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cour-abomeyLa première session de la cour d’assises d’Abomey a connu son 5ème  dossier  relatif à un  meurtre dans lequel  Catherine Sambiéni, la principale accusée a été condamnée à 10 ans de travaux forcés. C’était  le vendredi 18 mai 2018, aux assises de la Cour d’appel d’Abomey. 

Pour avoir donné la mort à sa coépouse à cause du gari, Catherine Sambiéni est maintenue dans les liens de la justice pour passer  encore 4ans derrière les barreaux. En effet,  de quoi est-il réellement question ? Emile Kouagou, 38 ans originaire de Matéri dans l’Atacora  est un polygame. Cultivateur, dans une ferme à Sinlin, un village d’Idadjo situé dans l’arrondissement de Gbanlin, Commune de Ouèssè, il vit ensemble avec ses quatre épouses. Le mardi 08 mai 2012, alors qu’il sonnait  20 heures, une dispute s’est éclatée entre les coépouses Elisabeth Sabi et Catherine Sambiéni. L’utilisation abusive du gari fourni par leur mari était à l’origine du différend. A la suite des escalades verbales, la dispute a fini par dégénérer  en une  bagarre au cours de laquelle Catherine Sambiéni a,  à coups de couteau, poignardé  Elisabeth Sabi juste au niveau  de la clavicule gauche. Celle-ci succomba et rendit l’âme sur-le-champ. Aussitôt après son forfait, Catherine Sambiénia pris la fuite. Le lendemain, après   une battue,  elle sera retrouvée dans une ferme voisine dénommée «Petit Paris». Interpellée et inculpée de meurtre, elle a reconnu les faits tant à l’enquête préliminaire que devant le magistrat instructeur. A la barre, l’accusée a reconnu avoir poignardé sa coépouse sans avoir l’intension de lui donné la mort. « En réalité, je voulais juste l’effrayer ou la blesser », a-t-elle soutenu avec une voix tremblante. Son casier judiciaire ne porte mention d’aucune condamnation. L’enquête de moralité lui est favorable et, selon les conclusions de l’expert psychologue, elle ne présentait pas, au moment des faits, des troubles psychologiques et psychiatriques pouvant, avoir d’incidences sur son comportement. Mais que s’est-il réellement passé ? Pourquoi tu es allée chercher un couteau pendant que ton adversaire a les mains nues ? Y avait-il une querelle entre vous deux? A demandé la cour.  Non ! a répondu l’accusée tout en  reconnaissant qu’il n’y avait jamais eu de dispute entre elles. Elle a ajouté  que le jour de la bagarre, elle avait juste l’intention de rappeler sa coépouse à l’ordre face au gaspillage noté en ce qui concerne les aliments de la famille. C’est ainsi que  la dispute a commencé par dégénérer en une bagarre ayant conduit la mort d’Elisabeth. « Depuis que suis en prison, j’ai des remords suite à ce qui s’est passé », a-t-elle regretté. Cette réponse n’a pas convaincu l’avocat général.

 Une réquisition sévère

 «Ce n’est pas vrai ! », a rétorqué le ministère public représenté par Edwige Tangni. Dans ses réquisitions, après avoir rappelé les faces cachées du mariage polygamique elle a indiqué que les méfaits de cette forme de mariage ne sont plus à démontrer dans notre société. « Malheureusement, la mort d’Elisabeth Sabi en est une illustration tangible. Une évidence que  la responsable de cette mort est bien l’accusée Catherine»,a-t-elle fait remarquer à la cour en rappelant l’article 8 de la constitution du Bénin qui stipule que « la vie humaine est sacrée ». Et, quiconque la viole doit subir la rigueur de la loi. Elle est allée plus loin en évoquant les éléments constitutifs du meurtre.  Il s’agit de l’élément matériel, intentionnel et légal. Suite à une analyse bien argumentée,  l’avocat général a retenu contre   l’accusée 15 ans de travaux forcés. « C’est exagéré ! », a constaté  la défense assurée par   Me EnoschChadaré. A l’en croire,  il s’agit d’un drame familial. Une dispute entre coépouse qui a dégénéré. Et, « l’accusée a dit qu’elle voulait juste faire peur ou blesser sa coépouse ». Me Chadaréa demandé à la cour de requalifier les faits. Selon lui, il s’agit de l’infraction de coups mortels et non de meurtre. « Nullement, Catherine n’avait l’intention de donner la mort »a-t-il dit. En insistant sur les conditions pénibles de vie de l’accusée ayant à charge le petit Moussa d’environ 7ans,  Me Chadaré demande à la cour de condamner sa cliente  à 6 ans de travaux forcés, le temps déjà passé en prison afin de permettre au petit de recevoir une bonne éducation. Le ministère public est revenu à la charge pour dire  que « le droit ne s’accommode point avec la compassion » et que « l’accusation de meurtre est bel et bien fondée ». La cour a condamné Catherine Sambiéni à la peine de 10 ans de travaux forcés. Elle retourne donc dans sa  cellule pour y passer encore 4ans avec son enfant Moussa.

 Zéphirin Toasségnitché 

(Br : Zou/Collines)