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TALON-NOUVEAU
Patrice Talon fait des réformes, son premier chantier

C’est connu : le candidat Patrice Talon s’est annoncé sur le terrain des réformes. Tirant leçon des années Yayi, c’est la conception et la gestion du pouvoir d’Etat par le nouveau venu, qui marqueront véritablement la rupture. Et le chantier est immense, tant le gâchis est énorme…

Depuis vendredi après midi, une information circule sur les réseaux sociaux, avec photos à l’appui. C’est le débarquement d’un hélicoptère au Port de Cotonou. Cet appareil de marque Augusta Westland, d’un coût évalué à 8 milliards de FCfa, serait destiné au chef de l’Etat. L’information n’ayant jamais été démentie jusqu’à ce jour, on peut en déduire qu’elle est vérifiée. Et c’est là tout un symbole. Qu’à moins de six mois de son départ de la tête de l’Etat, le chef décide de s’offrir un nouvel hélicoptère, avec les maigres ressources de l’Etat, est de ces signes qui ne trompent point. Surtout qu’il a déjà deux hélicoptères à son service, dont un, qui serait acquis par le biais de royalties ou d’avances sur les recherches pétrolières. Alors, acquérir un autre hélicoptère pour renforcer son parc, relève de la mauvaise gouvernance. Du gâchis simplement, pour faire plus court. Et qui donc a oublié l’épisode de l’avion présidentiel dont la réfection a coûté 6 milliards FCfa au Trésor public ? Cet avion présidentiel a disparu depuis de nos cieux, et plus personne n’en parle. C’est cela la gestion Yayi. L’après Yayi doit donc absolument marquer la rupture. Les Béninois rêvent d’un pouvoir modeste, d’une gouvernance qui tienne compte de leurs réalités quotidiennes, d’un chef qui vit leurs problèmes au lieu de les survoler. Alors Talon président, incarnera cette rupture tranquille mais capitale. Et cette mini-révolution, doit s’étendre à la gestion des ressources humaines ; de l’économie nationale ; mais aussi et surtout à la consolidation de l’Etat de droit.

 500 ministres en dix ans !

 Dans un excellent article paru cette semaine dans la presse, l’ancien ministre Jean Roger Ahoyo, a fait le point du nombre d’équipes gouvernementales, qui se sont succédé à la tête de l’Etat, depuis le décret n°2006-178 du 8 avril 2006 jusqu’au décret 2015-370 du 18 juin 2015. Il ressort de ce point qui est loin d’être exhaustif, que 24 gouvernements, de 22 à 30 membres, ont été rendus publics par les services compétents. Soit près de 500 ministres, dont des ministres d’Etat, des Vices-premiers ministres et mêmes un Premier ministre ! De même, on ne compte plus le nombre de directeurs généraux nommés et relevés de leurs fonctions, au Port autonome de Cotonou, à la douane, à la Sobemap etc. Avec le président Yayi Boni, on a connu une véritable inflation au niveau de la nomination des Généraux dans l’Armée. Ceci même dans les corps les plus improbables. L’homme aura nommé plus de Généraux, que l’ensemble de ses prédécesseurs réunis. Conséquence directe, on a assisté à une banalisation de la fonction de ministre, ou de l’étoile des Généraux. On a ainsi vu des ministres incultes à la Culture, et des ministres au passé sulfureux à l’Intérieur. Triste, le défilé de ministres de « remerciements » et de Généraux de pacotille …Talon président, doit mettre fin à ce nivellement par le bas, qui fait la honte de tous.

 La République de l’impunité

 Le fameux scandale dit du Ppea II, a montré à tous jusqu’où certains cadres peuvent aller dans le vol et le viol, et bénéficier par surcroit, de la protection de leurs pairs. Barthélémy Kassa, acteur principal de ce mauvais feuilleton, est aujourd’hui un des meilleurs soutiens du chef de l’Etat dans son fief. Ses deux acolytes qui ont pris la clé des champs, reviendront sous peu au pays. D’ailleurs y a-t-il quelqu’un qui les recherche ? Ainsi va le pays, et les Hollandais l’auront appris à leurs dépens. Idem pour l’ancien député Chabi Sika dont les présumées malversations au Cos-Lépi, sont presque déjà classées sans suites. A preuve, l’homme est candidat à la succession de Yayi Boni, à la tête de l’Etat. Faut-il en rire ou en pleurer ? Devrions-nous encore parler du scandale du siècle que fût le dossier Icc-services et consorts ? Même les victimes sont fatiguées de réclamer réparation, et l’Agent judiciaire du trésor, chargé de ce dossier, n’apparaît plus que sporadiquement à la télévision. Le cerveau de ce crime économique, le sieur Guy Akplogan, finira par être discrètement libéré et fin du feuilleton. Un peu comme celle de la fameuse centrale électrique de Maria Gléta qui a coûté 20 milliards de FCfa au contribuable. Heureusement, dirions-nous par dépit, Yayi laissera inachevé le siège du Parlement en construction à Porto-Novo. Et ce sera là, un véritable symbole des années Yayi, à ériger si possible en Musée de la corruption comme l’a souhaité quelqu’un. Talon président, doit impérativement nous arrêter cette saignée. Il en a la carrure, il en a les moyens.

 Démocratie et unité nationale

 Yayi aura au moins eu le mérite de nous montrer la fragilité des institutions qui, jusqu’à son arrivée à la tête de l’Etat, avaient fait la fierté de la démocratie béninoise. A commencer par la Cour constitutionnelle. Très tôt, le président a réussi à domestiquer cette institution, clé de voûte de l’édifice démocratique. D’éminents professeurs, jouissant alors d’une réputation sans tâche, y ont perdu tous leurs crédits. La Cour constitutionnelle a été transformée en une caisse de résonnance au service de son véritable maître : Yayi Boni. Cette institution a atteint les tréfonds du ridicule, avec sa décision relative à l’âge des candidats à l’élection présidentielle. Que dire alors de la Haac, réduite à sa plus simple expression dans sa mission de régulation, et surtout d’accès équitable aux médias du service public ? Elle est aujourd’hui condamnée à une grève, pour revendiquer des droits légitimes ? Le Conseil économique et social garde ses conseils pour lui-même sous Yayi, et la Haute cour de justice n’a, et n’aura jamais de « client ». Heureusement que l’Assemblée nationale a pu finalement échapper à la caporalisation, après de longues années de « collaboration » avec le pouvoir, sous le président Nago. Elle seule donne de l’espoir de nos jours, à l’image des magistrats et qui, à quelques exceptions près, n’ont jamais cédé aux sirènes de la tentation. Talon président, tient à l’indispensable réforme dans ces domaines. A la nécessaire indépendance de ces institutions républicaines, socle de la démocratie et de l’Etat de droit. Restera alors, le vaste chantier de l’unité nationale, durablement mise à mal, par le passage de Yayi à la tête de l’Etat. C’est une évidence qu’il y a désormais au pays, des Béninois du nord, face à des Béninois du sud. Et ce vent de régionalisme exacerbé, souffle gravement, sur les derniers concours organisés dans le pays, et dont les résultats suscitent actuellement supputations et suspicions. Il s’agit d’un problème grave, que le prochain président ne saurait esquiver. Talon président, doit s’atteler à recoudre le tissu national. A rebâtir à tout prix, la cohésion nationale par les rééquilibrages pertinents qui s’imposent. Il y va du devenir de la nation béninoise en construction.

 Ben Olawalé