Spread the love
artiste-beninois
Claude Balogoun (à gauche) et Tola Koukoui

Des acteurs culturels béninois séjournent à Ouagadougou dans le cadre de la 24ème édition du Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco). Nous avons rencontré quelques-uns d’entre eux, notamment le comédien béninois Tola Koukoui, représentant des artistes au Conseil économique et social (Ces) et Claude Balogoun. Ils s’expriment sur leur participation à cette biennale de célébration du 7ème art.

Tola Koukoui : « Il faut que le cinéma africain crée ses propres vedettes»

« Je suis sur le stand du Bénin au Marché international du cinéma africain. Je m’aperçois qu’il y a des Dvd, une projection des films béninois, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est de suivre les deux séries, le documentaire et les trois travaux des étudiants qui sont en compétition officielle. Il est évident que je ne pourrai pas tout voir. Mais c’est déjà pas mal que le Bénin ait pris un stand au Mica. Participer à un festival, c’est une bonne chose, mais il faut miser sur la rentabilité. Et pour avoir cette rentabilité, il faut que nos produits soient vendables en dehors du Bénin et en dehors de l’Afrique. Nous devons œuvrer pour que notre cinéma devienne une industrie vraiment vendable. Pour y arriver, il faut que nos réalisateurs soient dignes de ce nom ! En ce qui concerne le Fespaco, j’ai l’impression qu’au niveau des colloques, nous parlons des mêmes choses tous les deux ans, sans arriver à concrétiser les décisions que nous prenons. C’est dommage ! Il faut aller au-delà des conférences, au-delà des colloques et échanger avec des professionnels de notre métier. Je vais vous donner un exemple. En 2003, j’ai insisté, auprès des organisateurs, pour qu’on mette l’accent sur l’importance de l’acteur dans le cinéma africain. Nous avons fait des colloques. Il y a eu des résolutions. Il y a eu une sorte d’antagonisme entre les artistes et les organisateurs. Or, pour avoir une vraie industrie de la cinématographie, il faut que le cinéma africain crée ses propres vedettes. Il faut positivement aider les Burkinabé qui organisent le Fespaco ».

 Claude Balogoun : « J’ai été invité par l’Union africaine pour présenter des communications »

« J’ai été invité par l’Union africaine au Fespaco pour faire des communications sur l’utilisation de la tradition orale dans le cinéma. Vous savez, l’un des problèmes importants que nous avons dans le cinéma africain, c’est que les codes, les repères que nous avons en Afrique ne sont pas facilement décodables par les Européens. Lorsque nous envoyons des dossiers pour chercher du financement, c’est parfois difficile. Ils ne nous comprennent pas souvent et on passe à des réécritures de scénario. S’ils donnent de l’argent, c’est pour faire également la promotion de leur culture. Nous avons une multiciplicité de groupes sociaux culturels en Afrique, beaucoup de codes qui sont difficiles à comprendre d’une ethnie à une autre, d’un pays à un autre. Mais comment désormais faire nos films à partir de nos valeurs culturelles orales ? J’ai fait une 1ère communication sur l’expérience du Bénin, l’utilisation de notre tradition orale dans le cinéma aujourd’hui. Dans ma communication, j’ai fait l’historique du cinéma béninois depuis 1929 où Père Aupiais avait tourné le 1er film sur le vodoun. Ensuite, la nouvelle tendance que nous explorons de plus en plus qui est le théâtre filmé, le cinéma populaire. J’ai fait un long développement sur ça en donnant l’exemple des troupes de ballets, comme les Super Anges Houndonaboua, Towara et le dernier exemple est le film intitulé Sègbohouè qui va sortir bientôt. Du théâtre, nous sommes arrivés à un film et, du film, nous parviendrons désormais à un roman. Cela fait trois supports différents. Ma 2ème communication, quant à elle, a porté sur comment aller à cette intégration de l’oralité dans le cinéma de façon professionnelle. Là, j’ai montré des démarches de recherches. J’ai été jusqu’à parler des résistances dans les couvents. Nous avons fait de fortes recommandations telles la création des unités de financement pour ce genre de films africains parce que les Européens ne le feront pas. Ça a été un succès énorme pour moi ».

De Ouagadougou, Valentine Bonou Awassi