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Yayi s'est fait huer par les populations de Comé
Yayi Boni n’a pas comblé les attentes

Yayi Boni aurait pu rentrer dans l’histoire et sortir par la grande porte. Son discours à la Nation, prononcé lundi 28 décembre 2015,  était une occasion en or pour faire son « mea culpa » et  assumer ses responsabilités devant l’impasse dans laquelle l’économie béninoise se trouve après dix années de Refondation. Malheureusement, il a encore préféré faire des promesses.

L’une des lois intangibles de la démocratie est la reddition des comptes. Son pendant direct, c’est  l’alternance à la tête de l’Etat. En sacrifiant à la tradition à laquelle la Constitution l’oblige une dernière fois,  le Chef de l’Etat a, en quelque sorte,  fait le bilan de ses dix années de gestion.  C’est plutôt un aveu d’échec, Yayi Boni n’ayant pas pu, malgré son titre de « banquier international »,  réussir à infléchir positivement la courbe du  développement du Bénin. Car, depuis longtemps, les Béninois, comme l’a souvent répété Me Hélène kèkè-Aholou, savaient qu’ils avaient fait « un mauvais casting en 2006 ».  Les faits leur ont donné raison. « Il n’y a vraiment rien à se mettre sous la dent », comme l’a fait observer un opposant au régime après le discours de ce lundi. En effet, la politique mise en œuvre depuis 2006 a été très poussive, souvent mal articulée, et peu inspirée. Le Chef de l’Etat donnant parfois l’impression de faire du coq à l’âne, d’une manière peu orthodoxe, brouillonne et très souvent dans la précipitation.  Le tout dans l’ambiance anxiogène des grèves perlées, des tensions avec la classe politique et les principaux syndicats, des scandales politico-financiers sordides (Ppea 2, le point culminant), et l’ « enfer têtu des concours frauduleux », pour paraphraser l’ancien Médiateur. Sans prospective, et sans avoir  bien pensé certains remèdes, on s’est mis à les appliquer. La filière des voitures d’occasion en est un exemple. Il y  a, ensuite,  eu  le secteur coton, devenu aujourd’hui parent pauvre de l’économie béninoise, alors qu’il en était l’un des fleurons. On peut multiplier à l’infini les exemples, et démontrer sans trop forcer les traits que la décennie écoulée n’a pas apporté grand-chose au peuple béninois. La Refondation est passée  à côté de « l’essentiel ».  Pour s’en convaincre, il suffit de descendre dans la rue et dans les marchés des grandes villes, pour en prendre le pouls. D’ailleurs, dans son discours, Yayi Boni ne s’est point lui-même voilé la face.  « Nous avons eu trois  années de croissance, mais pas suffisant pour réaliser les Odd »,  a-t-il déclaré. Cet aveu se suffit à lui seul,  le reste n’est que justification et prétexte fallacieux. Le chef de l’Etat et ses acolytes ont été aux manettes près d’une dizaine d’années. Ils auraient pu conduire le pays vers une réelle émergence économique.  Il est aujourd’hui trop tard pour se projeter vers l’avenir.  Des projections du genre : «  La diversification de la base agricole et des filières devient une nécessité et les réformes sur le foncier, l’accès à l’eau, la mécanisation, le financement, les pistes rurales, les marchés locaux, nationaux et régionaux nécessitent incontestablement, la transformation de nos produits agricoles », sont désormais des promesses sans raison d’être. Puisqu’il ne sera pas là pour les réaliser.
Des insuffisances énergétiques criardes
D’ailleurs, le même vide est à observer dans le domaine énergétique. Les entreprises et ménages béninois ont beaucoup souffert des délestages. Yayi Boni aurait pu rendre  un bien fou aux Béninois, s’il s’était efforcé de corriger  les insuffisances énergétiques criardes qui persistent. Si la turbine à gaz de  « Maria Gletta » n’a pas été un « gros » éléphant blanc, l’économie béninoise se serait relancée et la croissance économique boostée.  « Plus de 1 milliard de dollars seront investis dans l’énergie au Bénin dans les 3 prochaines années »,   pouvait-on entendre dans le discours d’hier. Pourquoi ne pas l’avoir fait pendant les neuf années écoulées, sachant que c’est une nécessité vitale pour l’économie nationale. Le chef de l’Etat aura du mal à convaincre ses compatriotes des manquements et insuffisances de sa gestion. D’autant plus que, pendant plus de huit  années,  il a eu un Parlement « pratiquement » à sa botte. Il avait les coudées franches pour légiférer et agir convenablement. Mais hélas !
Wilfrid Noubadan