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livreLe « levier monétaire » des politiques économiques est ce qui manque aux gouvernants des pays ayant en partage l’usage du franc Cfa pour s’assurer une croissance économique soutenue. Telle est l’affirmation que s’est évertué à démontrer le journaliste béninois, Aubin R. Towanou, dans son ouvrage, paru en juin 2016, aux éditions Savane et intitulé « Pauvre franc Cfa ! ». Un livre dont l’édition a été soutenue intellectuellement par les économistes pasteur Emmanuel Just Akpo (préfacier) et Codjo Dado, tous deux enseignants-chercheurs à l’Université d’Abomey-Calavi. L’auteur est à sa 6ème publication dont trois essais que sont « Quand la médecine tue impunément », « Lettre à ma fille » et « Destin du Bénin ».

« L’appréciation qu’on peut porter sur le franc Cfa dépend du prisme de lecture que l’on choisit pour approcher chacune des caractéristiques de cette monnaie. Ainsi, sur la base d’un raisonnement conduit autour d’une même particularité du franc Cfa, il peut arriver que l’on conclût qu’il s’agit de la meilleure monnaie qui puisse exister, pendant qu’un autre angle d’analyse aboutit à une conclusion contraire ». Telle est la ligne de conduite suivie par Aubin R. Towanou. Restant dans cette approche, et de manière détachée, l’auteur de « Pauvre franc Cfa ! », est parti des fonctions et de la nature d’une monnaie en général pour aboutir aux caractéristiques particulières du franc Cfa. Ainsi, apporte-t-il au public des éléments d’appréciation lui permettant de porter lui-même un jugement de valeur sur la monnaie qu’utilisent les agents économiques des pays appartenant aux zones franc (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Équatoriale, Tchad et aussi Les Comores). Pour l’auteur, le caractère communautaire des deux francs Cfa à savoir celui de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) ainsi que celui de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) est un atout essentiel à conserver et à promouvoir. Cependant, il importe de réformer la forme actuelle des francs Cfa en rendant ces monnaies flexibles afin qu’elles obéissent aux lois du marché.

Libérer le marché monétaire…

Aubin Towanou soutient qu’on ne peut être dans une économie libérale en faisant valoir la loi de l’offre et de la demande seulement en ce qui concerne le marché des biens et services, ceux des titres et du travail en supprimant de fait la liberté sur le marché de la monnaie. La fixité rigide avec une monnaie forte comme l’Euro, l’existence du compte d’opération au Trésor français sont, pour l’auteur, des boulets dont il faudra se débarrasser pour prétendre insuffler une dynamique de développement dans les pays concernés. Il illustre son propos en rapportant que, disposant du levier monétaire, le Nigeria, suite à la baisse du cours du pétrole, a déjà opéré plusieurs dévaluations de sa monnaie, mettant ainsi en difficulté les économies des pays limitrophes, tous membres des zones franc. Aussi, le faible taux de crédit ne permet pas de financer l’activité économique en vue de doper la croissance. Il estime que la limite de 2% de taux d’inflation est suicidaire pour ces économies, toutes sous-développées, en proposant au moins 5% et au plus 8% comme taux soutenable pour véritablement financer le développement.

Il rapporte que la monnaie est un pouvoir et c’est celui qui le contrôle qui gouverne le pays qui l’utilise. Ainsi, il préconise que les gouvernants des pays concernés relancent le débat sur le franc Cfa avec les autorités françaises pour engager les réformes nécessaires à la modernisation de leur monnaie afin qu’elle soit un outil de développement économique et social. Notons que le livre d’Aubin Towanou a été apprécié avant sa publication par Faustin Zinsou, administrateur des impôts et des domaines, et Mesmin Hounkpè, administrateur en gestion commerciale, consultant formateur et postfacé par le journaliste-écrivain Jérôme Carlos.

Abdourhamane Touré