Spread the love

Yayi arrache les libertésLe Comité Central du Parti Communiste du Bénin était dimanche 13 décembre dernier en session extraordinaire. Et pour cause, le bilan de l’évolution du contexte politique du pays depuis leur déclaration du 15 Août dernier et le  lancement  d’un appel pour un sursaut nationale en vue des Etats généraux du peuple pour refonder le pays en vue d’un nouveau départ. (Lire ci-dessous l’intégralité de leur déclaration).

DECLARATION DU PLENUM DU CC DU PARTI COMMUNISTE DU BENIN.

I- L’EVOLUTION DU CONTEXTE POLITIQUE DEPUIS NOTRE DECLARATION DU 15 AOUT 2015.

Dans la Déclaration adoptée et publiée à l’issue du plénum du Parti Communiste du Bénin tenu le 15 Août 2015, il est dit ceci : « Dans quelques mois, YAYI Boni va finir son deuxième et dernier mandat à la tête du Bénin. En 2006, après 10 ans de gestion scabreuse du Président KEREKOU avec tous les scandales que personne n’a oubliés, le peuple béninois a vu en YAYI Boni, quelqu’un qui pouvait remettre d’aplomb, le pays appauvri et traumatisé…Neuf ans et demi après, le rêve du changement s’est transformé en cauchemar de la refondation et le peuple béninois abasourdi, se demande ce qui lui arrive…Le pays traverse une crise économique, sociale, politique et morale aux conséquences imprévisibles. »

Après avoir décrit sous toutes ses coutures- économique, social, éthique et politique- la déchéance et le chaos dans lequel notre pays est plongé sous la gestion de Boni YAYI, après avoir présenté la faillite de tout le système politique béninois issu de la Conférence nationale de 1990 où les seuls critères électoraux sont l’argent et la fraude massive, où les postes s’achètent à coup d’argent, la Déclaration en appelle à un sursaut national en les termes que voici : « Dans ces conditions, avec les prochaines élections présidentielles de l’année 2016, le pays court à la catastrophe. La seule manière de l’éviter, c’est la réunion des Etats Généraux du peuple pour refonder les règles de notre vivre ensemble et pour une nouvelle gouvernance qui tourne le dos aux errements actuels du Renouveau Démocratique. Laisser le pays continuer dans la voie actuelle, c’est tourner le dos aux idéaux que nos illustres patriotes ont rêvé pour ce pays… Laisser le pays continuer dans la voie actuelle, c’est un crime que ne nous pardonneront pas les générations futures.

Rien de bon pour le peuple ne sortira des prochaines élections présidentielles; aucun homme en dehors du peuple rassemblé ne peut sauver le pays de la catastrophe qui s’annonce.

Voilà pourquoi, le Comité Central du Parti Communiste du Bénin appelle tous les patriotes, toutes les organisations démocratiques, toutes les bonnes volontés de ce pays à travailler d’arrache-pied pour la réunion d’une grande Assise Nationale afin de refonder les bases du pays pour lui permettre de prendre un nouveau départ ».

Cette Déclaration date de près de quatre mois. Depuis lors, les diagnostics fondant cet appel se sont approfondis et aggravés: YAYI Boni comme pris de rage à quelques mois de son départ du pouvoir, se lance dans des escalades dévastatrices pour le pays :

1°- Au plan économique : vente de Bénin Télécoms SA à Orange, privatisation du Quai Nord du Port de Cotonou et liquidation programmée de la SOBEMAP, commandes et achats d’hélicoptères, commande d’avion présidentiel, etc.

2°- Au plan social : Misère et chômage accrus pour le peuple et la jeunesse, organisation de concours frauduleux pour remplir les ministères, notamment celui des finances, de gens incompétents pour la plupart liés au clan au pouvoir et ce avant de partir ; lancement de recrutements brouillons au profit des ministères de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, etc.

3°-Au plan politique, c’est le choix imposé par YAYI Boni de Lionel Zinsou qui aux dires de protagonistes mêmes de FCBE n’a respecté aucune procédure normale retenue pour la désignation d’un Candidat unique de la coalition FCBE. La désignation par YAYI Boni de Lionel Zinsou pour le remplacer à la tête de notre pays répond à deux missions : la première : protéger ses arrières et couvrir tous les crimes qu’il a commis sous son règne- poursuivre dans la logique de sa gestion criminelle du pays et appliquer ainsi le slogan « Après nous, c’est nous » si cher aux FCBE. Désormais, consacrer ainsi au plan politique l’impunité. La deuxième : opérer la recolonisation du Bénin et lui faire un recul historique de plus de cinquante ans.

