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ROI-POLITIQUELes gardiens du temple entrent en politique. Les « rois » du Bénin, du moins, la  frange qui les représentent, sont désormais dans l’arène politique. Devrait-on faire fi de toutes les valeurs éthiques et morales, mêmes celles ancestrales, pour parvenir à des fins politiques ?  Mais cela frise  déjà une certaine indécence.

On savait que la présidentielle de février prochain nous réserve des coups foireux  et  tordus de parts et d’autres. Il y a quelques jours, une personnalité politique nous rappelait qu’il n’y a pas de vertu en politique. Si au Burkina Faso, lors du dernier soubresaut qui a agité le pays des hommes intègres, le « Mogho Naba » a pu faire entendre raison aux protagonistes de la crise,  c’est parce qu’il est resté comme  un véritable recours, dont l’impartialité et l’objectivité n’ont pu être remises en cause au fil du temps.  Peut-on dire cela des chefs traditionnels  béninois qui s’affichent loin de leur palais, offrant parfois un désolant spectacle. Le drame en perspective, c’est qu’à l’allure où cela évolue,  le pire reste à craindre. Car, bien qu’étant citoyens, ayant le droit de revendiquer et défendre des candidatures, on se demande  les critères ou grille d’analyse et de lecture que disposent « nos rois » pour apprécier les diverses candidatures qui se profilent.  Ne feraient-ils pas mieux de rester  dans leur « palais », afin de donner de sages « bénédictions » à leurs fils et filles ?  Leur rôle d’autorités traditionnelles, c’est d’abord cela. Mieux, elles doivent faire preuve de patience et  de capacité d’observation, en n’intervenant qu’en dernier recours pour pacifier et éteindre les feux. Peut-être que l’exercice du pouvoir d’Etat, sa conception et le style imprimé par Yayi Boni,  a complètement érodé l’autorité de certains d’entre eux. On avait beaucoup, en son temps, reproché au chef de l’Etat d’admettre les « prieurs évangélistes » à la Marina. Les « marcheurs professionnels » sont aussi rentrés dans la danse. On a eu aussi des ministres qui remercient à longueur  de journée le chef pour les avoir nommés. On a eu également les sorties de chefs d’Eglise et les femmes bénéficiaires de microcrédits. La liste de citoyens  « instrumentalisés », parfois,  comme le dit le truculent Michel Adjaka, jusqu’à l’état de crétinisation,  sous Yayi, est longue.

 Quid du bilan des années « Yayi »

  Devant l’Etat de déliquescence avancée de nos valeurs foulées au pied, et la très longue liste des scandales des plus abjects commis sous ce régime, malheureusement,  ceux-là que les Béninois vénèrent à cause de leur aura morale et spirituelle, n’ont rien trouvé à dire. Mais, sentant l’échéance de 2016, et suspectant le copieux festin qui s’annonce, ils se délectent,  et se précipitent sous les ors et lambris dorés de l’Hôtel Azalaï pour se mettre à table.  Les nombreux  Béninois  privés d’eau potable, par les milliards « volés » du Ppea 2,  ne leur font guère d’effet. La pression constante du pouvoir sur les sages de la Cour, rien. Et sans avoir épluché le bilan des années Yayi,  sans soupeser avec rigueur ce que cela a apporté de bien ou mal à leur patrie, ils dessinent déjà  « le profil du prochain président ». Ce « prochain » viendra faire quoi ? Ils n’en disent mot, avant   de se précipiter sur le « cadavre en  décomposition » d’un pays relégué au dernier rang en tout depuis quelques années. Pour qui connaît bien les arcanes de la politique au Bénin, on ne peut douter qu’une fois de plus, le chef de l’Etat est derrière cette sortie des chefs traditionnels. La logique, faire accepter la candidature qui se profile du ministre de l’Economie et des finances. Puisque les rois demandent que personne ne soit exclu de la course  de 2016. Mais, osera-t-il aller au clash avec l’opinion publique, la société civile et la classe politique ? Beaucoup ne sont pas d’accord avec la candidature de l’argentier. L’article 44 de la Constitution oblige.

 Abdourhamane Touré