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MAXIME-DA-CRUZLe Premier Vice-recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, Maxime Da Cruz a exposé son point de vue relatif au recrutement des nouveaux bacheliers dans les facultés sur étude de dossier. Pour lui, cette réforme permettra de réguler la pléthore d’effectifs et de garantir un encadrement efficient des étudiants. Maxime Da Cruz a également déclaré qu’il ne revient pas aux étudiants de définir les conditions d’inscription dans une université. Il s’est exprimé ce mardi 20 Octobre 2015 dans le cadre d’une interview qu’il a accordée à la rédaction web du groupe de presse ‘’Le Matinal’’. (Lire l’intégralité de l’interview)

Direction Web : Bonjour Professeur

Vice Recteur : Bonjour !

Il y a une réforme qui fait polémique actuellement et qui est liée aux inscriptions des nouveaux bacheliers. Expliquer nous la pertinence de telles réformes…

Je voudrais vous remercier d’avoir pris la peine de venir me rencontrer et rappeler au début de cette entrevue que l’Uac a connu encore il y a quelques mois une crise assez grave et la raison essentielle de cette crise, ce sont les difficultés liées à la gestion des effectifs pléthoriques. Donc cette crise est liée à la massification. Vous vous rappelez que cette crise a commencé à la Flash. La Flash (Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines) abrite pratiquement la moitié des effectifs de l’Uac. Les effectifs de l’Uac à l’instant où je vous parle, c’est plus de 90.000 préinscriptions pour un peu plus de 80.000 inscriptions validées. Cela vous amène à comprendre que l’Uac, si on tient compte de ses effectifs héberge déjà quatre universités en une seule. En ayant vécu une crise comme celle-là, nous ne pouvons pas faire semblant. Il faut en tirer toutes les leçons ; et l’une des leçons que nous en avons retenues, c’est de permettre aux établissements, notamment les établissements à gros effectif, la Fast, la Fadesp, la Faseg et la Flash de pouvoir recruter les étudiants en fonction des infrastructures disponibles, donc de leur capacité d’accueil, mais aussi en fonction de leur capacité d’encadrement. C’est la raison qui a conduit l’équipe rectorale en accord avec les chefs d’entité à retenir le principe de lier les inscriptions dans les grosses facultés aux dépôts de dossier. Chaque établissement en fonction des critères rigoureux et objectifs va dire quelles sont les conditions qu’il faut remplir pour venir étudier à la Fast, à la Fadesp, à la Faseg et à la Flash. Donc la première chose sur laquelle je voudrais rassurer nos chers bacheliers, c’est que ce n’est une réforme qui exclut quelqu’un parce qu’il serait de parents moins nantis. L’université est ouverte à tout le monde. Si je prends l’exemple d’une faculté comme la Fast, elle a en première année trois grandes filières : la filière Cbg, la filière Pc et la filière Mp. Les collègues de la Fast au regard des problèmes qui sont les leurs, de leur capacité d’encadrement notamment ont retenu d’ouvrir leur faculté en première année de Cbg à 500 étudiants. C’est le minimum ; et ils ont prévu d’avoir une liste d’attente de 200 étudiants. Cette liste d’attente servira après les examens, puisque vous savez qu’à cause de la crise, les évaluations n’ont pas pu se faire. C’est en ce moment que ces évaluations sont en cours. Donc, quand on aura fait les examens, qu’on aura délibéré et qu’on aura proclamé les résultats, au regard du nombre d’échecs et de réussites, ces facultés pourront savoir si elles ont encore la capacité de faire venir d’autres étudiants en dehors des 500, si je prends le cas de la Cbg. En Pc, ils ont aussi retenu un effectif. Donc, les facultés vont tenir compte davantage des étudiants qui sont capables d’encadrer. Et les premiers bénéficiaires de cette réforme, contrairement à ce qui se dit, ce sont les étudiants. Parce qu’il est clair que, plus les effectifs sont importants, moins l’encadrement est efficient. C’est clair. Je donne un exemple d’un professeur que nous avons partagé avec le doyen de la Fast, un enseignement qu’il donne à un grand groupe (Pc), je dis par exemple en passant que en Mp, il nous a communiqué qu’ils étaient autour de 900 ; globalement, en termes de réussite, les chiffres tournent autour de 10% après délibération. Le même enseignement donné à des étudiants qui sont en effectif plus réduit conduit à des réussites inversées. Le pourcentage monte jusqu’à 80%. Cela veut dire que, plus on gère les effectifs qu’on a encadrés, plus cet effectif est gérable, mieux sont les résultats. Et ce que nous voulons pour nos étudiants, c’est éviter ces taux massifs d’échecs. Donc, c’est d’abord eux les premiers bénéficiaires, contrairement à ce que dit une certaine presse. La deuxième chose, nous avons mis l’accent sur les bacheliers. La deuxième chose, quels sont les critères à partir desquels cela se fait. Je prends l’exemple toujours de Cbg. Les collègues ont identifié un certain nombre de matières. Cbg, c’est Svt notamment, c’est Mathématiques et puis c’est Français. Donc, la note que le bachelier a obtenue au Bac, on prend cette note là, en Svt, ça fait coefficient 5, en Mathématiques ça fait coefficient 3 et en Français ça fait coefficient 2. A partir de ces notes là, la faculté procède à un classement. Donc, si c’est 500 étudiants comme c’est le cas en Cbg1, les 500 premiers sont d’office sûrs d’être autorisés à s’inscrire, sans tenir compte de leur sexe, sans tenir compte de leur origine sociale, sans tenir compte de leur origine régionale. Donc, cela se fait sur la base de critères objectifs ; et on ajoute à cette liste de 500, 200 autres. Cet exemple, il faut le multiplier au niveau des autres facultés où les critères rigoureux sont établis. Et c’est une commission dans chaque établissement qui va procéder à la sélection de ces bacheliers là. Je voudrais aussi informer nos chers compatriotes bacheliers de ce que même si on apprécie leur envie de s’inscrire à l’Uac, il faut qu’ils se rappellent que l’Uac n’est plus la seule université publique. Nous avons aujourd’hui, sept universités publiques dans lesquelles, ils peuvent retrouver les mêmes filières, la plupart des filières qui sont proposées à l’Uac. Donc, je les incite à chercher de ce côté-là aussi. Et même sur le seul campus de l’Uac, ils ne sont pas limités à une seule faculté. Ils peuvent envoyer des dossiers dans plusieurs facultés. Quelqu’un qui n’aurait pas réussi à se faire recruter dans la faculté A, il peut toujours tenter sa chance dans la faculté B. donc, les possibilités sont ouvertes à eux. Il faut qu’ils saisissent cette opportunité pour s’assurer une formation de qualité.

