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Albert Tévoédjrè sort par la petite porte

En déclarant son soutien à un candidat à la présidentielle de 2016 et en appelant les autres candidats et les électeurs à le suivre, Albert Tévoédjrè vient une fois encore de rater l’occasion de rentrer dans l’histoire par la grande porte.

A près de 90 ans, on le croyait enfin assis au banc des sages, ceux que la Nation devrait solliciter chaque fois que des divergences politiques et les intérêts partisans menaceraient la cohésion nationale. Erreur ! Chassez le naturel, il revient au galop. Considérant les remèdes que proposent les candidats qui ont eu la lumineuse idée de croire encore à ses contes de fées, Albert Tévoédjrè tranche, sans vergogne : « Je considère avec beaucoup d’intérêts celui de la nouvelle conscience, désormais disponible et dont le contenu, après examen minutieux, répond à l’essentiel de mes préoccupations car il s’apparente à celui de la conscience en action », lit-on dans la déclaration du Renard de Djrègbé, (désormais d’Avakpa à Porto-Novo), intitulée « Election présidentielle 2016 au Bénin. Oui, en Conscience… Il va falloir enfin choisir ». Et comme sa finalité, c’est bien de vendre aux Béninois un pagne plié, il a fini par  indiquer ce candidat dont il trouve le fromage  assez alléchant à son goût. C’est à peine si frère Melchior, (l’autre étoffe que l’homme s’est fait confectionné pour faire croire aux Béninois qu’il ne fait plus de la politique partisane), ne somme pas tous les autres candidats de s’aligner derrière le sien. Vaste programme que celui de la nouvelle conscience, une vacuité dont même les inventeurs ont du mal à convaincre leur propre conscience et s’obstinent à la présenter aux populations comme leur seul salut.
Vulgaire abstraction
Où a-t-on vu une fois, dans une compétition aussi déterminante qu’une présidentielle, un candidat ne présente pas de projet de société  et s’enferme dans une bulle du genre «nouvelle conscience », une vulgaire abstraction qui ne signifie rien de concret. C’est sur cette fable que le « largement octogénaire» fait de la réclame. Là, on peut dire chapeau bas à ceux qui l’ont sollicité dans ce rôle, car ce qu’il sait vendre le mieux, ce sont des bric à brac du genre « minimum social commun » et « 20 000 emplois par an ». La première blague « Minimum social commun », n’est qu’un concept qui appelait les Béninois à ne pas rechercher un mieux-être. La seconde est une sorte de bâton magique que Tata avait proposé au peuple au début des années 90 quand d’aucuns croyaient encore à ses historiettes. En 1996, il a déclaré avoir exigé la prise en compte de cette démagogie par le candidat Mathieu Kérékou avant de le soutenir pour la présidentielle. Une fois élu, le Kaméléon n’étant pas à un cynisme politique près, a cru devoir confier le portefeuille de l’emploi au fabricant du slogan « 20 000 emplois par an !». On attendra le miracle. En vain. Il aura fallu attendre son départ du gouvernement pour voir l’emploi créé par celui que le général Kérékou appelait affectueusement « petit professeur ». Cet unique emploi créé sur les 20 000 annoncés n’était d’ailleurs que pour lui-même : représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Côte d’Ivoire. Il en sera chassé plus tard pour son incapacité à observer la retenue que lui imposait son statut diplomatique.
Ruses et farces
Depuis quelques années, ces concepts creux dont il se gargarise ont disparu de l’arène politique d’autant plus que ses ruses et ses farces ont conduit à l’éclatement et à la disparition des deux morceaux de « Notre Cause Commune », une des formations politiques les plus structurées des années 90, mais que, hélas, les militants ont eu le malheur d’en confier le gouvernail à Albert Tévoédjè, avant de le défenestrer lorsqu’ils ont compris que s’ils traînaient les pas, c’est lui qui les en exclurait. Boni Yayi devenu président de la République, a vite compris qu’il suffit de lui trouver un truc pour l’occuper et se mettre à l’abri de sa capacité de nuisance. « Tata » proposera lui-même le médiateur de la République ; poste qui lui est confié. Ces dernières années, la sénilité lui impose de se retirer désormais dans son nouveau domicile à Porto-Novo. Du coup, il se fait appeler « Frère Melchior », comme si cela suffirait à faire oublier les coups politiques nombreux qu’il a portés et qu’il a également reçus. Le Renard de Djrègbé devrait commencer son examen de conscience, avait-on pensé. Mais là, l’épave politique, incapable d’incarner la sagesse qui sied à son âge semble reprendre du service. Telle est la voie que semble lui indiquer sa « nouvelle conscience ».
 Damien Adononsi (Coll)