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L’Usl de Sébastien Ajavon ne fait pas peur

Annoncée  comme une véritable machine de guerre pour contrer le régime en place, l’Union sociale  libérale (Usl) créée par l’homme d’affaires Sébastien Ajavon, samedi 24 mars 2018, ne fait finalement pas figure d’épouvantail et ne devrait pas  être source de soucis  aux forces adverses lors des prochaines élections.

Arrivé 3ème lors des élections présidentielles d’avril 2016, Sébastien Ajavon vient de créer son parti politique baptisé : « Union sociale libérale » (Usl).  Le  congrès constitutif qui s’est tenu samedi 24 mars 2018 à Djeffa , dans la commune de Sèmè-Podji, localité abritant les installations de ses entreprises, a été l’occasion pour le roi du poisson et de la volaille d’afficher  ses nouvelles  ambitions politiques. Il est désormais clair dans les  esprits des Béninois  que l’Usl s’engagera dans les prochaines élections législatives et communales dans le but d’avoir des sièges de conseillers tant aux niveaux local et communal, ainsi que des représentants au Parlement. Mais le principal objectif de Sébastien Ajavon est de conquérir le pouvoir d’Etat. Celui qui a juré la main sur le cœur de se tenir à l’écart  de la politique y est résolument engagé. Inconnu dans ce domaine avant la présidentielle de 2016, il en est devenu un des poids lourds. Riche et populaire, il est classé 3ème au 1er tour du scrutin. Son appétit à occuper le fauteuil présidentiel est plus que vorace.  Légitime ambition. Quoi qu’on dise, sa prestation lors des consultations de 2016 (22,96% des suffrages) le met dans la posture d’un sérieux candidat à la Marina.

Ce qui va ruiner ses acquis

De la remobilisation de ses cellules de base à la création de son parti, en passant par ses prises de position contre le régime Talon, Sébastien Ajavon veut préserver ses acquis obtenus lors de la dernière présidentielle. Mais un certain nombre de réalités qui sont déjà connues ne manqueront pas de le nuire. L’une de ces réalités est qu’après la présidentielle de 2016, la plupart de ses alliés sans le soutien desquels il n’aurait pas eu autant de voix (693 084 voix) ne font plus  route avec lui, du moins  pour le moment. Les choses peuvent évoluer dans les mois à venir, mais c’est un fait. Lors des tractations  de la création de son parti, on ne les a pas aperçus. A la tribune des invités au congrès constitutif de l’Usl, on s’attendait à retrouver des alliés de 2016 comme  Saka Fikara, Rachidi Gbadamassi,  Mathurin Nago, Janvier Yahouédéou, Cyriaque Domingo, Emmanuel Golou, Valentin Aditi Houdé et bien d’autres. Mais ce n’était pas le cas. Nombre d’entre eux filent déjà le parfait amour avec le régime du Nouveau départ. S’il n’a pas pu convaincre ou inviter ces derniers à venir à son congrès, cela pose un problème. Du coup, on peut se permettre de dire que Sébastien Ajavon s’est révélé incapable de réunir de grandes figures de la politique béninoise à ses côtés. Il apporte ainsi de l’eau au moulin d’une certaine opinion qui trouve qu’il avait conclu des accords avec ses alliés en misant sur son poids  financier et non sur un idéal politique. S’il était encore prêt à mettre la main à la poche, ces mêmes leaders à quelques exceptions près, seraient à ses pieds. Si les soutiens à l’homme d’affaires étaient maintenus ou chevillés à un idéal, alors il n’y a pas de raison que beaucoup intègrent l’Usl, ou tout au moins, viennent apporter un message d’encouragement. Dans le même temps, on retrouve plutôt à ses côtés ceux qui n’avaient pas milité pour sa cause. Le  député Basile Léon Ahossi fait partie du bureau politique de l’Usl pourtant il n’avait pas soutenu Sébastien Ajavon. L’ancien fonctionnaire des douanes qui a de sérieux  arguments à faire valoir sur le terrain politique quitte ainsi l’Undp et l’Union fait la Nation pour rejoindre l’Usl. Cela annonce de chaudes empoignades électorales entre ses anciens colistiers et lui lors des prochaines échéances électorales à Athiémé, sa commune natale. Léon Basile Ahossi n’est pas une quantité négligeable, tout comme son ancien collègue Zéphyrin Kindjanhoundé, qui devra laisser son parti Udd Wolguêdê  dont il était le président. Egalement membre du bureau politique, André Dassoundo, ancien leader Fcbe dans les Collines. Mais ces deux derniers n’arrivent plus à tirer leur épingle du jeu et espèrent reconquérir leurs sièges de député sous les couleurs de l’Usl. S’ils comptent briller, cela nécessite de leur part des moyens financiers colossaux, à l’image de l’étalage de trésor de guerre dont a fait preuve leur leader, Sébastien Ajavon pour se hisser 3ème aux présidentielles. Au regard de ses expériences, on se demande si le roi du poisson et de la volaille aura toujours la bourse facile pour financer à tout va, les besoins de ses lieutenants? Vu que ses sociétés sont moins performantes et accablées par un redressement fiscal de plus de 160 milliards de Fcfa, l’homme d’affaires aura cette fois-ci assez de réticences à mettre de l’argent dans la politique. C’est cela l’autre réalité qui ne manquera pas d’avoir des conséquences négatives sur les missions et les ambitions de l’Usl. Ainsi, il nous semble qu’on est en face du nouveau parti auquel on veut donner une dimension, une popularité acquise par son leader au sortir de sa participation au scrutin présidentiel de 2016. Or, Sébastien Ajavon ne fera plus ce qu’il a fait, non seulement en termes de mobilisation, mais aussi en matière d’étalage de moyens financiers. C’est déjà un grand handicap pour son parti.