Et par rapport à la Flash, quel est le problème ?

La situation à la Flash est particulière. A l’instant, où je vous parle, la Flash est en plein examen. La Flash a fini les cours lundi dernier et les examens ont commencé dans cette faculté cette semaine. Il faut que les collègues évaluent. Je rappelle que ce sont les évaluations du second semestre. Quand ils auront fini de faire les évaluations, ils vont corriger, ils vont faire les travaux de secrétariat, ils vont délibérer, ils vont proclamer les résultats. Après cela, ils doivent organiser les examens de rattrapage pour les premiers et deuxièmes semestres. Et ces examens sont programmés pour le mois de Janvier. Après cela, ils vont procéder aux mêmes choses, à la correction, aux travaux de secrétariat, aux différentes délibérations et à la proclamation des résultats. Ce qui fait qu’avec le calendrier qui est établi, la Flash va se retrouver jusqu’à fin Mars entrain de régler les questions d’évaluation universitaire de l’année universitaire 2014-2015. Il est évident qu’une bonne partie de l’année est déjà compromise. Qu’est ce que les collègues ont dit ? Malgré cette situation assez délicate, nous allons voir dans quelle mesure on peut permettre à des étudiants de s’inscrire. Donc, le début de cette semaine, nous avons commencé à recevoir de la Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines, des offres d’inscription dans un certain nombre de filières. Quand on aura fait le cumul de toutes ces données, on va les mettre à la disposition du public pour que les nouveaux bacheliers soient informés des filières dans lesquelles aller s’inscrire dans cette faculté.

