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boni_yayi_04-2-e6432Une journaliste béninoise, outrée par les excès et la gestion catastrophique du régime Yayi a décidé de réagir. A travers cette lettre adressée au Chef de l’Etat, le cœur meurtri et désespérée, elle voudrait que le tir soit corrigé au plus tôt, pour le bonheur des Béninois et Béninoises. Lire sa lettre….

Lettre ouverte à Monsieur Thomas Boni Yayi,

Président de la République du Bénin

Monsieur le Président,

J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 17 août 2015, alors qu’un vent de frénésie souffle sur notre pays, au lendemain d’élections législatives et municipales, au moment où certains de nos compatriotes (fils légitimes du Bénin) qui s’étaient exilés ont décidé de rentrer au bercail, et surtout à quelques mois des élections présidentielles. Je veux, par la présente, user de mon droit citoyen d’interpeller le Président de la République.

Mais au-delà du droit, vous êtes, aujourd’hui, en tant que garant de l’unité nationale, de la paix et de la sauvegarde des acquis démocratiques, la seule personne à qui j’ai le devoir de m’adresser. Si vous portez cette étoffe unique, c’est grâce à la volonté du peuple. Des hommes et des femmes qui, depuis des années, liés par une solidarité locale, régionale et nationale ont cru percevoir en Vous, un guide, un gestionnaire, un père (celui de la nation), un concitoyen pourvu de sens éthique et moral qui pourrait transformer leurs désespoirs en espoirs, leurs rêves (légitimes) de mieux-être, en réalités.

Monsieur le Président,

Il est vrai qu’une union se conclut pour le meilleur et pour le pire. Nul ne peut deviner le degré que prendra l’un ou l’autre au fil du temps. Et malheureusement, il arrive parfois que les bonnes actions soient noyées dans un dédale de faux pas, d’erreurs, de fautes. Ce qui ne veut nullement dire que les réalisations ne sont pas visibles ! Notre faiblesse humaine nous pousse de manière regrettable à décevoir les espérances placées en nous. Soit ! Il n’est jamais trop tard pour se racheter et agir convenablement. Je ne vais donc pas revenir sur les ombres angoissantes qui planent sur le pays depuis quelques années. Je ne reviendrai pas non plus sur les crimes économiques, les violations en tout genre des libertés individuelles, la clochardisation de la population, le chômage croissant, la morosité ambiante, le déploiement intempestif des forces de l’ordre, les bavures policières aux allures de règlement de compte, les abjections qui entachent l’image du Bénin à l’international, et plus récemment, le traficotage flagrant de la Constitution du 11 Décembre 1990, afin de satisfaire les ambitions d’une minorité. Vous et moi savons sur ces différents points à quoi nous en tenir. L’opinion publique en est également témoin. Je refuse même de considérer des indices de développement humain et de vous bassiner de chiffres que vous maîtrisez mieux que personne. Non, je ne viens pas avec des armes intellectuelles que la majorité de mes frères et sœurs ne peuvent comprendre. Des fois, il n’y a rien de plus vrai, que de laisser parler son cœur.

Monsieur le Président,

Je suis convaincue que vous saurez bénéficier d’une retraite dorée à la fin de votre mandat. Mais qu’en sera-t-il de l’héritage que vous comptez laisser aux vôtres ? Je ne parle pas de vos frères de sang ou de région, mais je parle du peuple béninois. Je parle de moi, jeune femme de 29 ans, qui suis née, ai grandi au Bénin et qui aime ce pays autant que le sang qui coule dans ses veines. Tout ce que je sais je l’ai appris de l’école et de l’université béninoises ; c’est dire que nous avons trempé notre plume dans le même encrier, comme l’ont fait nos pères avant nous. Je parle de moi, de mes camarades de promotion, de mes ami(e)s, de la vendeuse de beignets chez qui j’aime tant me régaler, du tailleur qui pendant des années m’a habillée, de mon professeur de civisme… de chaque individu dont le placenta est enterré dans la terre dahoméenne. Je parle de tous ceux qui ont été témoin de l’avant et de l’après ; témoin du passé, du présent et je l’espère de l’avenir… Si seulement on leur en laisse l’opportunité ! Si seulement tout espoir ne leur ai pas volé ! Quel souvenir de chef d’Etat souhaitez-vous laisser ?

Monsieur le Président,

Je m’adresse à l’homme intelligent, stratège et soucieux pour sa Nation. Je vous en conjure, ne soyez pas l’ouvrier de toutes les manipulations et des pires dérives. Refusez d’être celui par qui le malheur s’abattra pour les années à venir sur nos enfants, nos femmes, nos hommes, nos jeunes, nos braves. Ne soyez pas cette main-là qui, telle une marionnette de l’ombre orchestrera la comédie des élections, qui se finira inévitablement par un bourrage des urnes, afin de faire gagner vos pions. Je vous en conjure Monsieur le Président, ne vous salissez pas les mains en vous laissant manipuler par ceux qui souhaitent se servir de vous pour leurs vils desseins. Le simple fait de les tremper dans l’eau ne suffira pas à laver l’opprobre, si notre pays tombe dans la décadence, le sang et les larmes. Si vous aviez une vision saine il y a une dizaine d’années en arrivant aux affaires, elle est certainement encore tapie quelque part, au fond de vous. Une aussi forte lumière ne s’éteint pas facilement, même si les vicissitudes s’enchaînent.

Monsieur le Président,

Je ne me pose ni en juge, ni en moralisatrice. Je vous parle, telle une enfant qui s’éveille à la vie, qui prend conscience de certaines choses et qui, sans leur faire affront, interpelle ses géniteurs. Vous êtes jusqu’à présent et encore pour quelques mois le père de la Nation, n’est- ce pas ? Alors, je vous en conjure une fois de plus, n’échouez pas dans votre rôle. Assurez au peuple un choix libre et souverain. Ne jouez pas le jeu des pervers et des affamés, des immoraux et des traîtres, qui au fond n’ont pas de vision réelle à part celle à court terme de se remplir la panse. Dans un village, l’ombre du baobab sert à abriter tout le monde. N’oublions pas nos réalités ! Monsieur le président, je suis convaincue qu’en fervent chrétien (ce n’est un secret pour personne), vous souhaitez bénéficier du repos éternel. Alors, donnez-vous la chance de pouvoir trouver le sommeil. Et à nous aussi. Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments respectueux.

Une Béninoise concernée,

Gloria O. Oboyi

Journaliste

Ancien élève de l’ENAM Bénin
goboyi@yahoo.fr ayi,