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Le chef de l’Etat continue de s’illusionner

Beaucoup l’ont appelé réunion de remobilisation et de réconciliation. Mais, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleures. La rencontre du 12 octobre 2015, au Palais des congrès a plutôt révélé l’étendue de la fracture des Fcbe. Initiateur du rendez-vous, le chef de l’Etat acculé et dos au mur, a dû changer de cap en annonçant l’organisation de primaires pour désigner le candidat de l’alliance.

On s’en inquiète, car cela pourrait déboucher sur un grand désordre. En effet, le président de la République fait face actuellement à une sérieuse crise au sein de sa famille politique, les Fcbe. On s’attendait à des solutions urgentes de sa part, pour réconcilier ses partisans en proie à des querelles internes. Mais tout porte à croire que le chef de l’Etat ne se lasse pas des intrigues entre ses proches. Face à ses lieutenants, garçons de course et autres barons, qu’il a rencontrés ce lundi 12 octobre au Palais des Congrès, il a encore fait sa comédie. La teneur de la déclaration prononcée lors de cette rencontre ressemble à une diversion, et pose un véritable problème de cohérence entre ses dires et ce qu’il fait. En d’autres termes, il a voulu démontrer qu’il n’est pas dans la logique d’une gouvernance aveugle et machiavélique. « Je n’étais pas venu en 2006 pour servir un homme, mais plutôt ma patrie. Certains ne m’ont pas compris. Ils ont tenté de me manipuler, de me piéger…». On se rend à l’évidence que ses propos ne sont pas sincères. Car dans les faits, c’est plutôt Yayi Boni qui, depuis son arrivée au pouvoir est l’instigateur de nombreuses situations déplorables. Les grandes références de sa désastreuse politique sont connues et stigmatisées. Ce sont le régionalisme, la propension à la manipulation, la corruption, la confiscation des libertés démocratiques et publiques, l’arbitraire, la domestication du pouvoir judiciaire, le harcèlement des hommes d’affaires. Ce bilan contraste avec le discours tenu par Yayi Boni lundi dernier face à ses militants. Il a dit tout le contraire de ce qu’il a fait. Au cours du même exercice, le président de la République a tenu des propos qui révèlent un cynisme flagrant. « Certains qui étaient avec nous au départ n’y croyaient pas et ont déserté le rang chemin faisant. Je ne leur en veux point. Nous sommes tous les mêmes. Allez leur dire que je les aime tous et je continue de les aimer comme au départ. Je comprends tout le monde, même ceux qui ont décidé de me quitter et qui désapprouvent nos actions. Je les pardonne tous. Pardonnez-les aussi. Car nous devons cultiver la paix dans le pays. Même ceux qui sont allés jusqu’à vouloir nuire à ma personne, je les pardonne également..», a-t-il manifesté. Or, ce n’est pas vraiment le cas depuis qu’il est arrivé au pouvoir en 2006. Tous ceux qui ont déserté les rangs du régime sont combattus. Ils sont persécutés au moyen d’une impitoyable machine à broyer. Les exemples ne manquent pas. Sacca Lafia, Nicaise Fagnon, Bani Samari, Patrice Hounsou Guèdè, Mathurin Nago, Issa Salifou, Walis Zoumarou, Candide Azannaï et bien d’autres. Tous ceux-ci ont été d’une manière ou d’une autre acculés et malmenés par le régime. Chacun a été marqué à sa manière. Pourtant, ils l’ont soutenu dans ses actions avant de s’opposer à sa politique. En fin de mandat, le chef de l’Etat veut se réconcilier avec ceux qu’il a combattus de tout temps, ceux qu’il a martyrisés et surtout ceux dont il a détruit les biens et les familles.

 L’influence de Yayi sur les Fcbe s’affaiblit

 Les Fcbe sont en lambeaux, du fait d’une gouvernance partiale et partisane. L’une des plus récentes illustrations, c’est la tension enregistrée le mois dernier à Tchaourou, commune d’origine de Yayi Boni. Après avoir alimenté la crise entre ses partisans qui se sont affrontés autour de l’élection du maire de cette cité, le chef de l’Etat a lui-même conduit la médiation pour ramener le calme. Il a rencontré les protagonistes qui ont accepté fumer le calumet de la paix. Yayi Boni aime les siens et déteste ceux de là-bas. Il a incendié de nombreux foyers qu’ils continuent de s’embraser, mais il est resté sans solution face à ces cas qui sont légion dans le pays. A vous d’en tirer les leçons. Les choses se gâtent de plus en plus chez les Fcfe dont les ténors sont divisés. Au lieu de régler ce problème pour déblayer le terrain à la désignation de son dauphin, Yayi Boni propose une idée qui ne peut se concrétiser sans avoir uni les clans qui s’entredéchirent. « Quant à la présidentielle qui s’annonce, personne n’est encore choisie. Soyez-en rassurés. Nous ferons les choses démocratiquement. Il y aura probablement des élections primaires pour désigner notre champion. Je vous le dis, il n’y aura pas de président sans les Fcbe».a-déclaré Yayi Boni. Pendant que la division gagne les rangs, le chef de l’Etat n’a pas trouvé une solution urgente pour arrêter la saignée. Il s’apprête plutôt à lancer un nouveau chantier qui risque d’accélérer la descente aux enfers de la famille cauris. Il se projette déjà dans la présidentielle de 2016. C’est une question de vie ou de mort. Mais, il y a beaucoup d’autres choses à régler avant de penser à cette échéance combien cruciale, mais importante. Dans le contexte actuel où plusieurs clans s’entrecroisent, les Fcbe ont besoin en urgence de l’unité. Organiser les primaires sans réussir ce pari ne fera qu’accentuer les rivalités entre des clans. Il faut alors briser les murs qui éloignent les uns des autres. C’est ce que devrait faire le chef de l’Etat. Or, rien de tout cela n’est envisagé.

