Spread the love

sceau de la justiceLa seule infraction inscrite au rôle des sessions d’assises, relative à l’avortement était au cœur des débats mardi 22 mai 2018 à Cotonou. Le présumé auteur et complice Tchakirou Bogninou et Fabien Tchadoukpè ont été appelés à la barre pour être entendus. Leurs explications ainsi que les plaidoiries de leurs avocats n’ont pas tranché en faveur de leur libération. Ils ont été condamnés à 6 ans de travaux forcés après 4 années de détention.

Les accusés Tchakirou Bogninou et Fabien Tchadoukpè retournent en prison pour deux ans. C’est la sentence de la Cour qui les condamne à 6 ans d’emprisonnement dans une affaire d’avortement ayant entraîné la mort. De quoi retourne leur dossier ? Les faits remontent à janvier 2014. Fabien, l’un des accusés d’hier, était photographe. Il a des apprentis au nombre desquels la jeune Yabo Bankolé, âgée de 20 ans au moment des faits. Apparemment tombé sous le charme de celle-ci, il a commencé assez discrètement par entretenir des relations intimes avec elle. De cette entreprise entre patron et apprentie, grossesse en est résultée. Fabien a refusé d’accepter la grossesse et proposé la voie de l’avortement. Il a mis son plan en œuvre en conduisant la victime dans la clinique privée de Tchakirou Bogninou. Cet aide-soignant a procédé à l’expulsion du fœtus par aspiration. L’exercice n’a visiblement pas réussi, car de retour chez elle, la victime s’est mise à gémir et à se plaindre de maux de ventre. Conduite d’urgence par ses parents à l’hôpital de zone de Sakété puis référée au Centre hospitalier départemental de l’Ouémé et du Plateau, elle rendit l’âme 12 jours plus tard. A la barre hier, les deux accusés ont reconnu les faits un peu comme ils l’ont fait à toutes les étapes de la procédure. Tchakirou Bogninou, l’aide-soignant,tout en pleures n’avait de mot que les supplications. Beaucoup de phrases diffuses entrecoupées d’émotions vives, de regret amer, bref les accusés ont suffisamment pris la mesure de la gravité de l’acte. Une prise de conscience qui ne saurait effacer l’incrimination. Dans ses réquisitions, le Ministère public représenté par Virgile Kpomanlégni, a rassemblé un à un les éléments constitutifs de l’infraction. Visant les articles 317, 309 al 4 et 59 et 60 du Code pénal, il a posé les bases de l’élément légal du crime d’avortement suivi de mort. A son avis, l’acte posé par l’accusé et son complice entre dans la droite ligne de la qualification en raison des éléments matériels qui renforcent l’infraction. Sur l’élément moral, Virgile Kpomalégni a fait savoir que le crime d’avortement est une infraction spécifique pour laquelle la recherche de l’intention de provoquer la mort est indifférenciée. En d’autres termes, il n’existe pas d’avortement ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La défense a plaidé au principal le doute et au subsidiaire la clémence. Le doute de la défense réside justement dans sa difficulté à comprendre les réelles raisons du décès de Yabo. Est-ce vraiment l’échec de l’avortement ou l’inadéquation des soins administrés au niveau des centres de santé qu’elle a parcouru avant son décès ? Le flou à ce niveau n’a pu être appréhendé par les avocats. Me Agathe Affougnon, pour sa part, a souhaité qu’on cesse de jeter la pierre aux accusés. « Combien d’hommes mariés, et pas des moindres, n’entretiennent pas des relations intimes avec des filles et leur demandent d’avorter quand elles tombent enceinte? Cela se passe tous les jours. C’est ce que notre société est devenue. Qu’on ne jette la pierre à personne », a-t-elle vociféré. Au terme des plaidoiries, la Cour présidée par Zacharie Dah-Sékpo a condamné  Tchakirou Bogninou et Fabien Tchadoukpè à 6 ans de travaux forcés. En détention depuis avril 2014, ils doivent égrener encore deux ans derrière les barreaux.

 HA