Un mauvais départ  

Sébastien Ajavon  semble filer  le parfait amour avec l’opposition qui malheureusement n’était pas au grand complet à son congrès de samedi dernier. En dehors de Nicéphore Soglo qui y était et dont le discours était très mesuré, le reste de l’opposition était bien maigre. Yayi Boni, absent, s’est fait  représenter par Valentin Djènontin. Candide Azannaï a brillé par son absence. Les autres forces qui combattent le régime étaient également absentes. Quant à Léonce Houngbadji, en quête d’une renommée politique, bien qu’il soit présent, n’a pas retenu les attentions. On peut s’en interroger.  Il y avait certes la foule, mais était-elle composée de militants  et sympathisants  de l’Usl ? Peut-être. Dans la pratique, ces déplacements de la population vers des lieux de meeting ne sont pas spontanés. Pour la seule ville de Cotonou, les organisateurs  ont délivré vingt-six invitations par quartier. Après le congrès, les participants attendent toujours leurs sous.  Les  grands rassemblements  ne permettent pas au Bénin de déterminer le niveau de militantisme ou d’adhésion à la cause d’une personne ou d’une organisation politique. Si c’était le cas, les meetings suffisaient pour prédire la victoire d’un candidat à une élection.  D’aucuns diront qu’au regard de la performance de Sébastien Ajavon aux présidentielles de 2016  et vu  la grogne sociale, il a une avance considérable sur le terrain et que facilement  la sympathie de la population ira de  son côté. C’est peut-être vrai. Mais, depuis des mois, la population a la tête ailleurs et est très peu encline à croire aux  hommes politiques et à prendre faits et causes pour ces derniers. Les Béninois affichent de la réticence face aux discours des acteurs politiques. Sébastien Ajavon n’est pas du reste. Et il serait illusoire de sa part de  croire   que son score aux dernières élections lui garantit le soutien de la population et l’ancrage de son parti sur l’échiquier politique.

FN