Spread the love

justice1Les pages de la première session des assisses de cette année se sont refermées hier mercredi 23 mai 2018. L’assistance collée à son siège (des instants après le verdict) était saisie par les sanglots de la sœur de l’un des accusés pratiquement inconsolable. Son frère Armand Kantchékon repart égrener 7 ans 7 mois en prison après 2 ans et quelques mois de liberté provisoire.

L’ex-fonctionnaire de la Police nationale Armand Kantchékon écope une peine de 12 ans de travaux forcés. Il a exercé pendant des années, mais sa carrière a été écourtée à la suite d’une série d’actes qui l’ont conduit par deux fois en prison. L’un pour faux et usage de faux où il a retiré plusieurs millions au nom de son responsable hiérarchique et l’autre toujours pour une affaire d’argent avec un autre de la Police. Ejecté donc il s’est retrouvé errant sans ressource quand il fit la connaissance du sieur Augustin.  Ce jeune-homme était en fait le cerveau d’une bande de braqueurs. Assez intéressé par le profil d’ancien policier d’Armand, il lui fit une proposition que ce dernier ne boudera pas. Il lui a demandé de faire partir de sa bande de braqueurs pour opérer. Contrairement au scénario connu de tous qui consiste à utiliser la force pour emporter le butin, Augustin lui proposa une formule non violente qui l’a séduit tout particulièrement. Il s’agissait en réalité d’user de son titre de policier pour opérer des perquisitions dans les domiciles des victimes qu’ils auraient identifiées à l’avance et qui détenaient de l’argent chez eux. Armand accepte de façon assez spontanée l’offre et rejoint la bande parmi laquelle figurait l’un des cerveaux, le sieur Liamidi Olawolé Olassounkanmi, vulcanisateur de profession.

 Première opération échouée, succession de réussite

 La première opération selon leurs explications à l’audience du 23 mai 2018remonte à 2011 au domicile de l’ancien maire d’Allada Mathias Djigla. Augustin, le métronome du groupe a eu l’information selon laquelle l’épouse du maire serait rentrée avec une importante somme d’argent. La stratégie étant connue, ils prirent départ de Cotonou pour Allada à bord du véhicule du sieur Armand. Selon les explications de ce dernier, ils avaient effectué l’opération parce qu’ils étaient sûrs que l’époux de la cible ne serait pas à la maison. « Dès que je suis rentré dans la maison et que j’ai entendu la voix de l’époux, je me suis dit qu’on a fait flop »,a-t-il fait savoir. Pourtant ils ont insisté. Il s’est fait délivrer un faux ordre de mission et a demandé au sieur Djigla de se rendre disponible pour que la perquisition se fasse en toute tranquillité. Mais les choses ne se passeront pas aussi simplement. Car dans la foulée, le propriétaire des lieux a menacé d’appeler le commissaire d’Allada. Ayant vu l’allure que prenait les discussions, ils ont demandé au maire d’alors de se rendre ensemble chez le commissaire. Sur la voie, ils prennent un détour et disparaissent dans la nature. Premier coup, premier échec. Le second coup a eu lieu à Gbèdjromèdé le 2 juin 2011. Le scénario est le même sauf que, cette fois-ci la bande a retrouvé le sourire. 8 millions de FCfa ont été emportés sans crépitement d’arme sous le fallacieux de perquisition au domicile de Antoinette Dégila. A la manette toujours Armand, son allié Liamidi et deux autres dont un est décédé et un autre en fuite. « Ce jour, je suis rentré avec 1 million FCa, Armand aussi », affirme Liamidi. Le troisième coup a eu lieu aux encablures de Missèbo. A ce niveau Armand a pris le devant des choses. En fait, Moussa Kassim (en fuite) a informé Liamidi qu’il est ami à un chauffeur dont le propriétaire qui est une commerçante fait souvent des retraits de forte somme d’argent. Pour ce coup en douce, Armand a changé de rôle. Il s’est posté au carrefour en tenue de policier et a commencé par réguler la circulation. En embuscade Liamidi et ses compères. Ayant reçu du chauffeur l’information selon laquelle ils emprunteront l’itinéraire de Armand, ils étaient positionnés. Quelques minutes plus tard, le véhicule apparaît et Armand en bon policier l’interpella. Il demande  les pièces du véhicule au chauffeur (qui était naturellement dans le coup). Il souffla à Armand que le sac à sou se trouvait juste à côté du propriétaire. Liamidi prend le devant et intimida cette dernière. Il la distrait un peu et s’empara de l’argent. La bande monte chacun sur une motocyclette tenue en embuscade et conduite par leurs compères. Les deux prennent la direction de Caboma où attendait déjà stationné un véhicule à bord duquel ils allaient prendre la fuite. Opération réussie donc, 11.838.000 Fcfa dans la cagnotte. «  Dans ce coup, j’ai pris 1 million mais dans le véhicule Armand et moi avions soutiré des sous. Au finish on s’est tiré chacun avec plus de 3 millions », a fait savoir Liamidi. Fin de l’histoire. A la barre hier, les accusés ont collaboré. Ils ont avoué les faits et expliqué dans les détails les modus operandi.

 La défense « à genoux » plaide coupable

 Le Ministère public représenté par le Procureur Général Emmanuel Opitaa requis à l’encontre des deux accusés 15 ans de travaux forcés. Ses réquisitions adossées aux éléments constitutifs de l’infraction véhiculaient également une leçon de morale essentielle. L’avocat général a tenu dans ses réquisitions, à sanctionner la recherche maladive du gain facile qui a hanté pendant tout le parcours les deux accusés. Cette recherche a coûté à Armand son poste pourtant paisible et l’a conduit à des actes contre nature. Idem pour son compère qui a choisi de divorcer avec son boulot originel pour le vol. L’avocat général a par la suite relevé chacun des éléments constitutifs de l’infraction. L’acte posé par Armand et Liamidi trouve selon lui, son fondement légal dans les dispositions des articles 265, 266, 267 et 81 al 1 du code pénal. La défense de son côté plaide coupable et sollicite la clémence de la Cour.  Au terme des débats, la Cour déclare coupable de crime d’association de malfaiteurs et vol qualifié les nommés Armand Kantchékon et Liamidi Olawolé Olassounkanmi. Il condamne le premier à 12 ans de travaux forcés et le second à 10 ans de travaux forcés. Liamidi étant en détention depuis 2011, il repart égrener environs 3 années. Armand a entre-temps bénéficié de deux ans et quelques mois de liberté provisoire, il repart en prison pour purger 7 ans 7 mois.

 HA