Les syndicats d’étudiants estiment que c’est une décision sélective. Ils disent que tant que le rectorat n’aurait pas revu sa décision, ils vont mettre l’université au chaos…

Chacun fait de sa vie ce qu’il veut. Je voudrais rappeler que ce ne sont pas des étudiants qui déterminent les critères d’inscription dans une université. Ils sont venus pour apprendre et ils étudient dans conditions prévues par l’institution. C’est la première chose que je voudrais ajouter. Ils ont dit que cette mesure est sélective. Est-ce qu’ils souhaiteraient…et je me rappelle pendant la période de la crise certains d’entre eux se sont posés la question de savoir si l’obtention du Bac suffit pour accéder à l’université ! S’ils le veulent, on va leur passer un certain nombre d’enregistrements qui contiennent ces propos là, pour dire que chacun de nous peut être bien inspiré à des moments donnés. La sélection fait partie de la vie ! On ne peut pas reprocher à une institution de choisir les gens qui vont y entrer. La seule exigence qu’on peut lui opposer, c’est que cela se fasse sur des bases objectives. Et je crois que les conditions d’inscription à l’université jusqu’à présent sont fixées sur des bases objectives. S’il arrivait, qu’il y ait tel et tel problème, qu’ils le posent. Nous sommes des êtres humains, on va corriger. Ce ne sont pas les étudiants qui déterminent les conditions d’inscription dans une université. Il faut que les rôles soient clairement définis.

Que fera l’étudiant dont le dossier serait rejeté par une faculté ? que fera-t-il s’il n’a pas les moyens de s’inscrire à Lokossa ou à Porto-Novo ?

(Rire). Je crois qu’il faut se rappeler que nous sommes un pays, le Bénin. Il y a des compatriotes dont les parents vivent loin de Cotonou et qui étaient obligés de venir à Calavi pour venir s’inscrire. Je crois que ces bacheliers ont maintenant la possibilité de s’inscrire dans une université qui est proche de leur localité de résidence. Donc, il ne faut pas peindre tout en noir. C’est une opportunité pour eux, plutôt que de venir à Calavi et de faire face à des problèmes d’hébergement, des problèmes de vie tout simplement. Je rappelle que l’Uac n’est plus la seule université publique. Nous sommes à sept universités publiques et si nos autorités ont pris cette décision, c’est parce qu’elles ont perçu la nécessité de prendre des mesures pour désengorger un peu l’Uac car plus de 80.000 étudiants, c’est intenable. Ce n’est pas un record dont on doit être fier. Il faut travailler à réduire ces effectifs.

D’aucuns disent que le rectorat aurait attendu d’avoir des universités dans toutes les communes du Bénin avant de prendre de telles mesures…

Non. Non. Non. Ce n’est pas viable. Personne ne peut avoir des universités dans toutes les communes. Ce n’est pas sérieux. Je crois que quand on veut réagir sur des choses sérieuses, il faut se donner la peine de réfléchir. Cela veut aussi que si je tiens compte de ce que nos chers amis disent, on ne fera aucune réforme. On va rester bloqués pendant que nous subissons des problèmes, pendant que nous avons des étudiants à plus de 6000 dans une seule filière alors que les plus grands amphis ne peuvent contenir que 1000 étudiants. Les 4000 ou 5000 autres suivent les cours comment ? Ce sont des questions qui interpellent tout responsable et nous, nous n’allons pas nous laisser distraire. Nous avons pris ces mesures là pour le bien des étudiants. La plupart d’entre eux comprennent ces décisions là. Maintenant qu’il y ait des personnes qui ne sont décidément d’accord avec personne, je crois que chacun fait son choix de vie.

Merci Monsieur le Vice-recteur.

Merci à vous.

Propos recueillis et transcris par Inès Zounnon