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Les artistes Anice Pépé (à droite) et Alougbine Dine

Le  Bénin commémore, le samedi 1er août 2015, le 55ème anniversaire de  son accession à la souveraineté internationale. Quelle est la place réservée aux acteurs culturels dans le cadre de ces manifestations successives pendant les dix années sous Yayi ? Les spectacles organisés prennent-ils en compte toutes les disciplines artistiques ? Nous avons rencontré les figures de proue de quelques disciplines artistiques qui disent être victimes d’une discrimination dans l’organisation de cette fête. Anice Pépé, Tola Koukoui, Alougbine Dine et Charly Djikou donnent leur point de vue sur la question. Lisez-plutôt.

Anice Pépé, artiste de la musique traditionnelle : «  Il y a une discrimination au niveau de notre ministère où certains sont privilégiés »

« Si les artistes sont associés, moi je dois le savoir. J’ai été disc d’or dans ce pays. Et quand  quelqu’un obtient le disque d’or, c’est qu’il est le plus vendu, le plus consommé. A l’époque, la catégorie de la musique traditionnelle a ravi la vedette à celle de la musique moderne. On ne peut pas parler de la musique dans ce pays sans associer les vrais acteurs. Si vous devez appelez quelqu’un cultivateur, il faut qu’il soit quelqu’un qui a la houe en main, tous les jours. Donc, ce sont ceux qui s’attèlent à toujours mieux faire la musique de notre pays qu’on doit appeler musiciens professionnels. On discute de la musique avec des amateurs. Il y a un 1er août qui a été organisé à Porto-Novo sous le régime Yayi. Ils nous avaient associé au spectacle à la veille de la célébration. Je me rappelle bien que c’était à l’époque du ministre Galiou Soglo.  La Direction de la promotion des arts nous avait associés. Le spectacle avait eu lieu en direct sur toutes les chaînes. Après cela, on a été écarté jusqu’à présent. Moi, je vous dirai qu’aucune attention n’est accordée aux vrais acteurs de la musique béninoise. Parce que, depuis 2010 qui a été l’unique occasion à laquelle j’ai pu donner ce concert, je n’ai plus participé à quoi que ce soit. Ce qui est réservé aux manifestations culturelles dans le cadre de la célébration du 1er août est insignifiant.  Normalement, quand le 1er août s’approche, il doit y avoir une organisation pour mieux faire. La ville qui doit abriter la célébration, doit bénéficier d’une cagnotte financière pour mettre à contribution les acteurs culturels. Il y a une discrimination au niveau de notre ministère où certains sont privilégiés par rapport à d’autres. C’est une fête nationale et tous les acteurs des autres disciplines artistiques doivent être associés. Moi, je ne cache pas mes impressions. Je ne quémande pas. Des vautours se réclament de la mouvance. Ils vont mentir aux autorités pour bénéficier de tout. Les administrations locales doivent organiser des spectacles dans le cadre du 1er août. Il y a un budget pour ça. Où est passé ce budget ? On n’en sait rien. Mais, c’est grave pour notre pays » !

Alougbine Dine : « Nos dirigeants n’ont pas une idée juste de l’art »

Ce qui se passe par rapport aux activités culturelles dans le cadre du 1er août, ce n’est pas transparent. Pour une fête de l’indépendance, on pourrait, par exemple, lancer un appel d’offres pour faire un grand spectacle autour de l’évènement. Un géant spectacle qui réunira tous les artistes des arts vivants, musique, danse, théâtre pour que ça soit une grande fête pour les populations. Nos dirigeants n’ont pas une idée juste de l’art. Elles n’en n’ont aucune connaissance. Ils croient qu’il suffit d’amener des musiciens qui viennent gigoter. La Guinée, au temps de Sékou Touré, faisait bien la célébration de leur fête d’indépendance. Ils réunissent tous les artistes des arts vivants, toutes disciplines confondues pour produire un grand spectacle afin de montrer la vivacité de la culture de leur pays. C’est ça qu’on devrait faire. Montrer tout ce que le pays a de plus fort en matière culturelle. Mais, ils n’ont pas cette idée-là. Et, il n’y a pas de cadres valables au niveau du ministère de la Culture pour initier ces choses-là. Parce que ce sont des cadres qui proposent. On a des gens qui ne courent que derrière l’argent. Le gouvernement a joué son rôle. Que le ministère joue le sien. Ils n’ont pas d’initiatives pour la célébration de la fête de l’indépendance. Je crois que le gouvernement, en matière de subvention, a déjà assez fait pour donner encore quelque chose, spécialement pour la célébration du 1er août. 3 milliards pour les artistes, je crois que c’est important. Maintenant, c’est l’exploitation judicieuse de ces milliards-là qui n’est pas vraiment catholique. Je veux dire tout simplement que le tout ne suffit pas de donner l’argent. Il faut chercher à savoir comment ça s’utilise ».

Tola Koukoui : «  Les arts vivants et les arts de la scène n’ont aucune place dans la commémoration »

« Comme je ne suis jamais sollicité, je ne sais pas s’il y a une place qui est réservée à la culture. Je ne comprends vraiment pas. Tout le monde sait que je suis parmi ceux qu’on peut contacter quand on parle de culture au Bénin. Mais, je ne suis pas informé. Je n’en sais strictement rien. Les arts vivants et les arts de la scène n’ont aucune place dans les manifestations commémoratives de la fête de l’Indépendance. Et il faut chaque tête de proue pour savoir s’ils sont informés de quoi que ce soit. Moi, je ne comprends vraiment pas que les choses puissent fonctionner de cette manière-là. Il ne s’agit pas  d’incriminer un ministre, mais ceux qui sont au ministère de façon permanente et qui ne sollicitent personne. Dans les arts plastiques, on ne prend même pas ces artistes en compte ».

Charly Djikou, artiste plasticien : « Pourquoi ne pas créer un évènement dédié aux arts plastiques pour le 1er août ? »

« Jusque-là, rien ne se fait dans notre domaine. Les artistes plasticiens n’ont jamais une place dans la commémoration de notre fête de l’indépendance. C’est très mauvais ! Pourquoi faire de la discrimination ? Et les erreurs se répètent au fil des années. Même si les artistes chanteurs participent à un spectacle, il ne faut pas oublier que c’est l’art plastique qui écrit vraiment l’histoire d’un peuple et de sa culture. Ils se trompent tout le temps parce qu’ils oublient les artistes plasticiens. Pourquoi ne pas créer un évènement dédié aux arts plastiques comme à tous les autres arts dans la commémoration du 1er août ? Nous sommes artistes au même titre que les autres. Mais personne ne vient vers nous. Je pense qu’il va falloir initier des actions pour corriger cette discrimination les années à venir. Je ferai des efforts pour approcher les autorités afin qu’ils comprennent enfin l’importance de notre travail et le proposer dans l’organisation des grands évènements comme le 1er août »