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Le président Adrien Houngbédji (à droite) et Yayi Boni

L’acharnement de Yayi Boni a rencontré la sérénité et le pragmatisme de l’Assemblée nationale. Que Yayi Boni le veuille ou non, le dossier Kassa connaîtra, dans la logique scientifique, la procédure appropriée pour parvenir, si c’était nécessaire, à une levée d’immunité et, au besoin, un vote en plénière.

Dans l’histoire des dossiers de corruption, c’est la première fois que l’Assemblée nationale parvient à adopter une démarche aussi scientifique pour conduire les débats. La 7ème législature veut vraiment satisfaire les supposés désidératas de Yayi de poursuivre Kassa, mais sans acharnement. Dans un premier temps, l’institution a mis en place une commission spéciale chargée de l’étude des demandes de levée d’immunité. Cette commission se chargera d’examiner les problèmes de forme et de fond posés par les demandes, entendre l’honorable ou le collègue qui le représente et déposer le rapport. Si l’on doit s’attendre à une démarche purement scientifique, il ne sera pas exclu que la commission demande des compléments d’informations ou même rejette des demandes pour non-respect des conditions minimales requises. La nouveauté à ce niveau est que la commission se donne pour mission d’examiner les problèmes de forme et de fond. Une sorte de petite cour pour justement ne pas se méprendre sur la régularité de la procédure avant de passer au vote. Aussi, après cette première étape, la commission produira un rapport qui sera transmis à la conférence des présidents pour avis avant d’être inscrit à l’ordre du jour en procédure d’urgence. La démarche est méthodique, mais la configuration de la Commission ne laisse vraiment pas de chance à Kassa. Certains pourront même et à raison se demander si la passion politique ne va pas primer sur cette cohérence notée dans la démarche imprimée à la commission. Alexis Agbéléssessi, opposant inconditionné, est le Président de la Commission. Joseph Djogbénou dont on connaît la verve est rapporteur spécial et Président de la commission des lois. C’est vraiment la crème de l’aile dur de l’opposition. On se demande si l’on doit rester strictement politique ou si Kassa a vraiment la chance de passer entre le chas de cette aiguille si minuscule. Comment faire pour que les passions politiques et la logique de la majorité ne prennent vraiment pas le dessus sur la rigueur notée dans le dispositif mis en place. Les prochains jours le démontreront.

 Yayi, l’Assemblée et les autres dossiers de corruption

 Le Chef de l’Etat affiche sa fougue, et le Parlement démontre sa sérénité. Mais, les deux veulent que le dossier Ppea II aboutisse. C’est un engagement à saluer, mais la marche est longue. Les deux institutions sont désormais engagées dans la lutte contre la corruption et, pour rien au monde, elles ne doivent reculer. Le Chef de l’Etat doit déjà aller à la conquête des autres œufs pourris sous son régime et les confier aux fins politiques de l’Assemblée nationale. Les affaires sous sons règne ne sont plus à rappeler. Les personnalités impliquées sont toujours en liberté et Yayi doit désormais se pencher résolument sur ces dossiers si tant est qu’il est décidé. Embarqués désormais dans le même navire, l’Assemblée nationale doit également renforcer la veille à travers des questions orales pour amener le gouvernement à déterrer ces nombreux dossiers encore cachés dans les tiroirs. Même si l’on sait qu’il y a quelques réglages à faire au niveau de la loi, le simple fait de lancer la poursuite, comme il le fait si bien pour Barthélémy Kassa, serait salutaire.

 Abdourhamane Touré