Spread the love
Michel Adjaka, président de l'Unamab
Michel Adjaka, président de l’Unamab

Alors que la pénurie et la pauvreté de la ration alimentaire servie aux détenus et prisonniers faisaient craindre le pire dans les prisons, une nouvelle difficulté secoue actuellement la plupart des maisons d’arrêt. Il s’agit de la suspension du transport des détenus pour non payement du prestataire par le gouvernement. Conséquence : les prisons déjà surpeuplées ne désemplissent plus les détenus ne pouvant être présentés aux magistrats.

Nommée lors du dernier remaniement, la ministre de la Justice, Me Evelyne da Silva épouse Ahouanto, tient un premier dossier à traiter. Elle doit s’occuper du cas des détenus abandonnés par le gouvernement, les activités judiciaires n’étant pas financées dans leur intégralité. En effet, qu’il vous souvienne qu’en 2011, le gouvernement, soucieux de rapprocher la justice des justiciables, a modifié la carte judiciaire du pays en créant cinq nouveaux tribunaux à savoir à Djougou, à Savalou, à Aplahoué, à Pobè et à Allada. Contrairement à la norme qui veut que chaque juridiction ait sa maison d’arrêt ou prison, les nouvelles juridictions sont, à ce jour, sans prisons civiles, ni maisons d’arrêt. Pour remédier à cette situation, le gouvernement a dû faire recours aux anciennes maisons d’arrêt réputées pour leur surpeuplement et insalubrité pour recueillir et accueillir les détenus des nouvelles juridictions. Or, l’implantation d’une nouvelle juridiction étant « un excitant pour le degré de juridicité », les anciennes maisons d’arrêt, qui n’étaient déjà pas aux normes, sont aujourd’hui quasiment pleines à craquer. Faute de moyens de transport de détenus, les magistrats sont contraints de programmer et de tenir les audiences de flagrant délit devant rapidement contribuer à désengorger ces maisons d’arrêt une fois par mois. Pour présenter les détenus à ce précieux rendez-vous mensuel, le ministère de la Justice a conclu un contrat de transport avec un transporteur privé. Curieusement, le gouvernement s’est abstenu de payer ce transporteur depuis des mois. En réplique, celui-ci a suspendu le transport des détenus. Selon nos sources, pour contourner cette nouvelle épreuve, les détenus de certaines juridictions du pays, pour éviter de s’éterniser dans les maisons d’arrêt, ont dû se cotiser pour bénéficier des services salvateurs du transporteur. Mais le problème n’est toujours pas réglé. D’autant que la plupart des prisons ne désemplissent pas. Les détenus font des efforts sans pouvoir parvenir à sortir du calvaire. En effet, ils ne sont pas tous en mesure de se cotiser de l’argent pour le transport vers les juridictions où attendent des magistrats désœuvrés et exaspérés de voir des prisons pleines à craquer sans pouvoir avoir la possibilité de faire leur travail. A cette allure, on peut craindre des débordements dans les prisons avec le risque d’évasion de détenus assoiffés de liberté, mais maintenus dans les liens de la détention sans jugement.

 Le budget consacré à la justice trop limite

 Selon le président de l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab), Michel Adjaka, le budget consacré à la justice est insignifiant et ne peut couvrir le financement intégral des activités judiciaires. « Ce drame soulève la récurrente équation du financement du secteur de la justice. Avec un budget estimé à moins de 1 % du budget national, soit environ 12 milliards de francs Cfa par an, il est impossible à la justice béninoise de faire face à ses missions régaliennes (….) », a-t-il laissé entendre. En plus, il est déçu qu’au Bénin, le prisonnier ou le détenu soit traité comme un paria et que la prison soit considérée comme un mouroir. « Seuls ceux qui sont libres de leur mouvement peuvent aider ceux qui en sont privés; contribuons à l’amélioration des conditions de séjour dans nos maisons d’arrêt », a-t-il insisté dans un post sur son compte Facebook.

 Epiphane Axel Bognanho