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ali-cFace à la polémique autour de la procédure de révision de la Constitution, Ali Camarou, ancien député à l’Assemblée nationale et actuellement conseiller municipal à Cotonou a apporté des clarifications au sujet de la procédure d’urgence demandée par le chef de l’Etat. En réponse aux questions de votre journal, il démontre que le président de la République ne pouvait que demander cette étude en procédure d’urgence. Lisez plutôt. 
Le Matinal : Quelle appréciation faites-vous du débat en cours depuis quelques jours  autour de la révision constitutionnelle ?
 Ali Camarou : J’ai écouté les uns et les autres. Le débat est passionnant. Et la première des choses à faire c’est de le dépassionner. Je voudrais me prononcer sur les qualificatifs qui accompagnent le projet de révision. J’interviens ici en tant qu’ancien parlementaire  qui avait siégé au sein d’une commission chargée d’étudier le projet de révision envoyée par le régime défunt. Dans cette affaire de révision de la Constitution, on n’a pas de pierres à lancer au Chef de l’Etat, car il a tiré la légitimité de cette révision de son élection à la tête du pays. Vous êtes d’accord avec moi qu’il n’a pas été élu avant de parler de révision de la Constitution. Durant toute sa campagne électorale, il a dit que s’il est élu, il va faire réviser notre Constitution, vielle de plus de 26 ans (en 2016). Il avait déjà dit qu’il fera un seul mandat et opérer des réformes qui permettront de booster le développement du Bénin. Et depuis près d’un an qu’il est au pouvoir, il s’attèle à tenir ce pari. Une commission a été mise en place et le Gouvernement a travaillé sur la base du rapport qui lui a été remis pour en ressortir le projet soumis au parlement depuis une semaine, environ.
 La procédure souffre-t-elle d’insuffisance ?
 A ma connaissance, elle ne souffre de rien. C’est la procédure demandée par le chef de l’Etat qui, surtout, fait l’objet de polémiques au sein de l’opinion publique alors qu’en réalité, elle n’ôte aucune étape  à la procédure ordinaire.  Je vous explique. Quand on vous demande d’étudier une loi en procédure d’urgence, c’est que vous vous occupez d’elle, tous travaux cessant. Vous n’allez rien  faire d’autre sans avoir fini d’étudier cette loi en question. La commission travaille jusqu’à finir et soumettre son projet à la plénière. Et donc, la procédure d’urgence ne veut pas dire qu’il faut escamoter les étapes du vote. Aujourd’hui, par exemple, les députés vont se retrouver à l’Assemblée nationale pour discuter sur le principe. Si 63 d’entre eux, c’est-à-dire les 3/4 sont d’accord, cela veut dire que la procédure sera enclenchée en commission. Et ici, il s’agit de la commission C4, saisie pour avis et la commission des lois, pour étude. A la commission des lois, les articles seront étudiés point par point. Les commissaires prendront le temps qu’il faut. A la fin, ils vont faire un rapport, voter et mentionner les avis et remarques faits au cours des travaux avant de l’envoyer à la plénière. Rien ne les pressera et personne ne leur mettra de pression, non plus. Seulement, ils sont des responsables et sauront qu’ils n’ont pas que ça à faire au cours de la session.
 Et ensuite…. ?
 En plénière, ce sont les représentants du peuple, quels que soient leurs bords politiques et leurs régions de provenance. A ce niveau, le débat sera ouvert. Chaque disposition sera décortiquée et amendée. Et le produit issu du vote sera la loi votée. Et cette loi est votée par tout le peuple. Nous parlons ici de la révision de la Constitution. Si après le vote, les 3 /4 du parlement sont favorables, cela veut dire que le referendum est activé. C’est au cas où la loi est adoptée par les 4/5, c’est-à-dire 72 députés sur les 83, que c’est fini. La population ne sera plus interrogée. La seule chose qui justifie le caractère urgent est qu’ils ne feront pas autre chose sans avoir vidé ce dossier de révision. C’est la seule différence qu’il y a entre la procédure normale et celle d’urgence. Et cette demande se fait pour empêcher les députés, en commission, de laisser l’étude en cours de chemin au profit d’une autre loi. C’est ce qui se fait et l’étude dure parfois des années sans aboutissement. Mais la demande de la procédure d’urgence rassure de ce qu’une fois démarrée, la procédure ira à son terme, quelle que soit l’issue. Et j’ouvre une parenthèse pour refuser ce que les gens font dire au chef de l’Etat en ce qui concerne le référendum. Le président de la République, avec toute cette procédure, ne peut pas connaître l’issue du vote au point de dire qu’on ira au référendum. Les gens sont en train de mentir sur son compte. C’est de l’intoxication.
La procédure d’urgence est prévue pour durer combien  de jours ?
Aucune durée n’est déterminée pour finir l’étude d’une loi en procédure d’urgence. Le règlement intérieur ne limite pas le nombre de jours à consacrer à l’étude d’une loi en procédure d’urgence, à ma connaissance, en tant qu’ancien parlementaire. Juste que la procédure d’urgence marque le caractère spécial du travail à faire et on ne peut l’alterner à d’autres travaux.
 Si au sein de la population, des gens ont des remarques à faire savoir au sujet du projet de loi portant modification de la Constitution du Bénin, à qui s’adresser ?
Le projet envoyé par le Gouvernement au Parlement n’est pas tombé du ciel. Ce n’est pas forcément un travail parfait. Si des gens ont des remarques ou des observations par rapport au travail fait par le Gouvernement, ils n’ont qu’à simplement s’adresser à la commission des lois ou à tout député pour faire  entendre leurs préoccupations. Les syndicats, les acteurs politiques et toutes les autres personnes peuvent s’adresser à n’importe quel député pour lui remettre leurs propositions et elles seront appréciées en commission ou même en plénière. Normalement, il ne devait pas avoir d’inquiétudes, ni de passion dans le débat en cours. Le Gouvernement n’a péché nulle part. Une loi peut aller à l’Assemblée nationale en costume ou tenue locale, mais en ressortir nue.
  Si vous deviez être au Parlement ce vendredi, allez-vous voter pour ou contre ?
 Je voterai pour le principe.
 Propos recueillis par Félicien Fangnon