les risques liés aux activités dont je parle. Il faut intégrer désormais et avoir une agence pour la gestion des risques et catastrophes,  mais vraiment différente de l’agence  qui est là maintenant et qui ne s’occupe que de ce qui est naturel.
 En tant que spécialiste, Cotonou c’est une grande métropole, c’est la capitale économique du Bénin. Les habitations côtoient les industries et les activités économiques. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il faut faire concrètement sur le plan de l’urbanisation pour que, dans les prochaines années, on n’assiste plus à ces genres de problèmes ?
 Moi, je ne suis pas urbaniste. Je suis géographe aménagiste. Donc, il faut le concours des urbanistes, architectes et des géographes urbanistes. Ce sont ces trois corps  qui devraient rester ensemble pour proposer quelque chose de meilleur pour la ville de Cotonou. Et là, on va profiter avec le changement de gouvernement  et voir la nouvelle équipe comment ils peuvent travailler, comment on peut collaborer pour vraiment réorganiser la ville de Cotonou. Parce qu’à Cotonou, ce n’est pas seulement le problème de parking dont j’ai parlé. Il y aura aussi le problème des gros porteurs qu’il faut aussi régler dans la ville. Ça fait partie des grands projets d’aménagement qu’il faut avoir aujourd’hui à Cotonou. Donc, régler le problème de la ville à travers les parkings, mais régler aussi le problème des gros porteurs.
 Justement  par rapport aux gros porteurs, on constat qu’ils garent de plus en plus au bord des voies. Ils justifient leur attitude par la lenteur au niveau du Port autonome de Cotonou. Quelles solutions il faut trouver pour résoudre ce problème ?
 Comme je l’ai dit, ça fait partie des grands problèmes d’aménagement qu’il faut confier au département de géographie à l’université. Il y a le corps des urbanistes. Tous ceux-là, il faut vraiment les réunir et leur confier ce projet. Ça doit faire partie d’une réflexion d’ensemble pour réorganiser vraiment la ville. Il y a beaucoup de villes qu’on réorganise comme ça. Lorsque c’est trop touffu, on sort et on va créer une autre ville pour pouvoir régler les problèmes. Et actuellement, on a la possibilité de réorganiser la ville de Cotonou avec quelques exemples que j’ai donnés tout à l’heure. Soulever les bâtiments pour avoir de l’espace en bas pour pouvoir travailler. Donc, ce n’est pas que je vais donner une solution actuelle, mais ce serait l’institution qui va proposer la solution.
 Professeur Placide Clédjo, que diriez-vous pour conclure cet entretien ?
 Je voudrais vous remercier et vous demander de continuer ce combat pour pouvoir informer le peuple sur la façon dont il faut réorganiser l’agglomération urbaine. Parce qu’actuellement, il y a une sorte de conurbation forte qui est en train d’être formée entre Cotonou, Abomey-Calavi, Ouidah et Porto-Novo. C’est ce qu’on appelle le grand Nokoué actuellement. On a constaté que ça nait. Donc, il faut vraiment prendre ça en compte et faire une planification urbaine efficace.
 Propos recueillis par Rostand Houessè