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Nicéphore Soglo désillusionne Lionel Zinsou

Peut-on parler de « retournement » chez le président Soglo ? Ou est-ce un retour à la réalité ?  En tout cas, les propos tenus lundi 7 décembre 2015, lors du colloque de l’Abdc, par le Président  Nicéphore Soglo, contrastent radicalement avec les appréciations faites mercredi 25 novembre 2015, après sa rencontre avec le Premier ministre Lionel Zinsou.
Le Président Soglo, véritable dinosaure de la classe politique béninoise, est connu, aimé ou craint pour son franc-parler. L’homme, qui a bourlingué un peu partout au monde, n’aime pas se laisser faire. Il vient de le démontrer à nouveau. On a pu croire qu’il s’était déjà choisi son candidat pour la prochaine présidentielle. Car, malgré ses distances et le fait qu’il soit en retrait, son influence est toujours grande sur la Renaissance du Bénin (Rb). Ce qui est un atout non-négligeable pour qui aura son aval pour la prochaine joute électorale. Recevant le Premier ministre Lionel Zinsou, il y a quelques jours à son domicile, il a dit tout le bien qu’il pense de sa personne.  Lionel Zinsou, selon l’ancien président, a « les atouts qu’il faut pour vraiment permettre à ce pays d’aller de l’avant », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Il connaît parfaitement les réalités du pays. Il n’est pas parachuté de l’extérieur parce que, malheureusement, nous avons tous en tête, tout ce que la France-Afrique a fait en Afrique francophone, donc les gens sont tétanisés là-dessus ». Nombre d’observateurs avaient conclu, après ces propos, qu’entre les deux hommes, le courant est passé. Et qu’en tout état de cause, Lionel Zinsou pourrait recevoir l’aval du président Soglo et, surtout, l’accompagnement de la Rb dans sa quête de la Marina.
Une nouvelle forme de recolonisation ?
Comment comprendre alors la nouvelle saillie de l’ancien chef de l’Etat contre le candidat de Yayi Boni. A lire le président Soglo, il y a quelques jours dans les journaux, on comprend qu’il a toujours la dent dure contre le bilan de la Refondation. Il disait ne pas comprendre pourquoi Lionel Zinsou veut endosser ce bilan à la limite catastrophique. Autant dire que, si le président Soglo apprécie la compagnie de l’homme de culture et d’envergure qu’est Zinsou, il se refuse de fermer les yeux sur les nombreux impairs et dérives commis sous ce régime. Car, depuis 2006, beaucoup d’entorses ont été faites à l’Etat de droit et la démocratie. Par exemple, beaucoup ont décrié la forme de vassalisation imposée aux institutions de la République, qui, pour la plupart, sont devenus l’antichambre du Palais de la Marina.
« Moi, si je suis là,  c’est non »
D’ailleurs, le pouvoir « Yayi» a réduit l’expression des institutions de contre-pouvoir, à leur portion la plus congrue. Un exemple répugnant et notoirement décrié de cet excès de pouvoir, c’est l’Ortb. L’office est devenu comme l’a dit un magistrat, la « webcam » du chef de l’Etat. N’eût été la veille sans faille des syndicalistes, d’une partie de la société civile et de l’opposition et leur refus de participer aux « nombreuses marches et séances de prières » organisées, aux frais de l’Etat, pour soutenir l’action du chef de l’Etat, l’essentiel serait déjà jeté aux orties. Fustigeant l’implication de la France dans le choix de Zinsou, Nicéphore Soglo n’hésite pas à dénoncer une nouvelle forme de recolonisation. « Ce qui se passe actuellement dans mon pays m’inquiète. La doctrine Foccart, c’est quoi?  On estime qu’il est de leur ressort de faire et de défaire, d’imposer au peuple africain les princes qui les gouvernent. Le prince est adoubé par Paris. Je dis si je suis vivant, ça ne se passera pas comme ça. Ça va-t-il se passer ainsi ?  Moi si je suis là, c’est non ».

Wilfrid Noubadan