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AISSATOU-SAKOU
Aïssatou Sakou, chef Cps Glazoué

Les grossesses précoces chez les adolescentes reste encore une question d’actualité dans les villes et contrées du Bénin. A Glazoué, une Commune du département des Collines, située à environ 290 km de Cotonou, le phénomène se vit avec acuité. Dans le cadre de l’édition 2015 de la Journée mondiale de la population, un reportage a été réalisé sur le sujet par le Réseau des journalistes et communicateurs en population et développement avec l’appui du Fonds des Nations-Unies pour la population (Unfpa), et celui du Fonds Muskoka dans cette Commune du Bénin. Les recherches d’informations ont révélé le cas de Salomé, une fille de 17 ans, enceinte de 7 mois et dont l’avenir semble déjà être hypothéqué.

Jeudi 10 juillet 2015, 11h35 ! Salomé franchit les portes du Centre de promotion sociale (Cps) de Glazoué. Les yeux larmoyants, la jeune fille se dirige vers le Chef Cps (C/cps) Aïssatou Sakou. Enceinte à 17 ans, Salomé est originaire du village de Sowoué dans l’arrondissement de Kpakpaza, localité située à environ 5 km de Glazoué. A cette période de la vie où le corps de la jeune fille est en pleine croissance, celle-ci doit déjà affronter les responsabilités liées à la maternité. Etant encore enfant, elle porte une grossesse de 07 mois. Salomé est apprentie tisserande. Orpheline de père et fille d’une couturière, elle est prise en charge par une Ong de la place qui assure sa formation professionnelle. C’est d’ailleurs l’Ong en question qui a porté l’affaire au niveau du Centre de promotion sociale (Cps) de ladite localité après avoir découvert qu’elle est enceinte. A 7 mois de grossesse, l’adolescente se remet totalement au service de cette institution délocalisée du ministère en charge de la Famille. A peine a-t-elle découvert le sexe qu’elle tombe enceinte. « Je me suis retrouvée enceinte à la suite du 1er rapport sexuel que j’ai eu avec un élève de la classe de 4ème. Ses parents ont interrompu ma formation professionnelle pendant un long moment. Ils m’ont obligée à habiter chez eux avec la grossesse pendant que leur enfant continuait ses études. Mais, grâce à la vigilance des responsables de l’Ong et l’intervention des assistants sociaux de Glazoué, j’ai pu rejoindre mon atelier de formation. A l’étape actuelle de la situation, les parents de mon copain se sont engagés auprès de la Ccps pour assumer les frais liés à la grossesse. Ils ont été contraints à me déposer des vivres et de l’argent à la fin de chaque mois auprès du Cps. C’est dire combien les filles mères ont besoin des services du Cps. Ainsi donc se résume la mésaventure de Salomé qui n’attend que deux mois pour faire face aux souffrances de la maternité. Son témoignage peint la situation des grossesses précoces à Glazoué. Comme elle, beaucoup d’autres adolescentes font ce même chemin de croix avant de faire assumer la responsabilité aux auteurs de leurs grossesses souvent non désirées. Selon les propos de la Ccps, Aissatou Sakou, ce genre de situation est très fréquent en milieu scolaire à Glazoué. « En 2014, la localité a enregistré 219 cas de grossesses précoces dont 66 élèves filles », révèle Françoise Montchéwa, sage-femme au centre hospitalier de Glazoué. Si le cas de Salomé n’a pas souffert d’une quelconque résistance de la part de ses « beaux-parents », ce n’est pas pareil pour d’autres adolescentes qui se retrouvent dans la même situation. A en croire les explications de la Ccps Aissatou, le centre se trouve souvent confronté au refus de certains parents et auteurs des grossesses précoces. Ces personnes refusent de répondre aux convocations du Cps. Pour les y contraindre, ils font parfois recours aux compétences des forces de l’ordre. Ce qui conduit parfois à l’emprisonnement des auteurs.

 Cps : une mission parsemée d’embûches

 Depuis sa prise de fonction au Cps Glazoué en octobre 2014, Aïssatou Sakou, le chef de ce centre, confie être confrontée à quelques difficultés dans l’accomplissement de sa mission. Lesquelles sont liées au manque cruel de ressources humaines pouvant répondre aux sollicitations des personnes vulnérables qui font recours au centre. A cela, s’ajoute les difficultés liées aux moyens matériels et financiers. Elle confie également ne pas disposer d’une cagnotte financière pouvant l’aider à répondre aux besoins liés au suivi de ces grossesses précoces dans les cas probants où les auteurs disparaissent. Les seuls services offerts dans ce centre se limitent seulement à l’écoute et l’orientation de ces filles dont la situation financière laisse à désirer. Raison pour laquelle, Aïssatou Sakou lance un cri de cœur à l’endroit du ministère en charge de la Famille et des partenaires intervenant dans la prise en charge sociale des grossesses précoces dans un milieu rural comme Glazoué.