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Tribunal de CotonouRodrigue Ayigo s’est fait conduire mercredi 25 avril 2018 au Tribunal de Cotonou dans les mêmes conditions qu’il avait l’habitude de conduire les prévenus et accusés en tant que conducteur de véhicule administratif. Devant la Cour, il a écopé d’une peine de 7 ans de travaux forcés pour avoir donné des coups mortels.

L’accusé du mercredi 25 avril 2018 se nomme Rodrigue Ayigo. Brigadier de paix, en service à la Direction des affaires criminelles au moment des faits, il a été mercredi 25 avril 2018 à s’expliquer de son acte devant les juges. Le verdict final est sans appel : 7 ans de travaux forcés. Qu’est-ce qui a pu bien se passer? Les faits remontent au 4 décembre 2015. Ce jour pourtant ordinaire dans la vie du Policier qu’il est, était quand même déterminant dans le processus du crime qui portera ses empreintes. En effet, Rodrigue a été invité par ses supérieurs à diriger une équipe d’intervention pour interpeller un jeune homme en conflit avec la loi. Le nommé Osséni Ibrahim faisait l’objet d’une recherche par l’Interpol pour une affaire d’abus de confiance au Nigeria. Motivé et dévoué, l’agent de Police, accompagné de 3 de ses pairs, s’est porté au domicile de celui-ci. Sur les lieux, Ibrahim a opposé de la résistance. Les éléments ont tenté de le maîtriser, mais le jeune homme était visiblement bouillant. Dans la foulée, il a porté un coup de tête au visage du Gardien de paix, Rodrigue, (seul agent en uniforme de l’équipe). L’adrénaline a monté d’un cran, mais il n’y a pas eu d’affrontement. Les éléments ont réussi à le conduire à l’unité de Police. C’était le vendredi 4 décembre. Les témoignages recensés hier ont rapporté que le sieur Ibrahim a eu une blessure à la tête, après sa descente du véhicule. En garde à vue vendredi, Ibrahim y est resté jusqu’au lundi. Mais le dimanche était l’heure de permanence de celui à qui  il a porté le coup de tête en l’occurrence l’accusé d’hier. Ce jour donc, Rodrigue sortit  Ibrahim de sa cellule de gardé à vue, lui passa les menottes, le laissa et alla emprunter au commissariat spécial de Police d’Agblangandan un matraque. Il revint et le roua de coups. Découvert le lendemain dans un état de santé critique, Ibrahim a été conduit  sur instruction du Chef de l’unité au Centre de santé de la Police puis référé au Centre national hospitalier et universitaire Hubert Maga où il rendit l’âme le 15 décembre 2015. Devant les juges, l’accusé n’a pas nié avoir porté des coups, mais a refusé de reconnaître que ces coups sont à l’origine de la mort de l’intéressé. Il a presque juré la main sur le cœur qu’il n’a à aucun moment eu l’intention de commettre un meurtre et qu’il s’est agi, en réalité, d’une coïncidence bien malheureuse. Les parents, proches de la victime et les collègues de l’accusé ont apporté leur version des faits. Du côté de la victime, il y a l’un des cousins qui a déclaré qu’il était présent ce dimanche soir et qu’il a vu le sieur Rodrigue en sang. « J’ai tenté de le prier de me permettre d’amener mon cousin à l’hôpital, mais il m’a menacé. Le lendemain, j’ai vu mon cousin dans un état critique encadré par deux agents et conduit hors des lieux », a-t-il déclaré. A chaque fois qu’il a été interrogé, Rodrigue est resté constant. Selon lui, on tente juste d’exagérer les faits. Les coups portés, a-t-il soutienu vertement ne sont pas si forts pour donner la mort. L’examen psychologique et l’enquête de moralité de Rodrigue témoignent qu’il est un homme exemplaire et dévoué. 

 Coups, blessures et mort

 Y-a-t-il vraiment de lien réel et suffisant entre les coups donnés et la mort qui en est suivie ? L’auteur de l’infraction, dans le feu de l’action, avait-ils réellement l’intention de donner la mort ou simplement de corriger la victime ? La victime souffrait-elle d’affection particulière qui a accéléré son décès ? Quel est le niveau de responsabilité de l’auteur ? Les questions étaient remuées dans tous les sens. Le Ministère public représenté par l’Avocat général Florentin Gbodou a dans ses réquisitions, soutenu qu’il existe bel et bien un lien de causalité  entre les coups portés et le décès. Il a toutefois introduit le bémol que les coups ne sont pas les seules causes du décès de Ibrahim. Pour s’en convaincre, il a interrogé les pièces du dossier. En fait, selon les conclusions du médecin urgentiste,  Ibrahim couvait une pathologie pulmonaire aigue. Les coups portés ont-ils favorisé le déclenchement de ce malaise et accéléré le décès ? Des hypothèses, selon l’avocat général, peuvent permettre de l’explorer. Egalement, par rapport aux coups, les conclusions du médecin légiste sont allées dans le sens que les coups portés n’ont pas entraîné un traumatisme crânien pouvant être la cause d’un quelconque décès.  Bien qu’il ait reconnu que les infractions de coups mortels et même d’abus d’autorité soient constituées, l’avocat général a éprouvé de la difficulté à établir que lesdits coups assenés à Ibrahim ont été la cause de son départ brusque. Il a requis 10 ans de travaux forcés avec large circonstance atténuante. La défense, un peu confortée, est allée plus loin et en demandant la disqualification pure et simple de l’infraction de coups mortels en coups et blessures volontaires. L’avocat de la partie civile était devenu inconsolable. Me Paul Kato Atita a demandé à la défense de sortir alors Ibrahim. « Si vous dites qu’il n’y a pas eu mort et qu’il n’y a eu que des coups et blessures, alors présentez-nous Ibrahim », a-t-il lancé. Il a également balayé l’argument d’affection pulmonaire. Au terme des débats, la Cour a maintenu la qualification et condamné l’accusé à 7 ans de travaux forcés. Les intérêts civils sont renvoyés à une session ultérieure.

HA