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Les morts méritent mieux

Dans les cimetières du Zou et des Collines, la mémoire des défunts n’est plus respectée. Des personnes obnubilées par le gain facile, prennent d’assaut les nécropoles, à la recherche d’organes humains, sous le regard impuissant des collectivités locales. Ces dernières sont parfois complices des actes de profanation de tombes pour faute d’entretien des cimetières et défaut d’une mesure de sécurisation conséquente des lieux.

Les morts des cimetières d’Abomey et de Bohicon ne reposent pas tous en paix. Il en est de même des morts des cimetières des autres Communes des départements du Zou et des Collines. Et ainsi, les différentes prières et actions de grâce organisées à l’intention des défunts chaque 2 novembre ne sont apparemment pas reçues de tous les morts. Etant en insécurité parce que traqués dans leur tombe par les trafiquants d’organes humains, ils ne sont plus attentifs à ces bouquets de fleurs ou aux  messes qui sont dites à leur intention par leurs proches. Autrement dit, les tombes continuent de faire l’objet de  profanation dans les cimetières du Zou et des Collines ; et particulièrement à Abomey. Et ceci, parce que les cimetières ne sont pas sécurisés. C’est l’amer constat fait par notre équipe de reportage lors d’une descente effectuée au cimetière municipal d’Abomey où cette pratique inqualifiable est monnaie courante. A  trois jours de la célébration de la fête de Toussaint le 1er novembre et celle des morts le lendemain, Céline Amadji Capo-Chichi est stupéfaite. Accompagnée de l’un de ses  frères  pour élever et embellir le tombeau de son  feu époux,  Vincent Amadji,  ne savait où se donner de la tête. « Ils ont défoncé la partie supérieure de la tombe », s’écrie-t-elle.  Dans le lot des tombes situées du côté gauche  à la seconde  entrée principale  du cimetière, la sépulture  a été défoncée. L’opération a consisté à effondrer les  dalles en  béton pour avoir accès facile au corps enseveli dans des linceuls. « C’est triste ! Puisque je ne sais ce qu’ils en feront», s’offusque Céline. Cette pratique est, au fil du temps, devenue la règle  dans les  cimetières au point où les parents  éprouvent d’énormes  difficultés à repérer  la tombe de leurs proches. Jacques Amoussouga n’en revenait pas lui aussi. « Il y a quelques années, je suis aussi allé faire le même constat au cimetière de Bohicon, où nous avons enterré notre oncle », témoigne-t-il. « L’origine de l’acte serait bien connu de certains qui resteraient complices », soupçonne-t-il.  Malgré la promiscuité de ce lieu de repos des défunts avec l’axe routier Abomey-Bohicon,  des individus sans foi ni loi  réussissent à profaner des tombes. Mais chose curieuse, les cimetières de Bohicon et d’Abomey  ne sont pas les seuls à subir la hargne de ces vils individus. A Logozohè dans la Commune de Savalou ou Glazoué ; deux communes du département des Collines, des tombes subissent également  les assauts répétés  des trafiquants d’ossements humains. A cet effet, Armand Kodo, un agent de la mairie de Bohicon, responsabilisé pour le cimetière de la ville, a confié que la profanation des tombes est une pratique récurrente dans les  cimetières. « Je ne sais pas ce qu’ils font avec les organes et ossements des morts. Chaque fois, ils viennent ouvrir les tombent pour accomplir leurs sales besognes», s’est-il désolé en précisant que des mesures sont désormais prises à Bohicon pour épingler les trafiquants surpris. La profanation des tombes est donc  une équation à résoudre par les Communes.
 La souche du délit
 Le goût du lucre et le gain facile poussent les cupides vers la profanation des tombes. Selon des indiscrétions, les organes humains volés dans les tombes font souvent l’objet de spéculation. A en croire Cyriaque V. un collaborateur immédiat d’un charlatan, «les organes humains volés, servent à des travaux spirituels occultes». Ils sont souvent utilisés dans la préparation  de différents produits de protection, de bonheur, de chance et autres. Ils sont également sollicités lors de la mise en place du fétiche communément appelé « Kinninssi » dans le patois Fon. Un sage  rencontré dans un village à Tan  dans  la Commune de Zagnanado épouse entièrement cet avis. « Ces objets sont utilisés pour faire des rituels spécifiques à des étrangers qui viennent de l’extérieur du pays.»  confie-t-il. Au regard de cette barbarie, les collectivités locales  et la justice sont interpelées.  Elles ont la lourde responsabilité d’appliquer les textes en la matière pour  mettre fin à cette agression infligée non seulement à la mémoire des défunts mais aussi à l’affection des parents des défunts. « Devant le droit, profaner une tombe et violer une sépulture sont des délits prévus et réprimés par la loi », rappelle le juriste Serge Aimé Tossou. L’acte est perçu comme une  atteinte à l’«intégrité du cadavre». Cela est passible d’emprisonnement et d’amende. La sentence reste selon lui, la même pour la « violation ou la profanation, par quelque moyen que ce soit, de tombeaux, de sépultures, d’urnes cinéraires ou de monuments édifiés à la mémoire des morts ». Dès lors que les deux incriminations ont été réalisées par les mêmes individus en même temps, la peine s’alourdit. Le droit s’impose pour que les défunts aient la paix dans leur tombe. Les individus sans foi ni loi doivent se souvenir de Birago Diop : «que les morts ne sont pas morts».
 
Zéphirin Toassgnitché
(Br : Zou-Collines