 Difficile gestion du retour des enfants prodigues

Et puis, plus désastreuse sera la situation au retour des enfants prodigues. Samou Adambi, déjà revenu, Nicaise Fagnon, Karimou Chabi Sika, Djibril Mama Débourou, Alexandre Hountondji, Marcel de Souza. La liste n’est pas exhaustive. Quelle place leur sera accordée ? Comment pourra-t-on réussir à les réintégrer, sans piétiner les intérêts d’une nouvelle classe de barons aux commandes, et faisant feu de tout bois pour monter dans l’estime du chef de l’Etat? Comment peuvent-ils se sentir à l’aise autour de cette table à laquelle ils ont été invités pour le dernier festin, alors qu’il ne reste plus rien à manger ? Une minorité bourgeoise s’est déjà emparée de tout. C’est maintenant que le chef d’orchestre a appelé ses poulains qui l’ont quitté pour regagner le domicile. Pour quoi faire ? Pour constituer un ensemble de grandes forces républicaines. Un appel qui ne fera pas changer d’avis à la majorité. Le grand paquebot Fcbe est déjà en détresse, et les esprits avertis ne prendront pas le risque de le rejoindre. Ils resteront sur la berge pour ne pas périr, dès que la barque va chavirer. Mais, attention à Yayi Boni qui est trop friand de ces genres de situations où on l’a souvent vu dos au mur, et il finit souvent par s’en sortir. En parlant à sa famille politique lundi dernier, le chef de l’Etat a répliqué à ses adversaires. Il a laissé croire qu’il n’est pas fini. «Pour ceux qui pensent et qui disent que Yayi est fini. Ils se trompent. Je ne suis pas fini, tant que vous n’êtes pas finis et vous ne serez pas finis. C’est vrai, il ne me reste plus grand temps. Mais, je demeure encore le président de la République, le président de tous les Béninois, du nord au sud, de l’Est à l’Ouest », a lâché le locataire du Palais de la Marina. Il s’agissait pour lui de montrer que ses partisans peuvent toujours compter sur lui. En effet, depuis peu, il est présent sur le terrain, éclipsant son premier ministre Lionel Zinsou, très attendu et entreprenant après sa nomination. Ce regain d’activisme d’un chef de l’Etat en fin de mandat, n’a d’autre but que les enjeux de 2016. Toujours accroché au pouvoir, et bien à l’aise dans sa propension à la propagande, Yayi Boni jugé fini, espère renverser la tendance. Cela profitera aux Fcbe qui ont besoin d’un leader pour resserrer les rangs. Mais le président de la République se trompe, car les choses ont changé. S’il avait l’habitude d’utiliser sa popularité pour régler des problèmes, aujourd’hui il est en fin de mandat. C’est cela qui justifie, entre autres, pourquoi son appel à la remobilisation peine à prendre. Et, même au sein de ses partisans, beaucoup se rendent à l’évidence que les temps ont changé. Ils n’ont plus peur d’affronter le chef. Le ton libre de Marcel de Souza, de Alexandre Hountondji, de Karimou Chabi Sika et autres contre la maison Fcbe est un acte courageux qu’on ne pouvait pas imaginer. C’est l’expression de la colère et de l’accumulation des frustrations. Ce n’est pas en convoquant une réunion ou en les recevant au Palais de la République qui va changer quelque chose. Il y a lieu de revoir la chaîne de commandement au niveau de l’appareil Fcbe.

 Yayi assuré de la victoire des Fcbe en 2016

 Malgré l’effondrement de sa popularité au sein de l’opinion et la dégradation de l’état de santé des Fcbe, le président de la République semble assuré de la victoire de son camp en 2016. « Quant à la présidentielle qui s’annonce, le roi est dans nos rangs. Je le répète, le roi est dans nos rangs… », a prédit Yayi Boni. Personne ne sait sur quoi il mise pour afficher cet optimisme béat. S’il est vrai que les résultats des élections législatives et communales placent les Fcbe en bonne position pour la présidentielle de 2016, il est aussi vrai que c’est une illusion de croire que ces deux derniers scrutins remplaceront l’échéance de février prochain.

 Fidèle Nanga