Sur la base de cette dernière logique, les signaux avant-coureurs du désastre sont au vert : signature par le banquier d’affaires français, Lionel Zinsou en août 2015 de la concession ferroviaire à Bolloré contre toutes réglementations en la matière, livraison de Bénin Télécoms Sa au groupe français Orange, nomination de Français dans son Cabinet de primature- l’un appelé SAUZET au titre de Chargé de mission, et l’autre, un jeune doctorant, nommé Guillaume REISACHER au titre de Conseiller technique Juridique ; silence approbateur sur tous les actes flagrants de parjure (affaire Bolloré) et de fraude immondes (concours frauduleux) de Boni Yayi.

Pour parachever un tel plan, il est mis en œuvre par YAYI Boni appuyé par la France, un nouveau K-O annoncé en 2016, pour le nouveau colon DODDS. Déjà le maire de Sèmè, HONFO l’a évoqué soi- disant « pour économiser au Bénin plus de 5 milliards de FCFA nécessités pour un 2ème tour ». L’on sait que HONFO est du PRD dont le membre, AHOUANVOEBLA, est Président de COS-LEPI. Tout cela est clair désormais : nous avançons à grands pas vers une recolonisation complète de notre pays avec des administrateurs français à la tête de nos cabinets ministériels et pourquoi pas des gouverneurs coloniaux demain à la tête de nos entreprises publiques et administrations centrales. Nous assisterons bientôt à une occupation militaire française de notre territoire sous le prétexte de « protéger » ces Français installés à la tête de notre Administration.

Ajoutée à la candidature des hommes d’affaires, des compradores qui par leurs les activités et intérêts sont des acteurs du pacte colonial et sont liés à la FrançAfrique, jusque-là « télécommandes secrètes» comme candidats à l’élection présidentielle de 2016, la désignation de Lionel Zinsou par YAYI Boni et la France a fini de déglinguer toute la bourgeoisie bureaucratique, classe politique dirigeante du pays, devenue subitement sonnée et aphone par la force des coups encaissés.

Tous les ténors de ces soi-disant grands partis ou rassemblements politiques officiels : l’UN, le PRD, la RB, les FDU, etc. sont comme tétanisés face à la situation. Qui choisir entre l’envoyé direct de la FrançAfrique, et les deux anciennes télécommandes, compradores et acteurs de cette même FrançAfrique ? Au sein de certaines coalitions de partis, la division s’installe dans leur positionnement autour des télécommandes que sont Talon, Ajavon et le Gouverneur colonial Lionel Zinsou. La faillite de la classe politique est ainsi avérée.

Et nous sommes déjà installés dans le scénario waxala, le scénario catastrophe.

II- NOTRE APPEL POUR UN SURSAUT NATIONAL EN VUE DES ETATS GENERAUX DU PEUPLE POUR REFONDER LE PAYS

1°- Les mouvements populaires de refus du scénario waxala

Face à cela, les travailleurs et l’ensemble du peuple même troublés, poursuivent leurs combats quotidiens contre les manifestations du scénario Waxala dans divers secteurs du pays. Grève des enseignants du primaire et du secondaire pour exiger un statut digne des hommes et la fin de la précarité dans l’enseignement public, mouvements de protestations des scolaires et parents d’élèves pour la suppression des contributions dans l’enseignement secondaire et ainsi assurer aux fils de pauvres le droit à l’instruction ; protestations des agents de la santé, des dockers pour leur statut, des travailleurs du secteur privé contre les licenciements abusifs ; mouvements de protestations des étudiants et parents d’étudiants contre des mesures scélérates de sélections des étudiants à l’inscription dans les universités publiques ; protestations des travailleurs du Port contre la vente du Quai Nord et la privatisation de la SOBEMAP ; diverses manifestations protestataires notamment de la jeunesse estudiantine contre les concours frauduleux dont ceux devenus historiques du Ministre YAYA Aboubakar et de son Président YAYI Boni, organisés en Juin 2015 au profit du ministère des finances, protestations diverses contre le hold-up de Bolloré sur les rails et l’arrêt de la cour d’appel de Cotonou contre ce hold-up, etc.

Tous ces mouvements populaires participent du refus spontané du scénario catastrophe, du scénario waxala. Et les travailleurs et la jeunesse dans ces combats ont obtenu des victoires importantes. Mais notre peuple doit aller plus loin, aller au-delà des seules revendications catégorielles et sectorielles. Notre peuple doit s’élever tout de suite pour s’opposer à ce scénario catastrophe qui s’annonce.

2°- Le Refus du scénario catastrophe par des patriotes et éléments éclairés de la classe politique.

