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Argent
L’argent a atteint la pudeur collective

Dans le fumeux dossier Icc-Services, les déballages se succèdent mettant à nu une mafia qui mêle affaires, politique, finances, justice et sécurité. Le fil conducteur de tout ce film complexe reste l’argent.

Depuis le début du procès Icc-Services, le débat se mène autour d’une seule chose: l’argent. C’est l’argent qui a fait de l’inculte, l’ami sincère d’un Chef de l’Etat. C’est encore lui qui a fait plier des cadres de l’administration et a fait courir le flic et l’homme en toge. Avec l’argent, des gens sans qualification ont fait danser, un peu  comme des marionnettes, des  cadres de la République. Ils étaient devenus manipulables à souhait et tombaient un à un dans la nasse de la tromperie de ces hommes. Ces deux cerveaux de l’affaire savaient qu’ils étaient dans le faux, mais ont réussi à entraîner  tous ces gens, à commencer par le numéro 1. La logique est de miroiter les milliards à ces gens et les faire tomber un à un. L’exercice a été concluant, car aucun des éléments de la chaîne, à commencer par le numero1, n’a pu résister. C’était comme si ils avaient fait un travail sociologique sur les hommes, mais il a semblé que l’exercice de charme n’a pas échoué. C’est le premier niveau de déchéance que révèle ce procès : la question de l’appât du gain et de la cupidité à outrance. Il a semblé qu’à un moment où à un autre, on a facilement cédé à l’odeur du craquant et on a oublié son nom de famille. Cette volonté de tout vendre pour le milliard est davantage expressive lorsqu’on parle de milliards volés. La pudeur collective est affectée après qu’on ait  entendu cette déclaration de ce jeune homme inculte que l’argent a rendu ami intime d’un Chef de l’Etat. La voracité, la cupidité effrénée ont amené même des agents assermentés à réussir une effraction parfaite sous le sceau de la perquisition et à emporter de l’argent frais toujours en complicité avec des gens d’un niveau insoupçonné. Lorsqu’on arrive à ce niveau d’analyse, on n’éprouve pas outre mesure de la retenue pour affirmer que le culte de l’argent a fait perdre la raison à des hommes dotés de raison. On découvre jusqu’où ce papier que l’homme a lui-même confectionné peut réussir à dérégler son métabolisme et changer sa nature. Tout devient définitivement fou, tout devient inhumain, tout devient immoral quand l’argent intervient. Le chant de l’immoralité est en train d’être entonné sans répit dans ce procès dans lequel tout le monde s’est agenouillé devant le pouvoir de l’argent et devant la prestance de ces deux individus qui pouvaient régner sur la République et faire leurs affaires en toute quiétude. Tout cela appelle avec insistance la nécessité de réinventer l’éducation. Il ne sert plus à rien de fabriquer des intellectuels qui n’ont de vœu que décimer l’économie (intellectuels tarés). Il faut travailler, en revanche, à construire des générations d’hommes modèles patriotes et qui savent écouter leur cœur. La seconde leçon qu’inspire cette affaire, c’est la collision toujours incestueuse entre les affaires et la politique. Si ailleurs, les hommes d’affaires sont les bâtisseurs de prospérité et de richesse aux côtés des politiques, sous nos cieux et plus spécifiquement en Afrique au sud du Sahara, les hommes d’affaires arrangent souvent avec les politiques pour décimer les finances. La collision est toujours dans le sens de la défense des intérêts personnels et les affaires conduisent généralement à des scandales, car le souci est toujours de partager un possible gâteau sous le sceau de l’Entente. Le politique s’associe à l’homme d’affaires pour faire passer ses affaires et les deux se retrouvent pour se faire plaisir. Dans cette volonté de gérer la chose politique, le politique manque de rigueur dans le contrôle des dérives de l’ami affairiste. Dans ce désordre, les scandales s’invitent car le contrôle est absent et la pagaille s’invite. Le désir de se mettre plein les poches accentue la cupidité soulignée plus haut et le régime en question perd en crédibilité. Dans l’affaire Icc-services, cette collision est assez visible. Les nombreuses affaires que le jeune homme inculte a cité avoir fait avec le numéro 1 d’antan ne sont que l’expression de ce mariage mal conduit entre le politique et les affaires.

Une conscience retrouvée

Le phénomène Icc-Services renvoie à une époque où des riches naissaient de partout sous le couvert d’une appartenance à un régime. A cette époque, l’insolence était la règle et le mépris des gens honnêtes le slogan. C’était pratiquement un espace de non droit où le  détournement était la règle, car tous ceux qui s’y aventurent réussissaient. L’entreprise était tentante pour tous, car le voleur était montré en exemple. Cette époque validait un mode de fonctionnement totalement amoral où le désir de probité, de droiture, de bien public était découragé à tout prix. Dans l’administration publique, les agents travailleurs et probes faisaient l’objet de raillerie. Il faut être assez fort pour rester fermement ancré dans les valeurs car la tentation était à tous les niveaux. Les intermédiaires pouvaient utiliser toutes les formes de subterfuges pour miroiter l’argent et faire tomber les gens faibles. Cette affaire Icc-Services est l’expression même de l’incurie créée à cette époque où tout baigne dans l’impunité de. Depuis le démarrage du  procès à la Criet, beaucoup de Béninois ne dorment pas, car ils ont été, à un moment où à un autre, poussés à côtoyer la marmite en or de ce dossier. C’était le visage d’un peuple totalement déphasé sans modèle et repère. Si cette saignée devrait continuer, on aboutira à un État sans droit où le bien est immolé sur l’autel du non sens et de la gabegie. C’est dans ce contexte que le régime actuel est arrivé avec un désir de réformer l’homme béninois en imprimant une ligne qui restaure le bien et décime cette République de voyous instaurée depuis une décennie. Les sanctions infligées sans État d’âme aux anciens protégés têtus et l’effondrement systématique des anciennes habitudes a changé la donne et inspiré la rectitude dans le rang des citoyens. La peur a gagné le rang des mauvais citoyens qui n’avaient autre choix que de suivre la donne. Dans l’administration publique, on prend en horreur le vol même à contre cœur, car le contexte n’est plus favorable. Cette affaire Icc-Services a l’avantage de découvrir que le peuple a véritablement grandi en maturité. La désolation notée au niveau de certains citoyens permet de cerner cette prise de conscience collective et ce patriotisme réveillé par le désir de préserver le bien commun à tout prix et au prix de tout.

AT