En effet depuis quelque temps, le consensus se réalise au sein de la classe politique dirigeante et des voix s’élèvent pour reconnaître que rien de bon pour le peuple ne sortira de la prochaine élection présidentielle ; que tous les « paramètres révèlent au grand jour la fin du système né de la Conférence nationale d’il y a 25 ans… » Que « aucun homme en dehors du peuple rassemblé ne peut sauver le pays de la catastrophe qui s’annonce. » Et enfin que « La seule manière d’éviter cette catastrophe, c’est la réunion des Etats Généraux du peuple pour refonder les règles de notre vivre ensemble et pour une nouvelle gouvernance qui tourne le dos aux errements actuels du Renouveau Démocratique. »

Telle est la substance de l’appel lancé par le Front de refus constitué le 29 Octobre 2015 et formé d’organisations politiques, syndicales et de citoyens patriotes dont le seul label est « l’esprit pays ».

Nous saluons la naissance de ce Front de Patriotes décidés à sauver le Pays. Nous apprécions hautement la contribution de personnalités comme le Président Nicéphore Dieudonné SOGLO pour ses prises de position courageuses contre la pieuvre que représentent la FrançAfrique et ses réseaux et pour le renforcement du Front de Refus du Bénin Waxala.

3°- Comment comprendre le refus du Bénin Waxala ?

Comprendre bien le contenu du Front de Refus du Bénin Waxala et les tâches que cela implique c’est :

Premièrement, assumer que ce qui est en cause ici et maintenant, ce n’est pas simplement le pouvoir de YAYI, mais le système d’impunité né de la Conférence nationale dont il est le produit, système désormais gangréné par l’argent et la fraude, la corruption de toutes les institutions constitutionnelles. C’est assumer que c’est le système de pacte colonial en vigueur depuis 1960 et jamais modifié jusqu’à nos jours, qui a permis le plan en œuvre d’imposition d’un Gouverneur Colonial à notre pays en la personne d’un Lionel Zinsou.

Deuxièmement, assumer qu’aller dans ces conditions à la prochaine élection présidentielle, c’est cautionner consciemment ou inconsciemment le scénario waxala qui pointe à l’horizon avec la perspective d’un K-O pour Lionel Zinsou déjà préparé par YAYI Boni et la FrançAfrique. Car avec la mise en œuvre de tous les réseaux de la FrançAfrique en faveur de Lionel Zinsou, avec tout l’appui financier dont il bénéficie de la part des grands milieux financiers français, avec enfin des institutions chargées de la gestion des élections au Bénin telles la CENA et la Cour Constitutionnelle déjà aux mains de YAYI Boni et de la FrançAfrique, le jeu est fait d’avance et le « après nous c’est nous » de YAYI Boni et des FCBE sera réalisé.

Troisièmement, assumer que même écartée, l’option Lionel Zinsou n’épargne pas notre pays de la catastrophe du scénario waxala. Car la plupart des autres candidats (déclarés ou non) à l’élection présidentielle ont plus ou moins partie liée avec la gouvernance de YAYI, le système d’impunité et la FrançAfrique. Et de toutes les façons, toute personne qui aura été élue sur la base des paramètres électoraux actuels (code électoral bancal, lépi truquée, argent, fraude), ne peut que perpétuer le système d’impunité et du pacte colonial.

Voilà pourquoi, le Comité Central du Parti Communiste du Bénin réuni ce jour à Cotonou le 13 Décembre 2015 lance un vibrant appel à tous les patriotes, à toutes les organisations démocratiques, à toutes les bonnes volontés de ce pays à unir toutes les forces pour :

1°-S’opposer résolument à la reconquête coloniale de notre pays par l’impérialisme français avec l’imposition de Lionel Zinsou comme Président de la République, s’opposer à la honte nationale qui consisterait à la profanation -par cette imposition- des tombes et de la mémoire de nos vaillants héros que sont Béhanzin, Kaba, Bio Guéra et de tous ceux qui ont donné leur vie pour la patrie.

2°- Multiplier les structures et les combats de refus du Waxala, de la misère, de la précarité, de la fraude, des brimades, des élections frauduleuses et truquées.

3°- Aller hardiment vers la tenue des Etats Généraux du peuple pour refonder les règles de notre vivre ensemble pour permettre à notre pays de prendre un nouveau départ.

Non à la FrançAfrique ! Non à la recolonisation ! Rien de bon ne sortira pour le peuple de la prochaine élection présidentielle ! Allons aux Etats généraux du Peuple !

Cotonou, le 13 décembre 2015

Le Comité Central du Parti Communiste du Bénin »